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Retraites: après le retrait de l'âge pivot et la division des syndicats, comment peut évoluer la grève?

Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le 24 janvier 2020

Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le 24 janvier 2020 - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le retrait par le gouvernement de l'"âge pivot" de la réforme des retraites ouvre la voie à une sortie de crise avec le retour à la négociation des syndicats réformistes. Le front syndical en ressort divisé mais certains ne comptent pas lâcher.

Le gouvernement a tranché. Dans un courrier adressé aux partenaires sociaux, le Premier ministre s’est dit "disposé à retirer" l’âge pivot à 64 ans du projet de loi. Écartant le scénario d’une rupture entre l'exécutif et les syndicats réformistes composés de la CFDT, premier syndicat de France, CFTC et Unsa, favorables au projet de loi mais opposés à la mesure de l’âge pivot.

La CFDT, réformiste, minoritaire à la SNCF et à la RATP 

Reste à savoir quelle influence aura ce compromis sur la mobilisation en cours. La CFDT ne pèse pas lourd à la RATP (3,68%) et à la SNCF (14,30%), en grève depuis le début du mouvement le 5 décembre. À la RATP, l’Unsa est majoritaire à 30,19%. Un syndicat réformiste, favorable à la réforme des retraites et qui participera aux discussions, mais dont la branche RATP n’a pas appelé à la reprise du travail. Même si la situation s’améliore depuis le début de la mobilisation du 5 décembre (dimanche 12 janvier, toutes les lignes de métros étaient ouvertes au moins partiellement), peu de chance donc que les annonces d’Edouard Philippe entraînent un retour à la normale.

À la SNCF, la CGT est majoritaire avec 34,02%, juste devant l'Unsa-ferroviaire (23,96%). Bien loin devant la CFDT-Cheminots (14,03%). Le syndicat de Philippe Martinez (CGT) est farouchement opposé à la réforme. Et l’intersyndicale (CGT, FO, FSU…) a d’ores et déjà appelé à de nouvelles journées d’action mardi 14 janvier, mercredi 15 janvier et jeudi 16 janvier. Ils n’ont obtenu aucune de leurs revendications, dont la principale reste le retrait pur et simple du projet de loi.

Le secrétaire général de la CGT Cheminots, Laurent Brun, a expliqué sur BFMTV:

"Je ne vois pas des salariés qui aujourd'hui ont perdu quasiment un mois et demi de salaire sur des revendications précises pour la défense de leur retraite, dire: 'ben voilà, il va y avoir une discussion entre Laurent Berger et le Premier ministre, ils vont s'entendre sur une nouvelle mesure de contrainte budgétaire'".

Outre la SNCF et la RATP, de nombreuses professions continuent de manifester contre la fin de leur régime spécial comme les professions libérales regroupées dans le collectif SOS Retraites (avocats, médecins, infirmiers, pilotes de ligne…) ou encore les membres de l’Opéra de Paris. Leur mobilisation devrait continuer étant donné qu'ils réclament eux aussi le maintien du système actuel.

Les syndicats divisés 

S’ils faisaient jusque là front commun contre l’âge pivot, les syndicats sont désormais divisés. Difficile de prévoir l'influence qu'aura le retrait de cette mesure sur la mobilisation. Mais le calendrier des grèves à venir ne laisse pas entrevoir d’amélioration. Reste qu’il faut désormais travailler sur les mesures qui permettront d’atteindre l’équilibre financier. Une conférence sur l’équilibre et le financement du système de retraite, regroupant les partenaires sociaux, était souhaitée par la CFDT. Sa mise en place a été entérinée par Edouard Philippe samedi. Prochaine échéance fin avril avec la remise de ses conclusions avant l’adoption définitive devant le Parlement du projet de loi.

Pauline Dumonteil