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Rentrée scolaire le 11 mai: les syndicats d'enseignants inquiets face à une date jugée "prématurée"

Renvoyer les enfants à l'école à partir du 11 mai est une "décision politique" dont le Conseil scientifique du gouvernement a "pris acte", rappelant qu'il proposait pour sa part d'attendre plutôt septembre. Une divergence qui renforce le sentiment d'insécurité des enseignants, très hostiles à cette reprise jugée prématurée.

Reprendre l’école le 11 mai? Pour les syndicats d’enseignants, cette décision politique est "irresponsable, dangereuse et impossible". Leur réprobation au sujet de la réouverture des classes se fait d’autant plus forte que le Conseil scientifique s’est dit, samedi, favorable à leur fermeture jusqu’en septembre. La divergence affichée entre le gouvernement et les scientifiques ne fait que renforcer le sentiment "d'insécurité" à moins de deux semaines de la rentrée du 11 mai.

La Fédération syndicale unitaire s’interroge: "A quoi sert de s’entourer d’un comité scientifique si son avis n’est pas pris en compte et que c’est une décision politique qui prévaut? Sur quelle autre autorité médicale s’appuie donc cette décision politique?". Selon la première organisation syndicale de l'éducation nationale, "la date du 11 mai est largement prématurée au regard de la capacité de maîtrise actuelle du risque sanitaire affichée par le ministère". 

"L'impression de servir de garderie"

"On a l'impression de servir de garderie, qu'on veut remettre les enfants à l'école pour que les parents reprennent le travail", déplore sur France Bleu Isabelle Cheviet, secrétaire départementale du SNES-FSU.

Le Conseil scientifique - qui a pris acte de la “décision politique” du gouvernement - a établi une liste de règles de distanciation qui devront être adoptées dans les établissements scolaires, notamment faire en sorte que les tables de classes soient espacées entre elles d'un mètre ou que les élèves ne soient en contact qu'avec les camarades de leur propre classe. 

"Mission impossible", répond Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN, premier syndicat des chefs d'établissement. "La somme de toutes les préconisations du Conseil, si elles étaient retenues, est infaisable dans l'état actuel de nos capacités, avec du personnel qui ne sera certainement pas présent à 100%", craint-il.

"Ce sont des préconisations très complexes à mettre en place. Dans ces conditions, une reprise ne pourra pas avoir lieu le 11 mai. Si elle a lieu en mode dégradé, elle sera très fragile car à toute nouvelle suspicion, ça s'arrêtera", prévient Stéphane Crochet, secrétaire général de SE-Unsa.

"Sentiment d'insécurité"

"Nous attendons désormais de voir la déclinaison qui sera adoptée mais les avis différents du ministre, du gouvernement, du Conseil scientifique montrent un manque de concertation et cela créé un sentiment d'insécurité chez tout le monde", regrette Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.

Reprise étalée sur trois semaines selon les niveaux, possibilité pour les parents de refuser d'amener leur enfant à l'école... Depuis une semaine, l'Elysée, Matignon et la rue de Grenelle ont effectivement évoqué des scénarios plus ou moins précis, chaque nouvelle annonce apportant son lot de questionnements.

Francette Popineau l'assure: "Quelle que soit la décision prise mardi, on demande au gouvernement un cadrage national sécurisé, validé par une autorité médicale sinon on ne redémarrera pas l'école, on ne fera pas prendre de risques au personnel", prévient-elle. "Et si nous repartons, il est impératif de prendre le temps long de la réflexion entre enseignants, collectivités et parents d'élèves, pour tout relancer: il faut au moins une semaine pour mettre en place la désinfection des classes, les entrées et des sorties des écoles avec des barrières, des marquages au sol pour assurer la distanciation etc...", ajoute-t-elle.

Agnès Le Brun, porte-parole en charge des questions d'éducation au sein de l'Association des maires de France, va dans le même sens. "Il faut une adaptation locale menée en concertation avec tous les acteurs, en restant humble et modeste dans la réponse apportée", dit-elle, rappelant toutefois que de "nombreuses questions restent en suspens sur qui fait quoi dans la désinfection de l'école, avec quels moyens, etc."

Préavis de grève

Pour Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, "si on rouvre les écoles, il faut respecter des conditions sanitaires très, très strictes mais cela semble très compliqué à mettre en oeuvre". A ce titre, le SNES-FSU a d’ailleurs lancé "un ultimatum au ministre de l’Education Nationale: (...) si dans les prochains jours le ministre est incapable de présenter un plan garantissant la sécurité et la santé de tous, le SNES-FSU exigera que les collèges, lycées, CIO ne soient pas ouverts jusqu’en septembre et se mobilisera aux côtés des personnels pour faire valoir leurs droits individuels et collectif.

De son côté, la Fédération nationale de l’enseignement de la culture (FNEC) FP-FO a d’ores et déjà déposé un préavis de grève jusqu’au 30 mai. Et si le gouvernement "persiste dans une reprise des cours au prix de la santé des personnels, la FNEC FP-FO les invitera à utiliser leur droit de retrait". 

En attendant, les réunions prévues en visioconférence lundi avec les différentes organisations syndicales sont reportées à mercredi, selon les syndicats, soit au lendemain de la présentation du plan de déconfinement par Edouard Philippe.

Ambre Lepoivre avec AFP