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Aux États-Unis, des militants de Black Lives Matter meurent mystérieusement

La mort de Michael Brown, en août à Ferguson, avait déjà suscité l'indignation aux Etats-Unis.

La mort de Michael Brown, en août à Ferguson, avait déjà suscité l'indignation aux Etats-Unis. - Nicholas Kamm - AFP -

Les décès, depuis 2014, d'au moins sept activistes liés aux émeutes de Ferguson, retrouvés morts dans des circonstances floues, attisent la peur parmi les membres du mouvement Black Lives Matter, qui craignent des assassinats ciblés.

En août 2014, la ville américaine de Ferguson, dans le Missouri, était secouée par d’importantes émeutes déclenchées par la mort du jeune Afro-Américain Michael Brown, tué par un policier alors qu’il prenait la fuite à la suite d’une confrontation de rue.

Une enquête de l’agence américaine d'Associated Press publiée il y a quelques jours révèle que depuis ces premières manifestations à Ferguson, six activistes ayant participé aux émeutes ou étant liés de près ou de loin au mouvement Black Lives Matter ont trouvé la mort, souvent dans des circonstances étranges.

Règlements de compte, suicides ou assassinats ciblés?

Le jour de la première manifestation de Ferguson, Deandre Joshua, un jeune Afro-Américain de 20 ans, est retrouvé mort dans une voiture brûlée à quelques rues des émeutes, une balle dans la tête. Deux ans plus tard, un autre homme noir de 29 ans, Darren Seales (qui apparaissait dans des vidéos en train de réconforter la mère de Michael Brown), est découvert mort dans les mêmes circonstances. Dans ces deux affaires, aucune arrestation n’a été effectuée.

En février 2016, Marshawn McCarrel, un autre participant aux émeutes, se tire une balle dans la tête devant le Parlement de l’Ohio. En mai 2017, c’est au tour d’Edward Crawford, 27 ans, lui aussi présent à Ferguson lors des émeutes, d’être retrouvé mort, également d’une balle dans la tête. En octobre dernier, Danye Jones, fils d’une activiste ayant été particulièrement active lors des manifestations d’août 2014, est retrouvé pendu à un arbre dans le jardin de sa maison de Saint-Louis. Dans ces trois cas, les enquêtes policières ont conclu à des suicides.

Il faut ajouter à ces morts les récents décès de deux autres activistes du mouvement. En novembre dernier, un jeune Américain de 31 ans, Bassem Masri, qui avait pour habitude de diffuser les manifestations de Ferguson sur Internet, a été retrouvé inanimé dans un bus. Une overdose, selon la police.

Plus récemment encore, c’est le corps de la jeune activiste Amber Evans, disparue dans des circonstances mystérieuses en janvier dernier, qui a été retrouvé au fond de l’Ohio River, le 26 mars.

Menaces de mort et tentatives d'assassinat

Autant de morts étranges qui ont éveillé les soupçons des membres de Black Lives Matter, qui craignent une vague d’assassinats politiques ciblés visant les activistes du mouvements. Plusieurs figures du mouvement affirment être encore aujourd’hui la cible de menaces de mort depuis les émeutes de 2014.

Le Révérend Darryl Gray, qui officie à Saint-Louis, explique notamment avoir retrouvé une boîte contenant un python dans sa voiture. De son côté, Cori Brush, meneuse régulière des manifestations de Ferguson, affirme avoir retrouvé des impacts de balles sur son véhicule. L’activiste parle également de “harcèlement", d’"intimidation", de "menaces de mort" et de "tentatives d’assassinat”. Elle suspecte notamment les suprémacistes blancs ou des sympathisants de la police, révèle-t-elle à Associated Press.

D'autres explications avancées

Associated Press donne également la parole au sociologue Odis Johnson, qui estime que le traumatisme des émeutes a pu jouer dans le suicide de certains des activistes concernés. L'agence rapporte, de plus, que si les assassinats ciblés ne sont pas exclus, les Noirs du comté de Saint-Louis, où se trouve Ferguson, ont tendance à être beaucoup plus pauvres que les Blancs et vivent généralement dans des quartiers où les taux de criminalité sont plus élevés.

Des soupçons subsistent malgré tout parmi les membres de Black Lives Matter, qui interrogent la profondeur et le sérieux des enquêtes policières menées. Ils craignent notamment qu'en raison des tensions qui existent encore aujourd'hui entre la police et les partisans du mouvement, les enquêteurs n’aient pas cherché à trouver les causes exactes de cette vague de décès chez les militants.

Juliette Mitoyen