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De Michael Brown à Freddie Gray: les bavures policières aux Etats-Unis rarement punies

Depuis août 2014 et la mort de Michael Brown, les décisions de justice ont souvent innocenté les policiers auteurs de violences.

Depuis août 2014 et la mort de Michael Brown, les décisions de justice ont souvent innocenté les policiers auteurs de violences. - Drew Angerer - Getty - AFP

Depuis l'affaire Michael Brown, les policiers impliqués dans des affaires de violences entraînant la mort d'Afro-américains sont rarement inquiétés par la justice.

Une enquête fédérale a été ouverte après la mort d'Alton Sterling, un Afro-américain abattu par un policier blanc à Baton-Rouge en Louisiane. Alors que les manifestants qui dénoncent le racisme de certains policiers américains, ces investigations aboutissent rarement à la condamnation des policiers mis en cause dans les bavures. Et pourtant, elles sont nombreuses. En 2015, les Noirs comptaient pour 26% des victimes de la police alors qu'ils représentent 14% de la population américaine. D'après le Guardian, un jeune Noir avait, en 2015, neuf fois plus de chances d'être tué par la police. 

Certains cas emblématiques comme celui de Trayvon Martin, tué par balles par George Zimmerman, un surveillant de quartier, ont conduit à des manifestations, parfois violentes, entre la communauté afro-américaine et les forces de l'ordre. Tous réclament justice et malgré les procédures lancées, les policiers impliqués sont souvent relaxés. 

> Darren Wilson, innocenté à la "conscience tranquille"

Le 9 août 2014 à Ferguson, Darren Wilson, un policier aux bons états de services abat Michael Brown de six balles alors qu'il voulait l'interpeller pour un vol de cigarillos.

La mort du jeune homme avait entraîné une série d'émeutes raciales dans la ville du Missouri.

Plusieurs enquêtes ont été ouvertes sur l'affaire mais Darren Wilson n'a jamais été inculpé. Le policier finira par démissionner tout en assurant, en novembre, qu'il estimait avoir "effectué son travail dans les règles" et qu'il avait la "conscience tranquille". Innocenté deux fois dans l'affaire, les deux rapports du département de la justice américain rapporte des versions différentes. L'un estime que le policier n'a violé aucun protocole lors de son altercation avec le jeune homme, l'autre fait état d'un système corrompu et raciste au sein de la police de Ferguson. 

> Daniel Pantaleo: des excuses à la famille d'Eric Garner

L'agent Daniel Pantaleo voulait arrêter Eric Garner pour une vente illégale de cigarettes. Pratiquant une technique interdite par la police new-yorkaise, le policier étouffe le suspect, asmathique. Ses mots "I can't breathe, I can't breathe" deviendront tristement célèbres en étant repris par le mouvement Black Lives Matter. 

Ni inculpé, ni renvoyé, Daniel Pantaleo se contentera de présenter ses excuses à la famille du défunt assurant qu'il n'avait jamais eu l'intention de lui donner la mort. Il est aussi défendu par les syndicats de policiers. Finalement, la ville de New York donne 5,5 millions d'euros à la famille d'Eric Garner en guise de compensation. 

> Six inculpés après la mort de Freddie Gray

En avril 2015, Freddie Gray succombe de ses blessures après un transport réalisé dans des circonstances floues par la police. Sur les six agents inculpés, un a bénéficié d'un non-lieu, deux ont été acquittés. Le policier inculpé pour meurtre et sur lequel pesaient les charges les plus graves a été acquitté en juin dernier. Comme dans le cas d'Eric Garner, la famille a touché 5,7 millions d'euros d'indemnisation, mais aussi pour empêcher un procès au civil. 

L'inculpation des policiers, par Marilyn Mosby une jeune magistrate noire, avait créé une polémique aux Etats-Unis. 

> Michael Slager, renvoyé et libéré sous caution

Le 4 avril 2015, Michael Slager tente d'arrêter Walter Scott après une altercation lors d'un contrôle routier. Son taser ne fonctionne pas, il tire à huit reprises dans le dos de la victime, qui est entrain de s'enfuir, sans armes. Cette fois, la police réagit rapidement en renvoyant l'agent dont le procès était toujours en cours un an après les faits. Inculpé de meurtre, il encourt 30 ans de prison voie la perpétuité. En janvier, Michael Slager a été libéré sous caution en attendant la suite de son procès. 

L'impunité de la police aux Etats-Unis est régulièrement dénoncée par le mouvement Black Lives Matter.

Depuis début juillet et la mort de Philandi Castile et d'Alton Sterling, deux Afro-américains ainsi que celles de cinq policiers blancs tués par un Noir, les questions communautaires divisent à nouveau le pays. Lors d'une cérémonie d'hommage aux policiers à Dallas mardi, Barack Obama a regretté : 

"J'ai parlé à trop de cérémonies, serré dans mes bras trop de familles qui avaient perdu des proches (...) J'ai vu comment l'esprit d'unité né d'une tragédie pouvait se dissiper peu à peu".

Malgré sa fin de mandat, le président américain a réuni des représentants des forces de l'ordre, des militants des droits civiques, des universitaires et des élus locaux pour "dégager des solutions" face aux tensions entre les communautés.

Mélanie Longuet