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Avocats, enseignants, médecins, artisans... Ils jettent les symboles de leur fonction pour protester

Certains jettent leurs robes, d'autres leurs blouses, leurs cartables ou leurs outils. Depuis une semaine, de nombreux corps de métier mettent à bas les symboles de leur profession pour dire leur opposition à la réforme des retraites comme à d'autres politiques menées par l'exécutif.

C'est parfois l'expression d'un désespoir, d'une colère ou d'un combat, et toujours celle d'un ras-le-bol. Depuis une semaine, divers corps de métiers ont mis à terre les symboles de leurs fonctions. Qui une robe, qui une blouse, qui un cartable, qui un burin. Une manière simple, frappante et pacifique de signifier sa protestation contre la réforme du système de retraites voulue par le gouvernement, mais aussi de dénoncer un affaiblissement général des services publics ou encore les politiques spécifiques menées dans le secteur des intéressés. 

  • Les avocats tombent la robe 

Les avocats ont été les premiers à faire tomber l'épitoge comme on jette le gant. Il y a une semaine, recevant la ministre de la Justice Nicole Belloubet au sein du tribunal de Caen, les conseils locaux se sont ainsi débarrassés de leurs robes pendant le discours de la garde des Sceaux, afin notamment de réclamer le maintien de leur régime de retraite autonome. 

D'autres palais de justice ont suivi, comme ici celui de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine.

A Paris, les avocats se sont également délestés de leur prestigieux accessoire, avant d'ajouter à ce geste une autre action de contestation: ils se sont allongés par terre pour illustrer leur conviction selon laquelle la réforme de l'exécutif "tuerait" leur profession.

"Ça ne fait que commencer, les gens n’en peuvent plus", a assuré à BFMTV l'un de ces tombeurs de robes, Me Guillaume Grèze. "Les robes jetées par terre, c’est que le début. Et on a une Garde des Sceaux qui ne dit rien : ‘Venez me voir mais il faut accepter. Elle est cramée’."
  • La blouse au sol des médecins de l'hôpital public 

"Rien n’est gagné, apparemment. Mais il ne sert à rien de nier l’expression d’un malaise qui se manifeste encore aujourd’hui". Les mots du directeur de l'hôpital Saint-Louis à Paris lors de ses vœux adressés aux médecins se sont fait in vivo l'écho de la scène produite devant lui. Les praticiens ont en effet choisi d'ôter leurs blouses blanches avant de se détourner de l'allocution. 

Lundi, plus d'un milliers de médecins de l'hôpital public, dont 600 chefs de service, ont annoncé via une lettre envoyée à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qu'ils se démettaient de leurs fonctions administratives. Leurs revendications sont vastes tant la crise apparaît profonde: ils dénoncent les insuffisances, selon eux, du plan d'urgence élaboré par le gouvernement, l'étroitesse des budgets alloués, des salaires, le manque de lits et plus généralement leurs conditions de travail. 

Le professeur Jean-Luc Jouve, chef du service de chirurgie orthopédique pédiatrique à l’Hôpital de La Timone à Marseille, a détaillé le problème auprès de franceinfo:

"On a l’impression d’être à une période clé où l’hôpital public est en train de s’effondrer sur la qualité de ses locaux. Jusqu’à maintenant on faisait le dos rond mais maintenant ce sont les soins eux-mêmes qui ne vont pas tarder à être altérés et honnêtement on n’y arrive plus, on n’arrive plus à tourner à flux tendu, on n’arrive plus à avoir une administration qui est sourde à nos attentes". 

Lors d'une réunion publique, une médecin de l'hôpital parisien de la Pitié Salpêtrière a présenté sans fard son expérience et ce qu'elle a décrit comme la dégradation progressive de son activité.

"Le cauchemar a commencé quand on nous a dit : ‘Il va falloir que vous produisiez du séjour’. Alors, que nous on avait l’habitude de prodiguer des soins et on s’est mis à avoir comme chefs de service des tableaux Excel tous les mois. On nous disait : ‘Ah, là, bravo, vous êtes en vert, vous avez fait plus de séjours’, ou ‘Ah, là, c’est pas bien, vous êtes en rouge, vous avez fait moins dix séjours’. Avec les collègues, on rentrait dans ces réunions et petit à petit, on se rendait compte qu’on était infantilisé. On se retrouvait à l’école avec des bonnes notes ou des mauvaises notes. Et on a peur. Peur parce que quand notre activité baisse, on nous supprime des moyens, on nous supprime ce qui coûte à l’hôpital", a déclaré cette cheffe de service qui a cependant lancé: "On espère que cette bataille on va la gagner".
  • Les enseignants déposent leurs cartables

S'ils débraient lors des journées de mobilisation nationale contre la réforme des retraites, les enseignants conduisent aussi d'autres actions. Dans différents établissements, par exemple au lycée Lakanal de Sceaux dans les Hauts-de-Seine ce lundi, ils ont ainsi jeté leurs cartables, comme le montre le tweet ci-dessous. Ils se dressent à la fois contre ladite réforme mais aussi contre celles entreprises par le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, ou encore en faveur de la revalorisation de leur métier. 

Il a également plu des sacs, des cahiers, des craies et autres accessoires pédagogiques contre les portes d'airain de la Sorbonne mardi.

Les plus motivés d'entre eux ont agrémenté ce dépôt d'une version parodique, et chorégraphiée, de Marcia Baila des Rita Mitsouko, avec Emmanuel Macron et Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, dans leur collimateur.

  • Le mobilier national dépose ses outils

Enfin, c'est autre pan de l'Etat qui se révèle fragilisé, et celui-ci garnit, de surcroît, les murs des palais de la République. Mardi, à nouveau lors de vœux prononcés par le directeur pour la nouvelle année, des agents du Mobilier national ont défilé pour déposer leurs outils au pied du pupitre de l'orateur.

Le tweet de la section CGT du syndicat des Établissements du Mobilier national et des Manufactures de tapis, tapisseries et de dentelles a posé qu'il s'agissait là de pointer la "casse" des services publics, du ministère de la Culture, du Mobilier national lui-même et la baisse des effectifs au sein de celui-ci. 

Tandis que la grève contre la réforme des retraites perdure, avec des manifestations prévues jusqu'à la fin de semaine, et bien que la mobilisation semble diminuer dans les transports, l'Elysée et le gouvernement voient de nombreux fronts sociaux s'ouvrir autour d'eux.

Robin Verner