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Comment Lastman est devenu la meilleure série de BD française

Couverture de Lastman 7de Balak, Sanlaville et Vivès.

Couverture de Lastman 7de Balak, Sanlaville et Vivès. - Casterman 2017

Rencontre avec Yves Balak, Michaël Sanlaville et Bastien Vivès, les têtes pensantes de cette BD qui emprunte les codes du manga.

Lastman, la BD d'action concoctée à six mains par Yves Balak, Michaël Sanlaville et Bastien Vivès, est de retour. Débutée en mars 2013, cette série, dont le dixième tome est sorti le 23 août, raconte les mésaventures d'un trio composé de Richard Aldana, un aventurier, de Marianne, une boulangère dotée de pouvoirs magiques, et d'Adrian, son fils.

L'action commence dans la Vallée des Rois, une région où se déroule, comme dans Dragon Ball, un tournoi de combattants. Rapidement, le récit devient plus personnel, et l'univers s'étend. La Vallée des Rois cède sa place à la ville de Paxton, cité balnéaire du crime. Une galerie de personnages débarque: des portes-flingues mystérieux, des femmes fatales, des flics monstrueux... Autant d'archétypes qui révèlent pourtant une personnalité souvent bien plus complexe que prévue.

C'est aussi ça, Lastman: une série dont chaque tome marque une rupture avec le précédent. Le tome 10 ne déroge pas à la règle. Et sa couverture, noire, l'annonce d'emblée. Dans cet album, Balak, Sanlaville et Vivès impressionnent une fois de plus par leur maîtrise graphique et narrative. Pour la première fois dans l'histoire de la série (qui compte désormais plus de 2.000 pages), ils proposent un flashback sur la vie d'un des personnages emblématiques de Lastman. Les surprises seront nombreuses et devraient réjouir les spectateurs de la série animée Lastman, préquelle de la BD diffusée fin 2016 sur France 4.

Couverture de Lastman 10 de Balak, Sanlaville et Vivès.
Couverture de Lastman 10 de Balak, Sanlaville et Vivès. © Casterman 2017

"Lastman aurait pu s’arrêter au tome 4"

Lastman a mis quelques années avant de s'imposer dans le paysage culturel français. Désormais, chaque tome est attendu avec impatience par la communauté de fans, qui mêle adultes et enfants. Cela ne fut pas toujours le cas. "Les ventes des premiers tomes étaient extrêmement médiocres", se souvient Balak, qui se charge notamment du storyboard. "Heureusement, notre éditeur était derrière nous", poursuit Bastien Vivès. "On a pu faire la suite. Au quatrième tome, ça a décollé. Quand le nouveau cycle a commencé, au tome 7, il s’était écoulé un an. Les gens nous attendaient et on a fait un des meilleurs démarrages de la série avec le tome 7".

Le succès de Lastman tient aussi à la série animée. "Elle nous a sauvés avant même qu’elle existe", confirme Balak. "Dès qu'on a signé la série animée, on a pu se dire qu'elle allait peut-être relancer la BD. Sans ça, Lastman aurait pu s’arrêter au tome 4". Bastien Vivès: "On a compris qu'il fallait un dessin animé pour que le grand public nous suive. Depuis le lancement, on a réussi à trouver le public, et les gens n’ont plus peur d’acheter Lastman!"

"En librairie, il ne savait pas où mettre Lastman"

Présenté comme un "manga à la française", Lastman n'a pas réussi à séduire le public amateur de BD japonaise, assurent les auteurs. "Lastman a la forme d’un manga", précise Balak. "mais le dessin n’est pas codifié comme le manga. Au début, les jeunes nous le disaient clairement". "C’était très compliqué", acquiesce Vivès. "En librairie, il ne savait pas où mettre Lastman: avec les mangas? Parmi les bouquins?". "C’est ça qui est bien", renchérit de son côté Sanlaville, qui s'occupe du dessin avec Vivès. "C’est ce qui fait l’originalité du bouquin: on n’est pas lié à une mode".

