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Un an après son arrivée à la Maison Blanche, retour sur 5 promesses phares de Donald Trump

Donald Trump à la Maison Blanche le 10 janvier 2018

Donald Trump à la Maison Blanche le 10 janvier 2018 - Jim Watson-AFP

Donald Trump s'était engagé durant la campagne présidentielle à interdire les musulmans d'entrer aux États-Unis, construire un mur avec le Mexique, sortir de l'accord de Paris, réduire les impôts et supprimer l'Obamacare. Un an après son arrivée à la Maison Blanche, les promesses sont-elles tenues?

Le bilan de Donald Trump était déjà en demi-teinte. Il doit désormais composer avec un "shutdown", soit la fermeture partielle des services fédéraux faute de budget. Une mesure entrée en vigueur ce samedi, soit un an jour pour jour après l'arrivée à la Maison Blanche de Trump. Si le 45e président des États-Unis a tenu sa promesse électorale de réformer la fiscalité et de faire baisser les impôts, il n'est pas parvenu à réaliser certains des engagements qui ont marqué sa campagne et l'ont fait élire. Comme construire un mur avec le Mexique ou supprimer l'Obamacare - bien qu'il ait réussi à détricoter une partie de cette réforme phare de l'assurance maladie instaurée par son prédécesseur.

Quant à deux autres coups d'éclat qui ont marqué les premiers mois du magnat de l'immobilier en tant que chef d'État, comme son décret anti-immigration pris quelques jours après sa prise de fonction, ou sa volonté de sortir de l'accord de Paris sur le climat, il s'est heurté et se heurte toujours à des difficultés qu'il n'avait peut-être pas soupçonnées.

Un décret anti-immigration

L'interdiction d'entrée des musulmans sur le territoire américain, promesse controversée de campagne du milliardaire, est l'objet d'un imbroglio juridique qui est allé jusqu'à la cour suprême et n'est aujourd'hui toujours pas tranché.

Durant sa campagne, le candidat Trump propose d'interdire aux musulmans d'entrer sur le territoire américain, suscitant la polémique. Alors que la proposition disparaît un temps de son site internet, elle réapparaît soudainement quelques jours avant le vote.

Peu après sa prise de fonction, fin janvier 2017, le nouveau président des États-Unis suspend par décret le programme d'admission de réfugiés et interdit l'entrée sur le territoire américain aux ressortissants de sept pays du Moyen-Orient (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) sous prétexte de prévenir le terrorisme. Le "muslim ban", accusé de cibler de façon discriminatoire les musulmans, suscite une vague de manifestations inédites

  • Le décret sème le chaos dans les aéroports et se traduit par l'interpellation de nombreuses personnes résidant pourtant légalement, d'autres sont empêchées d'embarquer à destination des États-Unis. Quelque 60.000 visas sont révoqués. Un décret qui provoque l'indignation à l'international.

Quelques jours plus tard, un juge fédéral le gèle temporairement. L'administration Trump se lance alors dans une bataille juridique. Mais, face au blocage et la résistance de compagnies aériennes, le locataire de la Maison Blanche le retire. Au mois de mars, il propose une seconde version du décret qui ne concerne cette fois plus l'Irak et exempte les détenteurs de visas et de "cartes vertes". Mais il est à nouveau bloqué par un juge fédéral.

Donald Trump ne renonce pas pour autant et promet de se battre jusqu'à la cour suprême. Le président subit un nouveau revers lorsqu'au printemps, la justice confirme en appel la suspension du décret.

Il n'abandonne toujours pas et présente en septembre une troisième version nettement plus radicale. Le nouveau texte interdit de façon permanente le franchissement des frontières américaines aux ressortissants de sept pays: Yémen, Syrie, Libye, Iran, Somalie, Corée du Nord et Tchad. Mais il est à nouveau suspendu par un juge.

Coup de théâtre début décembre: cette dernière version du texte est autorisée par la cour suprême. Une courte victoire pour Donald Trump car le sort de ce décret n'est toujours pas tranché. La décision de la cour suprême ne met en effet pas un terme à l'imbroglio: elle est temporaire en attendant que la justice d'appel se prononce sur la procédure. Et là encore, la cour suprême pourrait à nouveau être sollicitée par les parties mécontentes.

Construire un mur avec le Mexique

Promesse emblématique et controversée de la campagne électorale de Donald Trump: faire construire un mur sur 3200 kilomètres de frontière avec le Mexique pour lutter contre l'immigration illégale. Environ un tiers de la frontière comporte déjà une forme de barrière ou de mur. Cinq jours après sa prise de fonction, Donald Trump signe un décret permettant sa construction.

Son coût est estimé à 25, voire 40 milliards de dollars. Le pensionnaire de la Maison Blanche assure ainsi à plusieurs reprises que le Mexique paiera pour sa construction, ce que le pays refuse catégoriquement. Le président américain envisage également la mise en place d'une taxe sur les produits mexicains ou encore d'installer sur le mur des panneaux solaires afin que l'électricité qu'ils génèrent soit utilisée pour payer le coût de la construction et de son entretien. Des propos surprenants: le milliardaire a longtemps accusé les énergies renouvelables d'être peu rentables.

Si huit prototypes hauts de 5,5 à 9 mètres sont présentés en octobre dernier en Californie après qu'un appel à propositions a été lancé, le projet est au point mort. Sous la pression des démocrates, le Congrès américain a refusé pour le moment de s'engager dans son financement, se limitant à débloquer des fonds pour des opérations de maintenance sur les infrastructures existantes.

