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Pourquoi les maires s'inquiètent d'un retour massif des élèves dans les écoles

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Photo d'illustration - - Martin Bureau - AFP

Alors que les signes de décrue de l'épidémie invitent à l'optimisme, une réouverture plus large des écoles au 2 juin se dessine. Non sans son lot de problèmes logistiques.

À partir du 2 juin, les enfants seront certainement beaucoup plus nombreux à reprendre le chemin de l'école. Alors que l'épidémie de coronavirus offre quelques signes de recul, les parents semblent plus rassurés à l'idée de renvoyer leur progéniture vers les salles de classe.

Pour les maires des communes de France, l'hypothèse d'un retour massif des écoliers vire cependant au casse-tête. Alors que les établissements sont soumis à des protocoles sanitaires stricts et que des enseignants manquent toujours à l'appel, il paraît difficile d'être en mesure d'accueillir tout le monde. 

Pour l’instant, les écoles accueillent en moyenne 20% de leurs effectifs avec un public jugé prioritaire, les grandes sections de maternelle, les CP et CM2. 

"Nous avons beaucoup d'échos de parents qui envisagent de remettre leurs enfants à l'école début juin", explique Rodrigo Arenas, co-président de la FCPE, à BFMTV.com. "Là où les écoles ont déjà rouvert, les choses se sont plutôt bien passées. Les parents sont rassurés. En plus, les changements d'attribution du chômage partiel vont en inciter beaucoup à retourner travailler". 

En effet, à cette date, les parents ne pourront plus être placés au chômage partiel pour le motif de la garde d'enfant, sauf s'ils sont en mesure de fournir une attestation indiquant que l'établissement scolaire ne peut le recevoir. 

"Au delà de 50% des effectifs, nous ne pourrons pas faire face"

Avant leur réouverture, le 11 mai, les écoles ont dû mettre en place de nombreuses mesures d'hygiène et de distanciation sociale. Dans les classes, les bureaux sont éloignés les uns des autres. Dans la cour, les enfants doivent jouer chacun de leur côté. Des temps pour se laver les mains ont également été clairement définis.

Certains maires, comme celui de Bobigny, se refusent d'ailleurs toujours à ouvrir leurs écoles. D'autres limitent leurs accès pour pouvoir assurer la tenue de ces mesures sanitaires. 

"Si nous montons à 30 ou 40% de nos effectifs, en alternant au maximum les groupes, ce sera encore possible. Au-dessus de 50%, nous ne pourrons pas faire face", admet Etienne Chaufour, en charge de l'éducation pour l'association de maires France urbaine à BFMTV.com

Rouvrir les lieux publics? 

Pour pallier ce problème, la FCPE, principale fédération de parents d’élèves, appelle à ouvrir tous les lieux publics, notamment les gymnases, les parcs et jardins, les médiathèques pour accueillir les enfants 

"On ne peut pas se permettre que certains se retrouvent sur le carreau", explique Rodrigo Arenas. "Depuis plusieurs semaines, nous expliquons que la priorité ce n'est pas la reprise de l'école, c’est la resociabilisation des enfants. Ils doivent recommencer à voir d’autres personnes et d’autres adultes."

Et d'insister: "Ils peuvent être accueillis dans des lieux publics, par des animateurs, des bibliothécaires, des animateurs sportifs. L'objectif c'est, avant tout, de pouvoir accueillir tout le monde."

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education, rejoint cette idée. Il propose de s'allier aux collectivités locales pour multiplier les "2S2C", les activités "sport, santé, civisme et culture" à l'extérieur des établissements scolaires. Ces dernières pourraient avoir lieu dans des associations, des musées, des bibliothèques, des espaces sportifs...

Au total, une centaine de communes auraient donné leur accord à ce projet et signé une convention avec l'Education nationale, selon un décompte réalisé par Agnès Le Brun (ex-LR), porte-parole de l'Association des maires de France.

Des problèmes logistiques

"Sur le principe, nous sommes tout à fait d'accord", affirme Etienne Chaufour, de France urbaine, qui craint tout de même de nombreux problèmes logistiques. 

L'association de maires a ainsi adressé un courrier Jean-Michel Blanquer, appelant à un meilleur dialogue et à une collaboration accrue entre l'Etat et les collectivités locales.

"Comment fait-on concrètement? Comment gère-t-on les déplacements des enfants d'un lieu à un autre? Qui les encadre? Nous devons réfléchir ensemble à toutes ces questions, en s'assurant qu'on respectera les protocoles sanitaires."

Car de nombreuses questions subsistent, notamment celle du respect des gestes barrières.

"L'idée d'accueillir les enfants dans un gymnase, c'est très bien. Mais ce n'est pas évident. Il faut s'assurer que les mesures sanitaires sont respectées. Et on nous dit qu'il faut éviter les sports collectifs, donc que fait-on faire aux enfants?", questionne-t-il. 

Ce lundi, l'association n'a reçu aucune réponse du ministère de l'Education. Selon Etienne Dufour, ancien maire de Juvisy, certaines communes n'auront, de toute façon, "pas les infrastructures suffisantes pour mettre en place ces activités, ni les encadrants."

Une première solution, pour Etienne Dufour, serait d'alléger les protocoles sanitaires.

"Pour le moment, ils sont très stricts et peuvent décourager des structures d'accueillir des enfants. S'ils étaient assouplis, nous pourrions peut-être trouver des locaux et du personnel en plus grand nombre."
Cyrielle Cabot