BFMTV

Bastien Vivès, qui cartonne sur Netflix avec Lastman, sort deux BD érotiques

Détail de la couverture du Chemisier de Bastien Vivès

Détail de la couverture du Chemisier de Bastien Vivès - Casterman

L’auteur de Polina et de Lastman publie Le Chemisier, récit de l’émancipation d’une femme, et Petit Paul, recueil érotique et burlesque parodiant Martine.

Un an après le succès d’Une Sœur, Bastien Vivès, co-auteur également de la série Lastman, dont le spin-off est diffusé sur Netflix, revient avec deux BD pour secouer le politiquement correct: Le Chemisier, récit de l’émancipation d’une femme, et Petit Paul, recueil érotique et burlesque parodiant Martine. Bastien Vivès accorde dans ses deux ouvrages une place importante à la sexualité, mais parle avant tout de notre société, de la menace terroriste à la mainmise de la technologie sur notre quotidien. Si certains utilisent le filtre du conte ou de la fantasy pour raconter notre monde, l’auteur de Polina préfère s’y frotter sans détour.

Petit Paul raconte les mésaventures d’un enfant au sexe démesurément grand. Celui-ci lui joue cependant des tours et le projette dans des situations scabreuses auxquelles il ne souhaite pas prendre part - et qui impliquent souvent sa sœur Magalie. "Ce n’est pas un livre incestueux", insiste Bastien Vivès. "Il se retrouve juste dans des situations, il n’y a pas de perversité derrière Petit Paul. Comme c’est un petit gamin, on voit tout à travers ses yeux", dit l’auteur de Dans mes yeux et Attention chien méchant, deux BD en vision subjective.

"BD de supermarché"

Petit Paul n’est pas le premier livre érotique de son auteur, mais assurément "le plus cartoon, le plus rigolo": "Dans les autres [Les Melons de la colère, La Décharge mentale, NDLR], il y a un fond propre. Là, c’est vraiment pour rigoler. C’était fait pour être sur Internet, pour que ce soit assez léger. Limite, c’est de la BD de supermarché." Vivès espère que cet album, premier tome de la nouvelle collection Porn 'n Pop de Glénat, incitera les auteurs à se lâcher: "Pour l’instant, les BD un peu porno et cul sont plus des modes d’emploi Ikea que des vraies BD marrantes. Dans la BD, c’est tellement sage en porno”, déplore-t-il, estimant que le 9e Art “est un des meilleurs médium pour mettre en image le sexe."

Bastien Vivès
Bastien Vivès © Casterman / Glénat

Si le sexe est tout aussi présent dans Le Chemisier, celui-ci est un livre particulier, plus difficile d’accès que les précédents: "Il est moins didactique, moins linéaire", précise-t-il. "J’ai mis pas mal de choses d’instincts." Dans Le Chemisier, Bastien Vivès dresse une vision pessimiste de la vie couple, rendue "apathique" par Netflix et Deliveroo, et part en lutte contre ce qu’il juge être un des maux des temps modernes: la peur de se tromper. 

"Aujourd’hui, il y a un mode d’emploi pour tout"

Le Chemisier parle donc d’apprendre à lâcher prise. C’est le parcours de Séverine, une étudiante en agrégation "quelconque, déjà vieille avant d’être jeune, qui ne sait pas vivre et, tout d’un coup, va foutre en l’air toute sa vie." Ce changement s’opère lorsque qu’elle porte un chemisier en soie blanche, récupéré chez la famille où elle faisait du babysitting. Outre "le plaisir de dessiner une fille avec un chemisier en soie", Bastien Vivès a voulu interroger les concepts de libre-arbitre et de beauté:

"Peut-être qu’avant cela me paraissait évident et qu’aujourd’hui cela est peut-être mis à mal. Il y a peut-être des choses qui me sautent un peu plus au visage qu’il y a cinq ans. Aujourd’hui, il y a un mode d’emploi pour tout. On passe notre temps à tout expliquer aux gens. Je pense que d’ici peu de temps, on va nous servir des manuels pour vraiment nous expliquer comment il faut se comporter, ce qu’il faut faire ou pas. Là, il y aura un vrai problème. Si j’ai envie de trouver quelque chose joli, je trouve ça joli. Dans les normes de République, évidemment."

Le Chemisier de Bastien Vivès
Le Chemisier de Bastien Vivès © Casterman

Une malédiction

Si l’argument du Chemisier peut sembler fantastique au premier regard, ce n’est pas le cas: "Je ne voulais surtout pas tomber là-dedans", indique celui qui a dessiné sa première histoire de fantôme dans Petit Paul:

"Quand elle n’a pas le chemisier, elle reprend sa vie tranquillement, c’était une petite parenthèse, et puis, quand elle en retrouve un, ça recommence. Beaucoup de gens qui lisent le bouquin me disent que c’est l’émancipation totale, qu’elle devient une vraie femme. En fait, non, c’est une nana qui est complètement paumée. C’est juste qu’elle écoute son instinct. Elle ne réfléchit plus trop. C’est un coup de pouce. On a tous porté un jour un vêtement où, tout d’un coup, on n’était plus la même personne, on recevait un compliment, tout allait bien. J’ai l’impression que les gens ont besoin d’un peu de reconnaissance."

Les histoires de Bastien Vivès, même les plus sérieuses, comportent toujours des scènes cocasses. Prévu pour être un album très sombre, Le Chemisier s’est finalement adouci au fur et à mesure de sa conception. C’est presque une malédiction, comme le membre protubérant de Petit Paul: à chaque fois que Bastien Vivès a envie de "faire un récit dur", "tout devient très léger": "Je n’arrive pas à rester dans le drame total, je n’arrive pas à sortir du divertissement", dit celui qui dessine plus facilement les parties intimes que les yeux de ses personnages.

Il l’assure: son prochain bouquin devrait "noircir un peu le tableau". "J’aimerais bien arriver à avoir quelque chose de plus adulte." Il s’est fixé un objectif sur le long terme: pouvoir traiter de plus en plus de sujets loin de ses préoccupations et s’intéresser autant aux migrants qu’à la crise du textile, "d’être un auteur". La couverture du Chemisier, très épurée, composée d’une seule image pour montrer que c’est "un vrai livre sérieux" et "pas juste des jolis dessins", est déjà un premier pas dans cette direction.

Le Chemisier, Casterman, 208 pages, 20 euros (sortie le 12/9).

Petit Paul, Glénat, "Porn 'n Pop", 176 pages, 12,90 euros (sortie le 19/9).

Jérôme Lachasse