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Retour à l'école des enfants: quand les deux parents ne sont pas d'accord

Une école élémentaire fermée de Chatou, dans les Yvelines, le 27 avril 2020 (photo d'illustration)

Une école élémentaire fermée de Chatou, dans les Yvelines, le 27 avril 2020 (photo d'illustration) - Ludovic Marin-AFP

Quelle décision prendre quand l'un des deux parents souhaite que les enfants retournent à l'école mais que l'autre préfèrent les garder à la maison? BFMTV.com a interrogé deux familles dans cette situation et livre les conseils de psychothérapeutes.

Ira, ira pas à l'école? L'un des deux parents souhaite que les enfants du ménage retournent en classe? Pour l'autre, au contraire, il n'en est pas question? Pour certaines familles, à l'image de ces communes dont les maires refusent de rouvrir les écoles et de ces enseignants réticents à l'idée de retourner en classe, la reprise de la scolarité est loin de faire l'unanimité.

"Il me disait: 'C'est bon, on va les remettre à l'école'"

C'est le cas chez Pauline*, une infirmière qui réside dans le Finistère, mère de deux petites filles âgées de 9 et 5 ans. "Au début, mon conjoint était plus cool que moi, raconte-t-elle à BFMTV.com. Il me disait: 'C'est bon, on va les remettre à l'école, elles seront contentes de retrouver leurs copines'." Mais la jeune femme ne voyait pas les choses ainsi, elle-même en première ligne dans la lutte contre le covid-19.

"Quand le président de la République a annoncé la réouverture des écoles au 11 mai, je me suis tout de suite dit qu'elles ne retourneraient pas en classe, poursuit Pauline. Déjà que nous (son mari est manipulateur radio, NDLR), on prend des risques tous les jours dans notre travail, pas la peine d'en rajouter. On en a discuté et on s'est ensuite mis d'accord: elles n'y retourneront pas jusqu'à la fin de l'année scolaire. En plus, le programme de la plus grande est bouclé et le travail envoyé par la maîtresse est le même que celui qui serait proposé en classe."

Si son frère a assuré la garde des enfants jusqu'à présent, ce sont ses beaux-parents qui prendront la relève au mois de juin. "Il y a beaucoup de personnels soignants dans ma commune, explique Pauline. Donc tous ces enfants, pourtant prioritaires, ne pouvaient de toute façon pas être pris en charge."

"Pour lui, ça allait de soi qu'ils retourneraient en classe"

Chez Marina* aussi, une agente de voyage qui vit dans les Hauts-de-Seine, les avis ont dans un premier temps divergé. La jeune femme et son conjoint avaient même des points de vue diamétralement opposés concernant la reprise de l'école de leurs deux petits garçons de 4 et 7 ans.

"Pour lui, au début, ça allait de soi qu'ils retourneraient en classe quand les écoles rouvriraient, témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Alors que pour moi, c'était l'inverse. Pour lui, les choses étaient assez simples: si les écoles sont ouvertes, on met les enfants à l'école."

Mais après une discussion et "deux ou trois arguments", le couple s'est entendu sur un compromis. "On a indiqué à l'école qu'on souhaitait que notre aîné y retourne mais on attend de voir quelles seront les modalités d'accueil". Si le couple juge ces conditions insatisfaisantes - "surtout si c'est juste de la garderie ou si le climat est très stressant pour les enfants" - il restera avec son petit frère à la maison - Marina étant en chômage partiel.

Un parent "au bord du craquage"

Pour Laura Gélin, psychanalyste et psychothérapeute, l'essentiel est de ne pas juger ni culpabiliser le parent s'il souhaite que son enfant retourne à l'école ou non. "Les situations peuvent être tout à fait différentes selon les territoires, les métiers, les circonstances de chacun", analyse-t-elle pour BFMTV.com.

Comment s'est organisée la famille? Comment le temps et les tâches sont-elles réparties? Autant de critères qui peuvent faire pencher un des parents dans un sens ou l'autre.

"On peut comprendre qu'un parent se sente dépassé, au bord du craquage, et souhaite que son enfant retourne à l'école, notamment celui ou celle qui doit jongler entre télétravail et continuité pédagogique des enfants. Encore plus si l'école à la maison se passe mal ou si l'enfant est dans une classe charnière."

Le désaccord "permet la discussion"

Imane Adimi, psychologue clinicienne et psychothérapeute, estime même que le désaccord au sein d'une famille est plutôt une bonne chose. "C'est assez sain, cela permet la discussion, l'échange de points de vue", analyse-t-elle pour BFMTV.com. 

"Vouloir que son enfant retourne à l'école et retrouve ses copains n'est pas incompatible et ne s'oppose pas à l'argument de sécurité sanitaire quand au risque de contagion. On peut vouloir les deux. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise décision."

"De nouvelles problématiques" pour les parents séparés

Dans les familles dont les parents sont séparés ou divorcés, c'est parfois plus compliqué de se mettre d'accord. Ce que confirme François Scheefer, président de l'association J'aime mes deux parents. "Le parent qui a la garde principale prend les décisions sans que l'autre n'ait voix au chapitre, ceux-là sont très en colère", regrette-t-il pour BFMTV.com. Et dans les séparations conflictuelles, c'est encore pire.

"Le conflit génère des comportements dans lequel l'enfant devient une monnaie d'échange. Ce n'est pas une question de genre, des parents tordus, manipulateurs, il y en a aussi bien chez les hommes que les femmes."

Anthony Amouyal, fondateur de l'application Coot qui s'adresse aux parents séparés remarque également qu'en cas de désaccord sur l'éducation des enfants, "l'affect" lié à la séparation donne encore "plus d'ampleur" au conflit, note-t-il pour BFMTV.com.

"On reçoit beaucoup de messages de nos utilisateurs à ce sujet. Chacun a une perception différente du niveau de danger. Et du fait que les règles s'appliquent différemment selon les départements, les mairies ou même les écoles, chacun a sa propre interprétation. Cette marge de manoeuvre reportée sur les parents créé potentiellement de nouvelles problématiques qui ne se posaient pas lorsque l'école était obligatoire."

Écouter les envies et les craintes de l'enfant

La psychologue Imane Adimi se dit, dans ce genre de situation, partisane du compromis. "Le parent le moins inquiet peut, peut-être, fléchir, au moins dans un premier temps." Et se donner quelques jours après les premières réouvertures d'école afin d'y voir plus clair. "Les enfants sont des éponges, ils absorbent toutes les tensions. Autant éviter que la question de l'école ne soit une nouvelle source de conflit."

Laura Gélin invite ainsi ces parents à "mettre de côté leurs conflits" et à ne pas "en plus régler leurs comptes". "Ce qui est important, c'est l'intérêt de l'enfant", insiste-t-elle.

"Il faut tenter d'écouter, parler et dialoguer. Peser le pour et le contre et évoquer les motivations réelles de chacun. Essayer de comprendre les raisons de son choix. Comment cela se passe-t-il à la maison? Si l'ambiance est tendue ou si l'enfant a décroché, cela vaut peut-être la peine de retourner à l'école."

Autre recommandation d'Imane Adimi: ne pas oublier d'écouter l'enfant. "J'ai le cas d'un père qui m'a dit: 'mon fils de 10 ans m'a confié qu'il avait peur de retourner à l'école. On ne savait pas quoi faire avec sa mère, ça nous a permis de trancher.' Si in fine c'est l'adulte qui décide, on peut néanmoins laisser l'enfant exprimer ses envies et ses craintes et surtout ne pas les ignorer."

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Céline Hussonnois-Alaya