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USA: un juge fédéral bloque le décret anti-immigration

Une femme brandit une pancarte lors d'une manifestation contre le décret migratoire de Donald Trump le 3 février 2017 à New York

Une femme brandit une pancarte lors d'une manifestation contre le décret migratoire de Donald Trump le 3 février 2017 à New York - Bryan R. Smith, AFP

Un juge fédéral américain a bloqué temporairement, vendredi, le décret anti-immigration de Donald Trump. La Maison Blanche a aussitôt promis de répliquer.

Le bras de fer est engagé entre Donald Trump et la justice américaine: vendredi, James Robart, un juge fédéral de Seattle a bloqué temporairement son décret anti-immigration visant sept pays à majorité musulmane. 

L'injonction du juge est valable sur l'ensemble du territoire américain, le temps qu'une plainte déposée lundi par le ministre de la Justice de l'État de Washington, Bob Ferguson, soit examinée.

Une décision "scandaleuse" pour la Maison Blanche

La réponse de la Maison Blanche ne s'est pas faite attendre. Le ministre de la Justice entend déposer une injonction d'urgence pour faire appliquer le décret et annuler la décision du juge Robart, selon un communiqué.

La Maison Blanche avait qualifié dans un premier temps cette décision de justice de "scandaleuse", avant de renvoyer une nouvelle version de son communiqué quelques minutes plus tard, en supprimant ce terme.

Les juges fédéraux de plusieurs autres États ont également statué contre l'interdiction depuis qu'elle a été décrétée vendredi dernier, notamment en Californie et dans l'État de New York, mais la décision du juge Robart est celle dont la portée est la plus vaste.

La bataille pour son retrait loin d'être terminée

"La Constitution a vaincu aujourd'hui", a déclaré M. Ferguson, un démocrate, après l'annonce de la décision. "Personne n'est au-dessus de la loi, pas même le président", a-t-il ajouté, faisant remarquer que le juge Robart avait été nommé par l'ex-président républicain George W. Bush.

M. Ferguson avait porté plainte lundi pour invalider des points clés du décret présidentiel, qui ferme les frontières des États-Unis aux réfugiés pendant quatre mois et aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) pendant trois mois. Les Syriens font l'objet d'une interdiction indéfinie.

Dans sa plainte, il affirmait que le décret allait à l'encontre des droits constitutionnels des immigrés et de leurs familles car il visait particulièrement les musulmans.

Le gouverneur de l'Etat de Washington Jay Inslee a lui aussi évoqué une "victoire éclatante" mais averti que la bataille pour son retrait n'était pas terminée. Un avis partagé par M. Ferguson qui a dit sur la chaîne CNN, qu'il ne serait "pas surpris" si ce bras de fer se termine "à la Cour Suprême".

60.000 visas révoqués

Le décret s'est traduit le week-end dernier par l'interpellation dans les aéroports de quelque 109 personnes résidant légalement aux Etats-Unis, selon la Maison Blanche, tandis que des centaines d'autres étaient empêchées d'embarquer à destination des Etats-Unis.

Depuis son entrée en vigueur, les Etats-Unis ont révoqué 60.000 visas attribués à des ressortissants des sept pays visés.

De la "propagande" pour les jihadistes

"Pour remettre ce chiffre en perspective, nous avons délivré plus de 11 millions de visas (...), pour l'année fiscale 2015", a déclaré Will Cocks, porte-parole du bureau des Affaires consulaires.

Aux Etats-Unis, le décret a été qualifié de "propagande d'une portée inimaginable" pour les jihadistes par cinq sénateurs démocrates dans un courrier adressé au secrétaire américain à la Défense.

Deux sénateurs républicains, John McCain et Lindsey Graham, avaient déjà estimé qu'il équivalait à "se tirer une balle dans le pied de la lutte contre le terrorisme".

Des actes de protestation contre ce décret

Le décret suscite l'indignation à travers le monde depuis une semaine, provoquant des manifestations.

La première ministre britannique Theresa May l'a qualifié d'"erreur (qui) sème la discorde". La France et l'Allemagne l'ont critiqué et le secrétaire général de l'ONU a demandé son retrait.

Le célèbre musée d'art moderne (MoMA) de New York a décidé d'exposer des œuvres d'artistes originaires de plusieurs pays ciblés par le décret anti-immigrés de Donald Trump, dans un acte de protestation contre ce texte.

Toujours dans la métropole américaine, un important rassemblement anti-Trump à l'appel de la communauté gay est prévu samedi.

M.P. avec AFP