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Internats, recrutement des enseignants: la réforme de l'éducation ne fait pas l'unanimité

Certaines mesures sont mises en place à la rentrée scolaire de septembre.

Certaines mesures sont mises en place à la rentrée scolaire de septembre. - AFP

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, veut réformer le monde éducatif, et ce, dès la rentrée. Certains dénoncent pourtant sa vision passéiste de l'école.

Dans quelques jours, il n'y aura pas seulement les élèves et les enseignants qui feront leur rentrée. Pour Jean-Michel Blanquer, le nouveau ministre de l'Education nationale, ce sera également une grande première. Et depuis sa nomination en mai dernier, celui que l'on qualifie volontiers de technicien n'a pas chômé. Pour ce mois de septembre, plusieurs mesures vont êtres prises, à commencer par la plus concernante: l'assouplissement des rythmes scolaires.

Restaurer la confiance

Mise en oeuvre avec difficulté depuis 2014, le gouvernement laisse désormais la liberté aux collectivités de repasser à la semaine de quatre jours ou conserver l'organisation actuelle sur 4 jours et demi. Plus d'un tiers des écoles ont décidé de revenir à l'ancien système. Toujours dans le primaire, le dédoublement des classes de CP dans les réseaux d'éducation prioritaire - 6.772 écoles sont classées en éducation prioritaire - doit être mis en place à la rentrée. 2.200 classes sont concernées.

"Si dès juin prochain, grâce aux classes dédoublées, les enfants des quartiers populaires sortent tous de CP en sachant lire, écrire, compter, je pense que ce sera un vrai facteur de confiance", estime Jean-Michel Blanquer, dans une interview à L'Obs.

Car la priorité affichée du ministre de l'Education nationale est de restaurer la confiance des élèves, parents et des enseignants envers l'institution. "La confiance ne se décrète pas, mais on peut en créer les conditions, et c'est ce à quoi je m'emploie", insiste celui qui n'a pas pris de véritables vacances en cette période estivale. L'accent mis dans les zones prioritaires doit également se traduire, au niveau du collège, par la réhabilitation des internats pour favoriser "la trajectoire des élèves" mais aussi redonner "de la vitalité (...) aux territoires qui les accueillent".

"Ce doit être un internat-liberté, qui offre à la fois un cadre et une ouverture à la culture au sport, à la nature, à des opportunités qui n'existent pas toujours dans les milieux défavorisés", estime Jean-Michel Blanquer.

S'inspirer de l'étranger

Le ministre, qui explique s'inspirer sur son expérience de recteur en Guyane ou à Créteil, compte également détricoter ce qui a été fait par le gouvernement précédent en rétablissant, dès septembre, les classes bilangues qui permettent d'étudier deux langues dès l'entrée en 6e, mais qui s'intègrent sur sélection. La rue de Grenelle intègre même de nouvelles options comme le latin ou le grec. Une manière, selon lui de favoriser la mixité sociale. "Quand vous créez une classe bilangue, une classe musique ou une classe latin-grec dans un collège défavorisé, vous incitez les enfants des classes moyennes à y rester, pense Jean-Michel Blanquer. Ca, c'est efficace."

Pour parvenir à la réussite de ces réformes, Jean-Michel Blanquer regarde ce qui se fait à l'étranger - et ce qui fonctionne. C'est le cas pour le dédoublement des classes de CP en zone prioritaire dont "l'efficacité a été validée par la recherche internationale", mais c'est aussi le cas pour la formation des enseignants et les méthodes d'apprentissage. "Pour les mathématiques, on pourra s'intéresser par exemple à ce qui se passe à Singapour, puisque tout le monde reconnaît l'excellence de leur enseignement", explique le ministre, qui assure vouloir également sortir de "la méthode globale" pour adopter "une pédagogie explicite".

Vision passéiste

"On s’interroge sur ce qu’il connaît aujourd’hui du système éducatif, tacle sur BFMTV Francette Popineau, porte parole du syndicat SNUIPP-FSU. Il fait référence à la méthode globale qui a très peu existé et qui n’existe plus aujourd’hui. Il fait référence aux notions d’égalitarisme dans un système qui est on ne peut plus inégalitaire." Dénonçant la "vision passéiste" du ministre, la syndicaliste s'interroge également sur sa volonté de laisser plus de liberté aux chefs d'établissements quant au recrutement des enseignants. Une entrave à l'égalité, selon elle.

"Ça supposerait qu’on pourrait recruter des enseignants différents les uns des autres, déplore Francette Popineau. Il faudrait éviter une mise en concurrence des établissements."

Reste surtout la grande question du financement de ces réformes alors que le gouvernement est en plein réduction budgétaire. Pour l'exercice 2017, le budget de la rue Grenelle va être ponctionné de 75 millions d'euros. "Nous avons des inquiétudes pour 2018 parce qu’il dit vouloir dédoubler les CP en REP et en REP+, ça a un coup d’au moins 9.500 postes, ce n’est pas rien", insiste la porte-parole du SNUIPP-FSU. Pas d'inquiétude à avoir selon, Jean-Michel Blanquer: "Comme le président de la République et le Premier ministre s'y sont engagés, le budget 2018 de l'Education nationale fera clairement partie de ces priorités."

Justine Chevalier