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Jets de blouses, intrusion à la CFDT: comment la mobilisation contre la réforme des retraites évolue

Le mouvement d'opposition à la réforme des retraites montrant des signes de faiblesse, "pour obtenir une couverture médiatique, les grévistes ou militants utilisent des formes qui vont frapper l'opinion", estime un spécialiste des mouvements sociaux, pour expliquer l'action menée ce vendredi au siège de de la CFDT.

"Quelques dizaines d'individus se sont introduits violemment dans les locaux de la confédération" CFDT à Paris, où ils ont "agressé verbalement et physiquement des salariés", a dénoncé dans un tweet ce vendredi le secrétaire général du syndicat, Laurent Berger.

"A 12h55 au siège de la CFDT, une centaine de militants CGT s'est réunie devant le site avant qu'une vingtaine de personnes ne s'introduisent dans les locaux", a précisé une source policière à l'AFP. "Vers 14h30, l'ensemble des personnes sont sorties du bâtiment".

Anasse Kazib, un cheminot SUD-Rail ayant participé à l'action interrogé sur BFMTV nie la violence qui leur est reproché . "C'est de la diffamation ce que [Laurent Berger] dit", se défend-t-il.

Il s'agissait pour les manifestants de montrer "leur total désaccord avec le positionnement de Laurent Berger" sur la réforme des retraites. Le leader de la CFDT est fortement critiqué par des grévistes et militants car il est favorable à un système des retraites "universel" par points.

"De plus en plus de formes d'actions à vocation médiatique"

"On a remarqué ces derniers jours qu'il y avait de plus en plus de formes d'actions à vocation médiatique qui sont menées un peu partout dans l'enseignement ou devant les ministères", analyse sur BFMTV Jean-François Amadieu, spécialiste des mouvements sociaux. "Pour obtenir une couverture médiatique, les grévistes ou militants utilisent des formes qui vont frapper l'opinion, qui peuvent être des blocages, des jets de cartables, de pantoufles, de blouses, etc..."

Les avocats ont été les premiers à faire tomber leurs toges, devant la ministre de la Justice au tribunal de Caen, rapidement suivis par leurs collègues d'autres villes de France. Les enseignants ont reproduit l'action en lançant leurs cartables, les médecins de l'hôpital public en jetant leur blouse et dernièrement, plusieurs dizaines de cheminots se sont rassemblées devant le ministère de l'Économie et ont lancé des pantoufles en direction du bâtiment.

Le 7 janvier, au moins 200 personnes avaient investi pendant quelques minutes le hall d’accueil du fonds d'investissement américain BlackRock avant de quitter les lieux. L'action avait été menée par des cheminots en grève, qui accusent ce groupe d'avoir influencé la réforme des retraites pour ses propres intérêts financiers.

Des actions "tout à fait logiques à ce stade du conflit"

Ces formes d'actions "illégales et plus violentes sont tout à fait logiques à ce stade d'un conflit qui est en train de se terminer dans un certain nombre d'entreprises", explique Jean-François Amadieu. "Ce alors même qu'au bout de 43-44 jours de grève il n'y a pas eu les résultats escomptés. Maintenant le conflit prend d'autres formes, va continuer sous d'autres formes", plus médiatiques.

"Il faut rappeler que dans ces types d'initiatives ce qui est toujours ennuyeux, c'est qu'au-delà du coup médiatique, tout ça peut conduire éventuellement à des dérapages, à des incidents, à l'intervention des forces de l'ordre dans certains cas", souligne Jean-François Amadieu. "C'est l'inconvénient de ce type de stratégies, qui sont assez classiques à la fin d'un mouvement".

Jeudi, Laurent Berger avait déjà dénoncé sur franceinfo des "attaques" visant son syndicat ou le visant personnellement. "En ce moment, on a des locaux dégradés, (et) tournent des propos extrêmement dégradants à mon égard ou à l'égard d'autres militants CFDT", avait-il dit, sans donner de précisions sur la source de ces attaques.

Salomé Vincendon