Selon Bastien Vivès, l'auteur de Polina et d'Une sœur, Lastman puise son succès ailleurs: "Quand on a compris que le public manga n’était pas avec nous, on s'est dit: 'autant se faire plaisir avec un truc un peu franchouillard, franco-belge'. Tu mets un peu de gros nichons, un peu de bécanes et les gens adorent". L'analyse ne séduit pas tout à fait Balak: "C’est complètement faux, mais on va garder cette explication".

"Lastman est au manga ce que les brochettes bœuf-fromage sont à la cuisine japonaise"

Lastman n'est ni de la BD franco-belge, ni du manga. "C’est un documentaire", "c’est un roman graphique sérialisant", rigolent les trois lascars. Le 15 juin, Balak a risqué une métaphore culinaire sur son compte Twitter: "Lastman est au manga ce que les brochettes bœuf-fromage sont à la cuisine japonaise". Trois mois après, il s'en explique: "C’est une hérésie totale. Les Japonais n’en mangent pas, mais ça reste très bon. Et il y a les deux choses que les français préfèrent: le bœuf et le fromage". Ses acolytes approuvent la métaphore.

Poursuivons la métaphore culinaire. Si Lastman est une brochette bœuf-fromage, que représentent le bœuf et le fromage? Balak: "Le fromage, c’est ce qu’il y a à l’intérieur, c’est l’histoire, les sentiments, les personnages, les rapports humains. Contrairement au manga, comme c’est du fromage, ça sent, ça coule. Et autour, il y a du bœuf". Vivès: "Le bœuf, c’est l’efficacité de la narration”. Dans le tome 10, le bœuf, c'est les flashbacks. Pour le trio, il était nécessaire d'avoir recours à cette structure "assez casse-gueule" selon Balak pour amorcer le retour d'un des personnages marquants de la série décédé dans le tome 6. Un choix qui n'est pas du fan service, assure le trio. D'autant qu'ils détestent "les comics qui tuent puis ressuscitent les personnages et rendent la mort inconséquente".

Surprendre le lecteur

A chaque tome, Balak, Sanlaville et Vivès se surpassent pour continuer de surprendre le lecteur. Ils n’ont jamais cherché la facilité. Pour le tome 3, ils avaient décidé, par exemple, de réaliser un album sans le charismatique Richard Aldana. "C’était compliqué", raconte Balak. "C’est à la fois le vecteur de l’action et le mec qui balance les vannes". "C'est comme si tu enlevais Capitaine Haddock, en fait", précise Sanlaville. Pour le tome 10, plus introspectif que les précédents, le trio tente un style classique, avec des décors dans chaque case. "On a mis deux fois plus de temps à dessiner le tome 10", confirme Sanlaville. Chaque tome est une expérience. Vivès: "On ne met rien de côté. On met tout. C’est un peu comme ça que l’on fait avec la bouffe en France. C’est le pot-au-feu". "Mais oui, Lastman ce n’est pas du tout une brochette bœuf-fromage", s'exclame Balak, "mais un pot-au-feu!"

En attendant le livre de cuisine inspiré de l'univers Lastman, l'avant-dernier tome de la saga, le onzième, sortira l'année prochaine. L'aventure se situera, comme au début, dans la Vallée des Rois. "On va même en profiter pour l’explorer", promet Vivès: "C’est bien, dans une série, de retrouver à la fin ce que l'on avait aimé au début. C’est bien de se souvenir de ces choses-là". Et de faire plaisir aux fans par la même occasion.

Lastman 10 d'Yves Balak, Michaël Sanlaville et Bastien Vivès, Casterman, 215 pages, 12,50 euros.

La série Lastman, réalisée par Jérémie Périn, sortira le 1er décembre en DVD, Blu-ray et Coffret Collector chez Wild Side.

Retrouvez ci-dessous les personnages principaux de Lastman dessinés par Balak, Sanlaville et Vivès:

Jérôme Lachasse