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Paris: l'Hôtel de Ville expose les œuvres du mangaka Naoki Urasawa

Couverture de 20th Century Boys d'Urasawa

Couverture de 20th Century Boys d'Urasawa - Panini

Du 13 février au 31 mars, une exposition gratuite retrace la carrière de l'auteur aux 127 millions d'albums vendus dans le monde.

Présentée lors du dernier festival d’Angoulême, l’exposition consacrée au mangaka Naoki Urasawa s'exporte à Paris jusqu'au 31 mars. Auteur de mangas cultes comme Monster, Pluto ou encore 20th Century Boys, Urasawa a vendu 127 millions d’albums dans le monde.

Gratuite, cette rétrospective de son œuvre présente 500 planches originales, dont de superbes illustrations en couleur. Les deux premiers chapitres de sa nouvelle série, Mujirushi, une commande du Musée du Louvre, seront également exposés. Et cerise sur la gâteau: le maître a signé quelques dessins sur les murs blancs de l'exposition.

Il s’en explique: "J’ai senti en la visitant pour la première fois qu’il y avait une sorte de vide". Une déclaration surprenante venant de la part d’un auteur fasciné par les ombres et présenté comme un chantre du polar et de l’horreur moderne. Pour lui, c’est aussi une manière de "fortifier" sa relation avec les lecteurs.

"C’est ce qui compte le plus pour moi: comment transmettre l’émotion", confirme l’intéressé, qui a estimé en janvier dernier dans Libération qu’une rétrospective était un "produit dérivé" du manga.

"En même temps, l’exposition compte beaucoup pour moi, car les lecteurs peuvent comprendre comment les mangas sont fabriqués", modère-t-il.

Des récits sombres

Les fans devraient se régaler: les planches d'Urasawa comportent peu de retouches. "Peut-être que par rapport à d’autres mangakas, je corrige un peu moins, mais si on regarde en détail, il m’arrive par moment de refaire les lignes de la bouche", précise l'auteur. Est-ce la bouche qui donne le plus de fil à retordre à ce maître du découpage?

"Je commence toujours par les yeux, ensuite je passe au nez, dont je suis à peu près satisfait, et je termine avec la bouche, que je rate souvent", déplore-t-il en souriant.

Le dessin d’Urasawa joue sur les contrastes, alternant entre des décors très réalistes et des personnages plus proches du cartoon: "c’est pour mettre en valeur les personnages", explique l’auteur. "Si je dessinais les personnages de manière très réaliste, ils seraient absorbés par le décor."

Ce contraste atténue également la noirceur de ses histoires: dans Monster (1994-2001), un chirurgien cherche à tuer l'être maléfique qu’il a sauvé lorsqu'il était enfant; dans 20th Century Boys (2000-2006), un homme tente de sauver le monde d’une prophétie qu’il a imaginé enfant avec des amis d'école.

Naoki Urasawa et les couvertures des premiers tomes de Monster et 20th Century Boys.
Naoki Urasawa et les couvertures des premiers tomes de Monster et 20th Century Boys. © Kana / Wikimedia Commons / Panini

Une nouvelle série située à Paris

Urasawa se défend toutefois de raconter "quelque chose d’horrible", mais confie que sa jeunesse dans le contexte très politique des années 1970 l’a certainement influencé. Né en 1960, Urasawa a en effet une dizaine d’années lors des agissements terroristes de l’Armée Rouge Japonaise et du coup d’état avorté de l’écrivain Yukio Mishima:

"Ces événements m’ont fait réfléchir et m’ont évidemment influencé. En même temps, à chaque fois que j’entendais des nouvelles de ces événements, j’avais toujours un point d’interrogation dans ma tête. C’est ce point d’interrogation que je veux montrer dans mes œuvres".

"Depuis tout petit", Urasawa est fasciné par les notions de bien et de mal:

"Chaque héros ou super-héros pense qu’il a raison. Même les méchants ne pensent pas qu’ils sont méchants. Ils font leurs méchancetés en pensant que c’est juste. C’est pour cette raison que je m’intéresse à comment un être humain bascule dans le mal."

C’est pour cette raison, également, qu’il ne donne jamais de réponses aux questions qu’il pose dans ses livres. Dans sa nouvelle série, Mujirushi, qui sortira cette année en France, Urasawa ne devrait pas parler du mal, mais de Paris. On y croisera notamment François Mitterrand, Sylvie Vartan et une version féminine de… Donald Trump. Difficile de croire que le mal ne sera pas présent dans cette nouvelle aventure du mangaka.

Affiche de l'exposition Urasawa
Affiche de l'exposition Urasawa © Kana

L’Art de Naoki Urasawa, du 13 février au 31 mars, Paris Rendez-Vous, 29 rue de Rivoli, 75004 Paris, du lundi au samedi de 10 à 19 heures. Accès: métro Hôtel de Ville (ligne 1).

Jérôme Lachasse