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Comprendre la situation au Yémen

Des enfants yéménites en septembre 2016, frappées par la malnutrition.

Des enfants yéménites en septembre 2016, frappées par la malnutrition. - STRINGER / AFP

Depuis mars 2015, le Yémen est en proie à une guerre qui voit s'affronter les rebelles chiites Houthis à un pouvoir qui a fui le pays pour se réfugier en Arabie Saoudite. Retour sur une guerre qui a fait environ 7.000 victimes, dont une majorité de civils.

Ce jeudi, les Etats-Unis ont bombardé pour la première fois les rebelles chiites Houthis au Yémen, accusés d'avoir visé des navires de guerres américains en mer rouge. Une allégations démentie par les insurgés. Retour sur une guerre qui détruit le pays depuis mars 2015. 

Quelle est l’origine de la guerre au Yémen ?

Yémen, 2011. Dans la foulée des printemps arabes, la population yéménite est éprise de libertés et se lève pour chasser le président au pouvoir, Ali Abdallah Saleh, mettant fin à 33 ans de règne. Ali Abdallah Saleh avait pris la tête du Yémen Nord en 1978, avant de devenir président du Yémen réunifié en 1990.

Le départ de Saleh est appuyé par la communauté internationale, un accord pour une transition politique est signé à Ryad, en Arabie Saoudite. Sur le papier, le Yémen paraît alors avoir réussi sa révolution.

> Pression des rebelles chiites sur le gouvernement

  • En 2012, une élection présidentielle est organisée, c’est Abd Rabbo Mansour Hadi qui est choisi par la population pour une période de transiton censée durer deux ans. Mais très vite, les rebelles chiites font pression sur le nouveau président.

Parmi les rebelles chiites, une majorité de Houthis, animés par une ancienne rancoeur. Les houthistes estiment avoir été marginalisés par le gouvernement sur le plan politique, mais aussi économique et religieux, lors de la réunification de leur pays en 1990. Ils souhaitent retrouver un statut d’autonomie dont ils bénéficiaient jusqu’au coup d’Etat de 1962.

A peine élu, le nouveau président yéménite n’arrive pas à faire face aux rebelles houthistes, qui mobilisent leurs sympathisants dans la capitale du pays, Sanaa. Leur leitmotiv: la lutte contre la corruption. Trois années après son arrivée au pouvoir, en mars 2015, à la suite de l’échec d’un accord pour le partage du pouvoir, le président doit quitter la capitale, conquise depuis septembre par les milices houthistes. Il s’exile alors chez son allié, l’Arabie Saoudite.

Quelles sont les forces en présence ?

Par ailleurs, les rebelles sont alliées de l’ancien président Saleh. Les forces restées fidèles à Saleh combattent donc avec les rebelles et l’ancien président n’a pas abandonné l’idée de reprendre le pouvoir. Les milices houthistes, qui contrôlent quasiment entièrement la moitié nord du pays sont aussi appuyée par l’Iran chiite.

Un soutien de Téhéran qui fait frissonner la sunnite Arabie Saoudite, qui craint que son rival historique n’étende son pouvoir sur la région.

En 2014, l’arrivée au pouvoir en Arabie Saoudite du roi Salmane fait basculer le cours de l’histoire de cette région poudrière.

>Le combat du roi d'Arabie Saoudite

Désireux de montrer sa toute puissance, le roi, à la tête d’une coalition militaire de pays sunnites (principalement Les Emirats Arabes Unis, la Jordanie et le Soudan) s’engage dans la guerre civile qui fait rage au Yémen. Une campagne aérienne est mise en place, complétée par l’envoi de troupes au sol. La coalition pilonne le pays. Samedi 8 octobre, 140 personnes ont été tuées et une centaine blessées par un raid aérien attribué par les rebelles à la coalition qui elle, nie toute implication. La situation sur le terrain ne permettant pas aux ONG de mener l'enquête, certaines attaques restent d'auteurs inconnus. 

Le roi Salmane veut reprendre les territoires conquis par les rebelles houthistes, mais au bout d’un an, les lignes de front se stagnent. Les combats sont intenses et puisque aucun camp n’arrive à prendre le dessus militairement sur l’autre, la guerre s’enlise. En dehors du terrain, les négociations politiques sont aussi un échec. En avril 2016, une trêve a été instaurée pour discuter d’un accord de paix mais les combats ont repris quatre mois plus tard.

Daech quant à lui, profite de l'anarchie ambiante pour s'imposer face à l'autre groupe terroriste dominant dans la région, Al-Qaïda. Les attaques de Daesh sont de plus en meurtrières dans le pays et le groupe terroriste renforce sa présence à l'est et au sud du Yémen. Le 29 août 2015, un attentat contre un centre de recrutement de l'armée à Aden a fait 71 morts et une centaine de blessés.

Une situation humanitaire catastrophique

La guerre menée au Yémen est une guerre sale. On y trouve plusieurs types d’attaques interdites au regard du droit internationale telles que des attaques contre des civils, contre leur habitations, ou contre des hôpitau, détaille Amnesty International. Le 15 août 2016, un bombardement a été mené par la coalition saoudienne dans le nord-ouest du pays, contre un hôpital où intervient Médecins Sans Frontières (MSF). 11 personnes ont été tuées et une vingtaine ont été blessées. Cette attaque est alors la quatrième, et la plus meurtrière, visant un hôpital où travaille MSF, qui a été contraint de quitter le pays.

La guerre au Yémen a déjà fait au moins 6.885 morts, 35.022 blessés et déplacé quelque 3 millions de personnes depuis l'intervention de la coalition arabe en mars 2015, selon un dernier bilan fourni par l'Organisation mondiale de la santé.

Marine Henriot