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Déconfinement: où en est l'épidémie de coronavirus à l'aube d'une semaine décisive?

Badauds dans les rues de Paris, le 12 mai 2020

Badauds dans les rues de Paris, le 12 mai 2020 - LUDOVIC MARIN / AFP

Les indicateurs de l'épidémie en France continuent de montrer des signes encourageants de diminution de circulation du Covid-19. Mais si les autorités sanitaires se font confiantes, elles appellent à rester prudent en continuant à appliquer les gestes barrières et la distanciation sociale. Les données des prochains jours devraient donner une tendance plus claire.

La France a commencé à se déconfiner il y a maintenant deux semaines, alors que les bilans de contamination du Covid-19 affichaient depuis plusieurs jours des indicateurs à la baisse. La diminution du nombre de personnes hospitalisées, en réanimation ou testées positives a continué depuis, mais, si les chiffres permettent l'optimisme quant aux prochaines semaines, ils ne signifient pas pour autant que le pays est sorti d'affaire. 

"On est vraiment en pleine décrue", a déclaré ce lundi sur BFMTV Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève (Suisse). Mais, "dire que l'épidémie est finie, c'est encore beaucoup trop tôt", selon lui.

"C'est seulement à partir de cette semaine que l'on verra s'il y a un effet du déconfinement"

Jacques Battistoni, président du syndicat des médecins généralistes MG France, explique sur BFMTV que d'après une étude réalisée la semaine dernière, sur 2300 médecins, seulement 344 ont déclaré avoir eu un test positif dans leur cabinet. "Rapporté à toute la France cela fait un nombre de cas nouveaux peu important", explique-t-il.

Mais ces chiffres rassurants n'annulent pas la possibilité d'une deuxième vague. "Nous savons bien qu'il y a un décalage entre la contamination éventuelle de la phase du déconfinement et l'apparition des symptômes et encore plus la consultation et le test. Donc c'est seulement à partir de cette semaine que l'on va voir s'il y a un effet du déconfinement sur le nombre de cas".

"On est quand même dans une diminution claire qui est le résultat du confinement finalement", constate également Patrick Berche, membre de l'Académie nationale de médecine et ancien directeur de l'Institut Pasteur, interrogé ce lundi sur BFMTV. Mais selon lui il faut "rester très prudent" car "il y a un certain décalage dans la circulation du virus", et de nouveaux cas pourraient apparaître cette semaine.

Il se montre toutefois optimiste, déclarant "qu'au 2 juin, on pourra probablement desserrer l'étau". Cette date est la prochaine échéance de déconfinement, à laquelle les autorités sanitaires se prononceront pour ou contre un nouvel assouplissement des règles.

L'importance des dépistages

Pour observer l'évolution de la circulation du virus, les tests de dépistage sont un outil primordial. La semaine dernière, le Directeur général de la Santé Jérôme Salomon déclarait que 50.000 tests étaient effectués chaque jour, et "l'objectif est évidement de continuer à monter dans cette prise en charge", affirmait-il.

Le dépistage représente un intérêt double pour surveiller le niveau de l'épidémie. "On veut à la fois mesurer la circulation du virus dans la population, mais aussi surtout dépister et trouver tous les petits foyers d'épidémie qui sont susceptibles de se rallumer, comme on le faisait avant la phase épidémique où on essayait d'éteindre au maximum les incendies", explique sur BFMTV Jacques Battistoni.

Les personnes présentant des symptômes, même minimes, sont ainsi invités à contacter leur médecin et à faire un test de dépistage. "Ce qui est vraiment très important dans cette nouvelle phase, c'est le dépistage, le traçage et l'isolement, au-delà des gestes barrières et des distances", explique ce lundi sur France 2 Geneviève Chêne, directrice générale de Santé Publique France. "Chacun, s'il a un doute, doit être dépisté, pour casser les chaînes de transmission le plus tôt possible".

Un virus encore mal connu

Le Covid-19 étant un nouveau virus, plusieurs de ses paramètres restent encore inconnus, un des points qui encourage les autorités sanitaires à rester prudentes. "On reste prudent évidemment, et les mesures de déconfinement sont levées très progressivement parce que cela permet au fur et à mesure de voir l'impact sur les indicateurs", explique Geneviève Chêne sur France 2. Ce virus, "c'est la première fois qu'on le rencontre, il nous a donné beaucoup de surprises".

L'une des possibilités évoquées devant la diminution générale du nombre de cas en Europe, c'est la chaleur du mois de mai, qui aurait eu un impact sur la circulation du coronavirus, "ce qu'on appelle le frein estival sur les maladies respiratoires, qui est possiblement en jeu en ce moment", explique Antoine Flahault. "Parce que quel que soit le type de déconfinement, on ne voit pas aujourd'hui de rebond", souligne-t-il.

En Europe en effet, alors que des pays comme l'Autriche ont déconfiné leur population il y a déjà plusieurs semaines, aucun rebond, ou deuxième vague, n'ont été observées. Seul l'Iran a vu une hausse du nombre de cas "pour laquelle on n'a pas encore beaucoup d'explications", concède Antoine Flahault.

Perpétuer les mesures barrières et la distanciation sociale

En ce sens, il est primordial pour ces scientifiques de continuer à appliquer les mesures barrières et de distanciation sociale, car une faible portion de la population a été touchée par le coronavirus, et est donc possiblement immunisée. "D'après les estimations et des travaux de modélisation, on sait qu'il a 4 à 5 millions de personnes qui sans doute ont été en contact avec le virus et infectées", souligne Geneviève Chêne.

Les images du canal Saint-Martin bondés à Paris, ou celles d'un match de football réunissant 400 personnes à Strasbourg montrent toutefois un laisser-aller de la population dans le respect des règles sanitaires. "Il y a du relâchement, mais je vois que les gens dans l'ensemble font attention, beaucoup plus qu'avant", temporise Patrick Berche.

Il se dit même favorable à l'ouverture des parcs et jardins à Paris, comme le demande la maire de la ville Anne Hidalgo: "Avec des règles, la promenade, le port du masque, ça pourrait éviter l'agglutination des gens, par exemple sur les quais ou aux Invalides" explique-t-il. Il ramène toutefois à début juin pour toute annonce de d'assouplissement des règles: "Ce sera le moment crucial".
Salomé Vincendon