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Etats-Unis: les 704 victimes de la police américaine en 2015

La police de Saint-Louis est positionnée sur Florisant Avenue, à Ferguson, pendant les manifestations d'hommage à Michael Brown, le 9 août 2014.

La police de Saint-Louis est positionnée sur Florisant Avenue, à Ferguson, pendant les manifestations d'hommage à Michael Brown, le 9 août 2014. - Michael B. Thomas - AFP

CARTE INTERACTIVE - Cela fait un an que Michael Brown est mort, tué à Ferguson après une rixe par l'arme de service de l'agent de police Darren Wilson. Douze mois après, et un sentiment de déjà-vu en tête, les affaires se répètent. Combien de personnes sont-elles mortes du fait d'un policier en service, cette année aux Etat-Unis? La carte interactive ci-dessous met en évidence la question de la violence policière aux Etats-Unis.

Le débat racial n'a jamais été aussi vif aux Etats-Unis depuis l'assassinat de Rodney King, en 1991. Il y a un an, la mort de Michael Brown, un jeune Noir désarmé abattu par l'agent Darren Wilson, avait entraîné une vague de manifestations et des émeutes dans tout le pays. Aujourd'hui, les rassemblements contre les violences policières continuent de mobiliser des milliers de personnes aux Etats-Unis. La colère reste vive, comme en témoignent les débordements qui ont émaillé la marche de Ferguson en mémoire de la jeune victime.

Ces manifestations, ainsi que la répression sévère exercée par les forces de police, ne sont pas anodines. Outre une ligne de fracture, elles mettent en lumière un problème de violence policière persistant à travers le pays. Après Michael Brown, d'autres cas emblématiques ont scandalisé l'opinion: Eric Garner, Akai Gurlay, Tamir Rice, Kajieme Powell, et plus récemment, au Texas, Christian Taylor. Tous sont morts dans des conditions similaires.

Depuis quelques années, et la mort de Trayvon Martin en 2012 a accéléré le mouvement, de plus en plus de citoyens, de journalistes ou de collectifs ont entrepris de relever systématiquement chaque victime de la police morte sur le territoire. C'est devenu, selon eux, un enjeu démocratique.

L'affaire Michael Brown n'est pas un drame isolé

Les chiffres officiels centralisés n'étant pas fiables (la loi n'oblige pas les polices municipales à déclarer les cas, si bien que peu le font), ces travaux longs et complexes s'appuient à la fois sur des articles de presse et sur un système collaboratif, dont les données sont vérifiées par des bénévoles ou des salariés. Croiser ces différentes bases de données permet d'avoir une vue globale des personnes mortes de main policière aux Etats-Unis. Le Washington Post l'a fait, ainsi que le Guardian, dont nous reprenons les données, en vérifiant soigneusement les données obtenues.

Quel que soit le motif, le contexte, la victime et la force de police concernée, pour cette seule année 2015 pas encore achevée, au moins 704 personnes ont été tuées par la police américaine.

(Cliquez ici si la carte ne s'affiche pas)

Toutes ces victimes ne peuvent pas rappeler Michael Brown, et tous les cas ne sont peut-être pas polémiques. Mais les chiffres sont préoccupants: 704 cas en sept mois, soit plus de trois morts par jour. Parmi eux, 150 n'étaient pas armés. La répartition des cas sur la carte montre que, malgré quelques fortes disparités entre les Etats (0 dans le Dakota du Sud contre 72 au Texas), l'ensemble du territoire est soumis à cette violence.

Les données peinent en revanche à mettre en évidence un éventuel facteur de discrimination raciale. Les statistiques ethniques n'étant pas interdites aux Etats-Unis, le type racial apparaît dans ces rapports. Or la liste contient 178 victimes noires sur un total de 704, soit un quart. Il en va de même pour les victimes noires non-armées au moment de leur mort, qui représentent un tiers du total (55 sur 150). Les blancs, avec 339 personnes, représentent la grande majorité des victimes.

La méthodologie

Ces données proviennent de bases indépendantes telles que Fatal Encounters et Killed By Police (qui réalisent elles-même un travail de vérification), de contributions extérieures et d'informations vérifiées par Jon Swaine, Oliver Laughland et Jamiles Larteyles, journalistes au Guardian. Elles peuvent être incomplètes, mais constituent l'une des sources d'information les plus fiables.

Seules les morts de la main d'un policier ont été retenues, que ce soit par le biais d'une arme à feu, d'un taser ou d'une voiture par exemple. Toutes les morts que la victime a pu s'infliger elle-même, que l'on trouve parfois dans d'autres bases de données, ont été retirées: une personne mourant au volant au cours d'une course-poursuite avec la police ne sera pas comptabilisée.