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Ils font grève depuis le 5 décembre: qui sont ces irréductibles cheminots et agents de la RATP?

Des manifestants lors du défilé du 11 janvier 2020 contre la réforme des retraites à Paris

Des manifestants lors du défilé du 11 janvier 2020 contre la réforme des retraites à Paris - Bertrand Guay-AFP

Ces agents de la RATP et de la SNCF comptent plus de quarante jours de grève. Et sont prêts à poursuivre la mobilisation contre la réforme des retraites.

Ils sont en grève depuis le 5 décembre. Depuis plus quarante jours, des cheminots de la SNCF et des agents de la RATP sont mobilisés contre la réforme des retraites. Sur le réseau francilien, le taux de grévistes n'est pas communiqué par la direction de l'entreprise, mais le trafic est toujours fortement perturbé, avec des lignes uniquement ouvertes aux heures de pointe et un nombre réduit de trains en circulation. Sur les chemins de fer nationaux, lundi au 40e jour du conflit, le taux de grévistes est tombé à 4,3%, avec 22,5% de conducteurs concernés: ils n'étaient plus que 5500 agents, essentiels à la circulation des trains, à se mobiliser.

Mais l'annonce samedi par Édouard Philippe du retrait provisoire de l'âge pivot à 64 ans n'a pas entamé la détermination de ces grévistes de la première heure. Plusieurs d'entre eux, contactés par BFMTV.com, se disent motivés à aller "jusqu'au bout", c'est-à-dire jusqu'au retrait de la réforme qui ambitionne de créer un système universel à points.

  • Cyril Manach, 50 ans, agent de station sur la ligne 7 du métro parisien

Également secrétaire général FO RATP du pôle SEM CML, le secteur des agents commerciaux, ce père de quatre enfants assure tenir "pour les générations à venir".

"Je pourrai ouvrir mes droits à la retraite en 2024, je ne me bats pas pour moi, confie-t-il à BFMTV.com. Je veux que mes enfants aient droit à une retraite. Je crois en ce principe. D'ailleurs, mes enfants me soutiennent, ils savent que c'est pour eux qu'on se bat. Pourtant, eux aussi ont des difficultés pour se déplacer, notamment ma fille pour assister à ses partiels à l'université."

Trois de ses enfants, dont deux étudiants, vivent toujours chez lui à Cergy, dans le Val-d'Oise. Si Cyril Manach a touché son 13e mois avant le début de la mobilisation et a pu se faire payer six jours qu'il avait accumulés sur son compte épargne-temps, il assure néanmoins se "serrer la ceinture", bien que les journées de grève du mois de décembre ne se fassent pas sensiblement ressentir avant la paie de janvier.

"On fait des restrictions sur tout. On utilise le moins possible la voiture, les loisirs passent à la trappe et quand on fait les courses, on achète au minimum et uniquement le strict nécessaire. Et là encore, on ne prend que les premiers prix. On ne meurt pas de faim mais tout est revu à la baisse."

Lui qui travaille à la RATP depuis vingt-huit ans et gagne 2700 euros par mois indique qu'il n'aurait pas pu rester mobilisé sans le soutien de son épouse, retraitée de la RATP. "Bien sûr, un tel conflit social joue sur la vie de famille, ajoute le quinquagénaire. Mais il est hors de question de négocier. Le système de retraites que propose le gouvernement est mortifère et ne fera que baisser les pensions."

Quant aux caisses de grève, Cyril Manach ne compte pas dessus. "Les quarante jours de grève ne seront pas comblés, ajoute-t-il. Si l'on récupère cinq ou six jours, ce sera déjà pas mal. Et puis ce sont les cas les plus précaires qui passeront en priorité, pas moi."

  • Bertrand Dumont, 45 ans, mécanicien à la RATP

Pour ce quadragénaire salarié de la RATP depuis son retour du service militaire, "l'ampleur de la régression sociale" qu'impliquerait la réforme des retraites envisagée par le gouvernement justifie à elle seule ses quarante jours de mobilisation. Co-secrétaire général de Solidaires RATP, il assure puiser la force de rester mobilisé dans le "soutien populaire".

