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Présidentielle américaine: pourquoi les résultats pourraient attendre plusieurs jours

Depuis mardi soir, Donald Trump et Joe Biden s'affrontent pour rester ou s'installer à la Maison Blanche. Ce mercredi matin, le résultat du scrutin n'est pas connu, et l'incertitude pourrait durer.

Aux Etats-Unis, il faut atteindre la barre des 270 grands électeurs pour pouvoir se prétendre "president-elect" (c'est-à-dire président élu, en attente de son investiture, programmée en janvier), ou fêter son second mandat.

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Les projections se succcèdent ce mercredi au petit matin, permettant de suivre la course des deux candidats à la présidentielle américaine, Donald Trump et Joe Biden, vers ce nombre fatidique. Cependant, ce scrutin particulièrement serré, contrairement à ce que prédisaient les sondages, ne livrera pas son verdict avant de longues heures, voire plusieurs jours.

Un décompte particulièrement ardu

En plus de cette compétition électorale, une autre donnée vient complexifier encore un peu plus ce tableau: les votes par correspondance ou anticipés. Étendus, facilités voire encouragés en raison de la pandémie de coronavirus, qui connaît aux États-Unis sa plus violente diffusion, ceux-ci ont pris une importance inédite lors de ce scrutin. Comme CNN l'a noté ici, avant l'ouverture des bureaux de vote ce mardi, 100,7 millions de citoyens avaient déjà exprimé leur préférence, soit le double d'il y a quatre ans.

Or, ces votes sont plus délicats et plus longs à compter (les vérifications étant nombreuses) que les bulletins glissés dans l'urne le jour J, comme le relève le site politique américain Five Thirty Eight.

Chacun son rythme

De plus, parmi les cinquante États qui font les États-Unis et cette élection, les disparités sont pléthore. En effet, les modalités du dépouillement et le rythme de celui-ci dépendent de la législation et de la tradition politique de chacun d'entre eux.

En Géorgie, où Donald Trump mène la danse, on a arrêté de compter les suffrages dans le comté de Fulton, où se trouve Atlanta, le plus urbain et le plus peuplé, historiquement favorable au Parti démocrate. Il faudra attendre jeudi, sans doute, pour en savoir plus de ce côté-ci. "Des comtés importants - comme Fulton, Gwinnett et Dekalb - ont dit qu'ils attendront demain pour compter des dizaines de milliers de bulletins", a d'ailleurs tweeté Charles Bethea, journaliste au New Yorker.

L'Alaska fera également languir les Américains. il faut dire que, par exemple, les votes par procuration n'y seront recensés qu'à partir du 10 novembre. Le Wisconsin a quant à lui déjà annoncé que le nom du vainqueur ne serait pas annoncé dans l'immédiat. Enfin, le suspense ne se dénouera pas avant vendredi dans le Michigan, comme l'a noté sur Twitter une journaliste de Bloomberg News, et pas avant la fin de la semaine sans doute dans la cruciale Pennsylvanie, un État-clé pour décider de l'issue du scrutin.

Le cas pennsylvanien

"Autant les Etats du Sud - Floride, Géorgie, Caroline du Nord – dépouillent vite, mais les États du Nord – Wisconsin, Michigan, et en particulier la Pennsylvanie – dépouillent lentement", a résumé notre correspondant aux Etats-Unis, Jean-Bernard Cadier. "C’est une question de législation locale et de tradition. Comme la Pennsylvanie dépouille lentement, Pennsylvanie où tout se joue, on pourrait devoir attendre plusieurs heures ou plusieurs jours pour connaître le vainqueur."

Dans cet État si décisif, les recours risquent en plus de pleuvoir. CNN a signalé que dès mardi, les Républicains avaient lancé une procédure en justice autour de la manière dont étaient décomptés les votes par correspondance dans un comté, celui de Montgomery.

Au plan national, également, le débat risque de verser dans l'acrimonie. Donald Trump n'a cessé durant la campagne de dire pis que pendre du vote par correspondance. Dans la nuit de mardi à mercredi, il déjà accusé, sans les nommer, les démocrates de vouloir "voler l'élection". Après avoir revendiqué la victoire malgré le décompte toujours en cours, Donald Trump a dénoncé des "fraudes" et annoncé vouloir saisir la Cour suprême.

Biden appelle à la patience

Le long égrénement des heures pourrait encore ménager quelques surprises, selon l'historien François Durpaire, notre consultant sur les États-Unis:

"Le mirage rouge pourrait se profiler en Pennsylvanie. Comme on a arrêté le traitement des votes par la poste, on va dépouiller ceux qui se sont déplacés. Et ceux-ci sont des républicains. Pourquoi? Parce qu’ils ont eu un peu moins peur du Covid-19. Donc il est probable que dans les heures à venir, la Pennsylvanie devienne rouge, et qu’il faille attendre demain ou après-demain, jusqu’à vendredi, pour compter les votes par correspondance et peut-être avoir une Pennsylvanie qui devienne violette puis bleue."

Dans la nuit de mardi à mercredi (autour de 7h, heure française), Joe Biden, depuis son fief de Wilmington dans le Delaware, s'est dit confiant sur l'issue du scrutin mais a aussi observé: "Qui aurait cru qu'il faudrait attendre jusqu'à demain matin, voire plus encore? Il va falloir être patient".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV