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Coronavirus: l'immunité collective est encore loin, selon une grande étude de l'institut Pasteur 

L'institut Pasteur

L'institut Pasteur - PATRICK KOVARIK / AFP

L'institut Pasteur a mené une étude inédite sur la propagation du Covid-19. Pour cela, les chercheurs se sont installés dans l'un des premiers points chauds de l'épidémie en France: Crépy-en-Valois, dans l'Oise.

C'est l'un des premiers lieux qui a marqué la propagation du Covid-19 dans notre pays. L'institut Pasteur s'est installé à Crépy-en-Valois, dans l'Oise, pour mener une étude épidémiologique de grande ampleur dont il révèle les résultats ce jeudi. Les chercheurs soulignent le rôle crucial de la distanciation sociale dans le ralentissement de l'épidémie. 

A la fin mars, l'institut Pasteur a pu tester 661 personnes reliées à un lycée de Crépy-en-Valois. Un terrain d'étude intéressant puisque la ville a été particulièrement touchée par le coronavirus. Dès le 26 février, un enseignant d'un établissement de la ville testé positif mourrait, alors qu'il n'était allé ni en Chine, ni en Italie, foyers majeurs de contamination à ce moment-là. 

Selon les résultats de cette étude, 26% de la population étudiée a été infectée par le SARS-CoV-2 et possède des anticorps contre ce virus. Et cela monte à 41% de la population pour les personnes fréquentant le lycée, professeurs et élèves. Mais parmi cette population plutôt jeune, avec un âge médian de 37 ans, le nombre de décès est nul et le taux d'hospitalisation est de 5,3%. 

Pas les mêmes niveaux de contamination au sein d'une même famille

Selon Arnaud Fontanet, professeur d’épidémiologie à l’Institut Pasteur et à la tête de cette étude, la distanciation sociale a joué un rôle clé. Dans Le Parisien, le médecin explique notamment que les vacances scolaires débutées le 14 février ont permis de mettre un coup d'arrêt à la propagation du virus. "La courbe épidémique commence dès début février et arrive à un pic autour du 14, soit au moment des vacances scolaires. Et là, bim, elle redescend. On en conclut, comme avec la grippe, que les vacances font retomber l'épidémie", explique le professeur. 

De même, au sein d'un même foyer, il met en avant les différences de contamination en fonction des contacts entre les personnes. "Pour les parents, ce risque d'être infecté est de 9% si le lycéen n'est pas infecté et passe à 17% s'il l'est", souligne Arnaud Fontanet. Mais pour les frères et soeurs, cela peut monter de 3 à 21%. 

Mais le professeur ne mise pas sur un arrêt rapide de l'épidémie. D'après ses résultats, nous sommes loin d'une situation, un temps évoquée, d'immunité collective. "Le risque? Se penser immunisé alors qu'on ne l'est pas", rappelle Arnaud Fontanet dans Le Parisien. "Les taux d’attaque observés parmi les participants de l’étude suggèrent que l'immunité collective ne s'établira pas rapidement", explique l'étude. "Et qu'il va donc falloir rester extrêmement prudent à la mi-mai."

Des résultats sur le tabagisme

L'étude confirme aussi les récents résultats des travaux menés par une équipe de la Pitié-Salpétrière sur l'influence du tabagisme dans la protection, ou non, vis-à-vis du virus. Dans le cas de l'Oise, les chercheurs de l'institut Pasteur dévoilent que les sujets fumeurs semblent moins infectés par le virus: 7,2% des fumeurs de l’étude sont infectés, contre 28% des non-fumeurs. "Attention, le tabac tue 75.000 personnes par an : ne vous mettez pas à fumer!", prévient toutefois Arnaud Fontanet. 

La perte d'odorat et de goût s'affirment aussi comme deux facteurs importants dans la détection du virus. L’étude révèle en effet que ces deux symptômes majeurs permettent d’identifier qu’une personne a été contaminée: 84,7% des personnes ayant eu une perte d’odorat et 88,1% ayant eu une perte du goût sont infectées. 

Ivan Valerio