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Coronavirus: qu'est-ce que l'immunité croisée, qui pourrait faire sortir la France de l'épidémie?

Un test de dépistage du coronavirus à Villers-Le-Bel au nord de Paris le 15 mai dernier.

Un test de dépistage du coronavirus à Villers-Le-Bel au nord de Paris le 15 mai dernier. - Martin BUREAU / AFP

Dans une étude, des scientifiques américains estiment qu'une partie de la population pourrait être protégée du Covid-19 par des contaminations antérieures.

Alors que la troisième semaine de déconfinement débute en France, les Français sont toujours dans l'expectative. Si les chiffres donnés quotidiennement par la Direction générale de la Santé sont bons, malgré une petite hausse des hospitalisations notées en cette fin de week-end, il semble encore difficile d'estimer l'avancée, ou le recul de l'épidémie, bien que pour certains spécialistes, cette dernière soit désormais terminée. 

Les Français déjà protégés?

L'une des grandes questions de ce déconfinement reste par ailleurs l'immunité collective, qui était encore loin d'être acquise, soulignait fin avril une enquête de l'Institut Pasteur, selon laquelle seuls 26% des Français auraient produit des anticorps. Pour autant, une nouvelle étude américaine publiée dans la revue Cell souligne que cette immunité pourrait en réalité passer par une immunité croisée. 

Ce phénomène, déjà remarqué dans le cas de différentes autres pathologies, est simple. Comme le souligne le site Futura-Science, il s'agit d'une immunité acquise contre un agent infectieux, mais qui peut également être efficace contre un second agent. Si un anticorps est spécifique d'un antigène, il est toutefois possible que ces derniers soient proches, on les dit alors "cross-réactifs", grâce à des épitopes ou à une structure similaire.

Pour le dire plus simplement, les spécialistes en charge de cette étude estiment qu'un patient, atteint plus tôt dans sa vie par un autre coronavirus, pourrait être immunisé contre le Covid-19.

40 à 60% de la population immunisée?

Si cette hypothèse doit encore être vérifiée, les premières bribes de ces travaux soulignent que 40 à 60% de la population pourraient être immunisés contre le Covid-19 sans même y avoir été exposés. 

Ainsi, la baisse des contaminations pourrait s'expliquer par le manque de personnes à contaminer. "Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l'arrêter", dit ainsi à l'AFP l'épidémiologiste Laurent Toubiana.

Dans cette hypothèse, le Covid-19 n'aurait désormais plus beaucoup de monde à infecter.

"C'est un sprinter" 

De fait, à rebours du discours dominant, quelques scientifiques, minoritaires mais de plus en plus nombreux, jugent que l'épidémie touche à sa fin.

Un avis partagé par le Pr Yonathan Freund, urgentiste à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Il est frappé par la baisse drastique du nombre de contaminations chez ses collègues par rapport au début de l'épidémie.

"Aux urgences et à l'hôpital, on est particulièrement exposés. Si le virus circulait autant qu'avant et qu'on était tous susceptibles d'être touchés, on se serait contaminés entre nous ou on l'aurait été par les malades", explique-t-il. "Or, une grande majorité des médecins n'ont pas été touchés du tout. C'est de la pure spéculation mais ça pourrait vouloir dire que des gens ont une immunité naturelle ou acquise", avance-t-il.

En guise de conclusion, le Pr Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes), qui ne croit pas non plus à une deuxième vague, utilisait une métaphore afin de catégoriser le Covid-19: "Ce virus n'est pas un marathonien, c'est un sprinter: il s'épuise très vite."

Hugo Septier avec AFP