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Annexions, charge contre l'Occident... Ce qu'il faut retenir du discours de Poutine

Le président russe a formalisé ce vendredi lors d'un discours-fleuve l'annexion de quatre régions ukrainiennes. Il a également émis des critiques virulentes à l'encontre de l'Occident.

Le président russe, Vladimir Poutine, a formalisé ce vendredi dans un discours l'annexion de quatre régions ukrainiennes.

Dans des décrets publiés jeudi soir, Vladimir Poutine avait reconnu l'indépendance des régions ukrainiennes de Zaporijjia et Kherson, une étape préalable à leur annexion. La Russie avait déjà reconnu fin février l'indépendance des deux autres régions qu'elle a annoncé annexer ce vendredi, celles de Donetsk et de Lougansk.

Un "accord" sur l'intégration des régions à la Russie

"Nous signons aujourd'hui un accord sur l'intégration" de ces régions à la Russie, a déclaré Vladimir Poutine devant le gouvernement, les députés et sénateurs, et d'autres représentants de l'Etat russe.

"Les habitants de Lougansk et Donetsk, Kherson et Zaporijjia deviennent nos citoyens pour toujours", a affirmé le président russe. "Les gens ont voté pour notre avenir commun", a-t-il ajouté.

"Nous allons former quatre nouvelles régions russes" puisque "c'est la volonté de millions de personnes", a annoncé le dirigeant.

Ces "référendums", organisés par la Russie dans ces quatre régions ukrainiennes ces derniers jours, ont donné des résultats allant de 88% à 99% de "oui" à leur annexion par la Russie. De nombreux dirigeants occidentaux ont dénoncé des référendums illégitimes.

La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a par exemple dénoncé mardi sur BFMTV une "mascarade". "Ils n'ont aucune légitimité, aucune valeur. Nous ne les reconnaîtrons pas, ils entraîneront des sanctions de la part de la France, de l'Europe et d'autres Etats de la communauté internationale", a-t-elle ajouté.

Poutine appelle l'Ukraine à cesser les hostilités

Poutine a ensuite appellé l'Ukraine à "cesser immédiatement" les hostilités, "la guerre commencée par le régime de Kiev en 2014" et à "retourner à la table des négociations". Il a précisé que ces négociations ne pourraient pas porter sur les régions annexées officiellement ce vendredi, puisqu'elles sont dorénavant considérées comme russes.

Les dirigeants des pays de l'Union européenne "rejettent" et "condamnent" "l'annexion illégale" par la Russie de quatre régions ukrainiennes, ont indiqué vendredi les 27 dans une déclaration, accusant Moscou de mettre "la sécurité mondiale en danger".

Le président russe a par ailleurs vanté une "histoire millénaire", un "amour pour la Russie" dans ces régions. Regrettant la dissolution de l'URSS en 1991, qu'il voit comme une "une catastrophe nationale", il a estimé que les citoyens de Zaporijjia, Kherson Donetsk et Lougansk retournaient dans leur "vrai pays".

L'Ukraine avait adhéré à l'Union soviétique en 1922. Elle est devenue formellement indépendante en 1991. Cette indépendance a été approuvée lors d'un référendum cette même année, où le "oui" l'a emporté à 90%. Poutine a toutefois affirmé ce vendredi que la Russie n'aspirait pas à la restauration de l'URSS.

Minute de silence pour les soldats

Poutine a également demandé une minute de silence pour remercier les soldats russes combattant en Ukraine ou s'appprêtant à le faire à la suite de l'annonce, le 21 septembre, d'une mobilisation partielle en Russie.

Alors que le mécontentement monte en Russie, notamment concernant cette mobilisation partielle, le dirigeant a remercié "tous ceux qui ont perdu leur vie" lors de "l'opération spéciale", le nom donné par la Russie à la guerre en Ukraine.

Plus de 2400 personnes ont été interpellées lors de manifestations contre la mobilisation en Russie depuis son annonce, selon l'organisation spécialisée OVD-Info. De nombreux Russes ont aussi choisi de fuir le pays, provoquant d'importantes files d'attente aux frontières de la Géorgie, du Kazakhstan, de la Mongolie et de la Finlande. Les vols aériens ont aussi été pris d'assaut.

Selon une enquête d'opinion du Centre Levada, un institut de sondage indépendant du pouvoir, publiée ce jeudi, l'inquiétude monte en Russie concernant la guerre en Ukraine. En septembre, 56% des personnes interrogées se disaient "très inquiètes" des événements actuels, contre 37% en août et seules 4% des personnes interrogées se disaient "pas du tout inquiètes", contre 11% en août. Les personnes âgées de 55 ans et plus soutiennent d'ailleurs bien plus l'armée (81% des personnes interrogées) que les 18-24 ans (55% des personnes interrogées).

L'institut a également demandé aux personnes interrogées quels étaient leurs sentiments après l'annonce de la mobilisation partielle le 21 septembre. 47% ont répondu "anxiété, peur, horreur", 23% ont répondu "choc", 13% ont répondu "colère, indignation" et seulement 23% ont déclaré ressentir de la "fierté pour la Russie".

Critique virulente de l'Occident

Le président russe a ensuite consacré une large partie de son discours à une critique virulente de l'Occident.

"L'Occident est prêt à tout pour préserver le système néocolonial qui lui permet de parasiter et, en réalité, de piller le monde entier", a dénoncé Vladimir Poutine. "Ils veulent nous voir comme une colonie", a-t-il encore fustigé.

Il a notamment visé les Etats-Unis et la "dictature du dollar" rappelé que les Etats-Unis étaient le seul pays au monde à avoir employé "deux fois l'arme atomique", alors que le Kremlin a menacé de défendre les régions annexées en Ukraine en usant de la bombe nucléaire. Ce vendredi encore, le président a promis de défendre la "terre" russe avec tous les moyens dont le pays dispose.

Dans son histoire, "l'Occident a piétiné le principe d'inviolabilité des frontières, et maintenant décide quels peuples ont le droit à disposer d'eux-mêmes. Voilà pourquoi ils sont révoltés par le choix libre des peuples" des zones annexées en Ukraine.

Selon le président, "c'est l'Occident qui n'a aucun le droit de parler de démocratie et de droit des peuples à disposer deux-mêmes".

"Ceux qui essayent de lutter contre l'hégémonie occidentale sont considérés comme ennemis", a-t-il dénoncé.

Le dirigeant a aussi accusé les Occidentaux d'être à l'origine du sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2. Ces gazoducs, touchés par de larges fuites depuis le début de la semaine, relient la Russie à l'Allemagne par la mer Baltique.

"En organisant des explosions sur les gazoducs internationaux qui longent le fond de la mer Baltique, ils ont en réalité commencé à détruire l'infrastructure énergétique européenne", a fustigé Vladimir Poutine lors d'un discours au Kremlin, imputant ce "sabotage" aux "Anglo-saxons".

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir sur ce sujet ce vendredi à la demande de la Russie.

Sophie Cazaux