Sortir de l'accord de Paris

Il l'a promis durant sa campagne présidentielle. S'il est élu, les États-Unis - deuxième plus gros pollueur mondial - sortiront de l'accord de Paris sur le climat signé par 195 partenaires internationaux, dont son prédécesseur Barack Obama, en 2015.

Chose promise, chose due. En juin 2017, Donald Trump annonce que son pays se retire de ce qu'il présente comme un "boulet aux pieds des États-Unis", arguant qu'il a été élu pour "représenter les habitants de Pittsburgh et non de Paris".

  • "En tant que président, je n'ai d'autre priorité que le bien-être des Américains. L'accord de Paris s'est fait sur le dos des travailleurs américains. Il signifiait une production réduite. Dès aujourd'hui, les États-Unis vont cesser de mettre en œuvre l'accord de Paris et se dégager d'accords financiers, qui pourraient nous faire perdre 2,7 millions d'emplois d'ici 2075."

En réaction à cette annonce, de nombreux maires de grandes villes américaines, dont New York, Washington, Boston ou Pittsburgh, montent au créneau pour affirmer leur opposition. Les démocrates à la tête des États de New York, Washington et Californie, qui représentent plus d'un cinquième de la population américaine, fondent une alliance pour parvenir à réduire tout de même leurs émissions de gaz à effet de serre.

Mais en ce début janvier 2018, voilà que le locataire de la Maison Blanche semble faire marche arrière. Donald Trump a déclaré que son pays pourrait finalement revenir parmi les signataires de l'accord de Paris. "Honnêtement, je n'ai pas de problème avec cet accord dans l'absolu mais j'ai un problème avec l'accord qu'ils ont signé", déclare-t-il lors d'une conférence de presse. "Car, comme toujours, ils ont conclu en mauvais accord", juge-t-il avant d'ajouter: "Nous pourrions en théorie y revenir".

"Nous allons reprendre des négociations soit pour reprendre l'accord de Paris, soit pour aboutir à un nouvel accord. Nous essayerons d'atteindre un accord juste et équitable." 

Dans les faits, les États-Unis font pourtant toujours officiellement partie de cet accord. Car le retrait pourrait prendre plusieurs années avant d'être effectif. Le texte prévoit qu'il est possible de se retirer à l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la date d'entrée en vigueur, le 4 novembre 2016, ce qui conduit au 4 novembre 2019.

Ensuite, cette dénonciation prend effet à l'expiration d'un délai d'un an, précise l'article 28 de l'accord de Paris. Ce qui mènerait donc au 4 novembre 2020, soit au lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine. Mais même si un candidat démocrate ou en faveur de l'écologie remportait le scrutin, Donald Trump resterait en principe président jusqu'au 20 janvier 2021.

Faire baisser les impôts

Donald Trump enregistre une précieuse victoire en décembre dernier alors qu'il est fragilisé par l'affaire d'ingérence russe pendant la présidentielle et l'inculpation de son ancien conseiller, Michael Flynn. Le Congrès adopte une réforme historique de la fiscalité, promise par le milliardaire, et une gigantesque baisse d'impôts. La plus grande depuis trente-et-un ans.

La réforme réduira dès cette année les impôts fédéraux sur les sociétés - de 35% à 20% - et sur le revenu, à un coût de 1500 milliards de dollars pour les finances publiques sur la prochaine décennie. Les républicains arguent qu'elle poussera durablement la croissance au-delà de 3%, ce qui générerait de nouvelles rentrées fiscales. Mais des analyses indépendantes estiment que ces rentrées ne compenseront que partiellement les 1500 milliards de déficits supplémentaires.

Et si la baisse d'impôts est permanente pour les sociétés, elle ne durera que jusqu'en 2025 pour les ménages, faute d'accord à long terme. La quasi totalité des Américains paieront donc moins d'impôts cette année mais le gain de pouvoir d'achat s'annulera pour la moitié d'entre eux en 2027, selon le Tax Policy Center.

Les Américains sont sceptiques quant à cette réforme: deux tiers jugent que les baisses d'impôts profiteront plus aux riches qu'à la classe moyenne, selon un sondage CNN, un argument martelé par le camp démocrate.

Le texte a également des répercussions dans d'autres domaines: il abroge l'amende instaurée par l'Obamacare aux personnes qui n'ont pas souscrit d'assurance-maladie et ouvre des terres protégées de l'Alaska aux forages pétroliers.

Supprimer l'Obamacare

C'est l'un des engagements forts de la campagne électorale du candidat républicain: supprimer l'Obamacare, réforme phare de la présidence Obama adoptée en 2010 qui instaurait un système d'assurance maladie. Parmi ses principales mesures: l'obligation faite aux particuliers de souscrire à une assurance-santé sous peine d'amende et la contrainte faite aux entreprises de proposer une couverture à leurs salariés. 

Le jour même de son arrivée à la maison blanche, le président américain signe un décret pour ordonner à son administration d'utiliser toutes les marges de manœuvre possibles pour ne pas appliquer l'Obamacare. Ses détracteurs estiment que ce système coûteux est une intrusion de l'État dans la sphère privée. Ils considèrent également qu'il a significativement augmenté les primes d'assurance en raison des subventions accordée aux ménages les plus pauvres. 

Un décret présidentiel supprime en effet au mois d'octobre des subventions fédérales aux assureurs qui permettaient de réduire le coût des assurances et des soins pour les plus défavorisés. Une autre décision a ouvert la voie à une déréglementation des couvertures proposées, ce qui pourrait conduire au déremboursement de certains soins.

Céline Hussonnois-Alaya