"Que ce soit dans les sondages (61% des Français soutiennent la grève, selon un sondage daté du 8 janvier, NDLR), sur les piquets ou par les caisses de grève, ce soutien est déterminant. Psychologiquement, cela joue beaucoup. Si les sondages étaient inversés, je ne sais pas si on en serait là aujourd'hui", remarque-t-il pour BFMTV.com. 

Bertrand Dumont vit et travaille à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, mais assure marcher "beaucoup" depuis le 5 décembre. "Pour aller sur les piquets de grève le matin, ce n'est pas difficile, mais quand je dois me rendre au syndicat, comme je ne suis pas véhiculé, cela me prend trois heures à pied."

Ce quadragénaire père de deux enfants majeurs, dont un qui vit toujours chez lui, a anticipé depuis juillet le mouvement social et a ainsi pu mettre un peu d'argent de côté. S'il touche habituellement 2000 euros mensuels, il se prépare à un mois de janvier avec une paie "qui va faire mal" - seuls les quatre premiers jours de décembre seront payés. Lui qui a passé Noël et le 1er janvier sur un piquet de grève croit toujours au retrait total de la réforme, même s'il craint que le mouvement s'essouffle.

"On pensait pouvoir faire plier le gouvernement avant les fêtes mais jusqu'à maintenant, il est resté droit dans ses bottes. Le retrait provisoire de l'âge pivot, c'est une fausse annonce, un coup de bluff. En plus, il parle toujours d'âge d'équilibre (Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, a assuré qu'un "âge d'équilibre" existerait dans le futur système, NDLR), ce qui est le même chose. Et si le mouvement devait s'étioler, ce serait parce que nous avons la corde au cou, pas parce que l'âge pivot a été suspendu."
  • Christian*, 46 ans, conducteur de train à la Gare de l'Est

Ce militant de Sud rail et cheminot depuis plus de vingt ans explique se battre "pour tous les salariés", témoigne-t-il pour BFMTV.com.

"Je ne me bats pas pour mes acquis, d'ailleurs je suis né en 1973 (la réforme s'appliquera aux salariés nés à partir de 1975, NDLR), donc je ne suis pas directement concerné par la réforme. Je me bats notamment pour les agents de nettoyage des trains, qui eux sont précaires et ne peuvent pas faire grève. On se bat pour tous les travailleurs et pour garder notre système de retraites. C'est une grève d'intérêt public et général."

Pour ce quadragénaire célibataire qui réside dans le quartier de La Défense, dans les Hauts-de-Seine, et qui gagne en moyenne 2700 euros par mois (salaire qui varie selon les kilomètres parcourus et le nombre de nuits passées hors de son domicile), cette grève est aussi le moyen de manifester sa désapprobation quant aux choix faits par le gouvernement, notamment la refonte du calcul des APL ou la réforme de l'assurance chômage

Concernant l'aspect financier de la mobilisation, Christian précise n'avoir pas encore été affecté. "Avec les primes qui sont payées deux mois plus tard, ce n'est qu'à partir du troisième mois de grève qu'on ne touche plus rien." Si la paie de décembre lui a été versée en intégralité, ce ne sera pas le cas de celles de janvier et février.

Ce salarié de la SNCF ne sait pas encore s'il poursuivra la mobilisation la semaine prochaine. "On va voir ce qu'il va se passer dans les prochains jours", confie-t-il. Mais comme pour les autres cheminots, il affirme que ce n'est pas la suspension de l'âge pivot - "on le savait depuis le début que ce serait retiré, il n'y a pas de quoi se réjouir de quelque chose de temporaire" - qui le décidera à reprendre le travail.

"Même si on a un idéal, si la mobilisation ne suit plus, on ne peut pas se battre tout seul et partir au casse-pipe."

Le témoin marqué d'une * n'a souhaité être présenté que par son prénom.

Céline Hussonnois-Alaya