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Algérie: qui est Rachid Nekkaz, l'homme qui veut faire tomber Abdelaziz Bouteflika?

Rachid Nekkaz à Genève

Rachid Nekkaz à Genève - Capture d'écran Facebook.

Celui qui souhaite se présenter contre Abdelaziz Bouteflika a déjà une expérience politique riche, notamment en France.

L’image a fait le tour de nombreux médias locaux. Ce samedi, alors qu’il participait à une manifestation contre la nouvelle candidature d’Abdelaziz Bouteflika à Alger, Rachid Nekkaz, potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle algérienne, a été violemment pris à partie puis expulsé du défilé par des "policiers", rapportent ses proches au Parisien.

Il faut dire que depuis l'officialisation de l'intention du président sortant de briguer le 18 avril prochain un cinquième mandat, il est en poste depuis 1999, la climat s'est troublé en Algérie. Vendredi dernier, à la suite de différents appels sur les réseaux sociaux, plusieurs centaines de personnes ont bravé l'interdiction de manifester et ont défilé dans les rues des principales villes du pays.

Et parmi eux, Rachid Nekkaz donc, l'un des plus féroces opposants à Bouteflika, qui tente depuis plusieurs années déjà de se faire une place sur l'échiquier politique algérien. S'estimant "candidat de la jeunesse et du changement", son nom revient de plus en plus parmi les tranches les plus jeunes de la population. En déplacement ce dimanche à Tizi-Ouzou en Kabylie, il était d'ailleurs entouré de nombreux jeunes qui, toujours selon Le Parisien, souhaitaient l'aider à obtenir ses 60.000 parrainages d'électeurs, obligatoires pour devenir candidat.

Candidat en France en 2007

Pourtant, l'histoire politique de Rachid Nekkaz débute en France, son pays de naissance, dont il avait également la nationalité il y a encore quelques années.

Dès 2006, il annonce, sous le nom de "Parti Rachid Nekkaz", être candidat à l'élection présidentielle de 2007 alors qu'il est encore chef d'entreprise dans les nouvelles technologies et l'immobilier. Esbroufe ou non, il se vantait également d'avoir déjà recueilli les 500 parrainages d'élus nécessaires à la candidature. Quelques mois plus tard, seules 13 signatures sont envoyées au conseil constitutionnel à la suite de, selon lui, le cambriolage de son logement qui servait également de siège de campagne. 

De cette période, l'opinion publique se rappellera malgré tout de Rachid Nekkaz pour un fait d'armes diffusé en direct à la télévision. Invité sur le plateau de LCI, il obtenait pour un peu plus de 1500 euros le parrainage du maire de la commune de Noron-la-Poterie dans le Calvados, qui avait mis sa signature aux enchères.

Sitôt le papier obtenu, Nekkaz le déchire devant les caméras, affirmant que "ces pratiques-là donnent une mauvaise image de la démocratie".

Défense du voile intégral en France

Après une période plus discrète, Rachid Nekkaz refait parler de lui en 2016, lorsqu'il annonce avoir payé 1169 amendes pour port de voile intégral en France, une infraction depuis la loi de 2010. Interrogé par BFMTV, il se disait choqué par "l'acharnement" de la justice à l'encontre de ces jeunes femmes.

Bien qu'il se dise lui-même "opposé à titre personnel" au port du voile intégral et à son interdiction dans les "lieux publics fermés", il souhaitait malgré tout une modification du texte de loi afin de "permettre à ces femmes de circuler librement dans la rue".

En octobre 2016, alors qu'il se rend à Toul en Meurthe-et-Moselle afin d'y régler une de ces fameuses contraventions, Là, Rachid Nekkaz est violemment pris à partie par l'élue locale Nadine Morano, qui lui empêche l'accès au centre des finances publiques. De vifs échanges ont alors fusé entre eux d'eux avant l'intervention de la police.

Enfin candidat en Algérie?

Retour en Algérie. Depuis maintenant plusieurs années, Rachid Nekkaz tente de se présenter à l'élection présidentielle locale. En 2014 souligne Le Parisien, sa candidature n'est pas validée, le véhicule qui transportait les parrainages s'étant perdu avant l'heure butoir.

Cette année, l'homme de 47 ans doit faire face à de nouvelles modifications constitutionnelles. En plus des 60.000 parrainages d'électeurs, un potentiel candidat doit justifier de dix ans de résidence dans le pays et n'avoir qu'une nationalité. C'est ainsi qu'il y a quelques mois, Rachid Nekkaz décide de renoncer à son passeport français. 

Féroce opposant à Bouteflika, il est fréquemment invité sur les plateaux algériens. Interrogé quant à la santé du président, il n'hésite d'ailleurs pas à affirmer que celui-ci est mort et remplacé par un sosie équipé d'un masque en trois dimensions. 

"Si c'était vraiment lui, on voit bien qu'il a une oreillette et un micro, pourquoi il ne parle pas? Tout le monde connaît la voix de Bouteflika, et s'il dit un seul mot..."

Pourtant considérablement affaibli depuis un accident vasculaire cérébral en 2013, Abdelaziz Bouteflika fait encore une fois figure de grand favori à sa propre succession. En 2014, il avait été élu avec plus de 80% des voix.

Hugo Septier