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Le Louvre revisité par Naoki Urasawa, l’auteur aux 127 millions de mangas vendus dans le monde

Le musée du Louvre

Le musée du Louvre - Loïc Venance-AFP

Le célèbre mangaka, de passage à Paris en février dernier, explique les coulisses de sa nouvelle création, qui se situe dans les couloirs du célèbre musée de la capitale.

"Une famille. Un tableau. Un mystérieux individu." A l’honneur dans une exposition présentée à Angoulême puis à Paris en début d’année, le mangaka Naoki Urasawa (Monster, Pluto, 20th Century Boys) revient avec Mujirushi - Le Signe des rêves, une histoire située dans les couloirs du Louvre.

Commande du musée parisien pour sa collection de BD où a notamment été publié Enki Bilal, Mujirushi raconte, comme souvent chez Urasawa, une histoire haletante de faux-semblants teintée de fantastique. Divisé en deux albums, dont le deuxième est sorti le 11 octobre, Mujirushi met en scène l’incroyable larcin d’une pièce inestimable de Vermeer, La Dentellière. Interrogé sur la genèse de ce projet lors de son passage à Paris en février dernier, Naoki Urasawa raconte:

"Un jour, le musée du Louvre m’a contacté en me disant qu’il considère aujourd’hui la bande dessinée comme un art. Ils voulaient solliciter les auteurs pour faire des albums. C’était il y a trois ans. A l’époque, je travaillais encore sur ma série Billy Bat. Je leur ai demandé d’attendre la fin de la série. Une fois celle-ci terminée, j’ai commencé à réfléchir concrètement à ce projet. Pendant ces trois années, malheureusement, d’autres auteurs avaient fait leur propre album dans cette collection. Comme les autres ont fait ce que je voulais faire, j’ai été un peu embêté, parce que je n’avais pas d’idée."

Le Louvre vu en manga
Le Louvre vu en manga © Futuropolis /

Être compris à la fois en France et au Japon

ll ajoute: "J’ai commencé à y réfléchir sérieusement en début d’année 2017, pendant l’hiver. Je me suis dit que c’était très embêtant de se rendre en France pour faire des recherches préparatoires, car il y fait froid et c’est très loin. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de prendre Iyami, un personnage de mangas des années 1960 qui prétend être aller en France alors que c’est faux. Avec Iyami, je me suis dit que je pouvais faire cette BD sans aller en France."

Ce personnage, extrêmement connu au Japon, est tiré d’un manga de Fujio Akatsuka, un auteur comique. C’est cet étrange énergumène, reconnaissable à ses expressions ampoulées et à sa dentition proéminente, qui tire les ficelles du récit. "À partir du moment où j’ai décidé que l’histoire tournerait autour de ce personnage, j’ai eu plein d’idées", poursuit le mangaka, qui reconnaît avoir finalement accepté d’affronter le froid parisien pour y faire des recherches. Comme la naissance de la série, le titre n’est pas venu instantanément:

"Au début, je ne voulais pas avoir de titre pour cette série. Il y avait juste une sorte de logo qui représentait trois dents - je voulais que ce logo soit le titre, mais évidemment, sans titre, cela posait un problème pour la distribution, donc j’ai été obligé d’en inventer un. Je voulais quelque chose qui puisse être compris à la fois en France et au Japon. Et je voulais faire une histoire assez chaleureuse cette fois-ci."

Personnage mystérieux du manga Mujirushi
Personnage mystérieux du manga Mujirushi © Futuropolis

Mitterrand, Sylvie Vartan et Trump

Pour montrer cet optimisme, l’auteur de Monster a eu l’idée de mêler le mot "rêve" (Mu) avec le mot "signe" (Irushi), ce qui donne "le signe des rêves", "mujirushi".

Quatrième mangaka, après Jiro Taniguchi, Taiyo Matsumoto et Hirokiko Araki, à rejoindre la collection co-éditée par Futuropolis, Urasawa s’est amusé dans cette histoire parisienne à glisser des références à François Mitterrand, Sylvie Vartan et … Donald Trump, dont une version féminine est au centre du récit.

"Imayi prétend connaître la culture française. Il a des éléments français et en même temps c’est quelqu’un de très superficiel. Pour moi, Sylvie Vartan et François Mitterrand montrent très bien ce côté superficiel du personnage", indique Urasawa.

À propos de Beverley Duncan, sosie féminin du président américain, ce dernier ajoute: "Ce n’est peut-être pas Donald Trump! Chacun peut l’interpréter comme il veut", répond mystérieusement l’auteur aux 127 millions d’albums.

Mujirushi - Le Signe des rêves, Naoki Urasawa, Futuropolis/Louvre éditions, deux tomes, 20 euros chacun (un coffret réunissant les deux albums sort le 22 novembre. Édité à 2222 exemplaires, il sera vendu 49 euros).

Jérôme Lachasse