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Bonnenote.fr, le site qui vend des devoirs d'école mais se défend d'inciter à la triche

Bonnenote.fr propose des devoirs finalisés moyennant rémunération (photo d'illustration).

Bonnenote.fr propose des devoirs finalisés moyennant rémunération (photo d'illustration). - FREDERICK FLORIN - AFP

Inspirée de ce qui se fait en Angleterre, cette plateforme lancée il y a quelques mois propose des devoirs tout prêts contre rémunération. Une manière d'"aider les élèves à progresser", selon son fondateur. Un non-sens pédagogique, pour des représentants des enseignants et parents d'élèves.

"Commandez un devoir en 2 minutes". Quel élève, pris dans un élan de paresse ou en difficulté, n'a pas rêvé de ce service? C'est aujourd'hui ce que propose le site Bonnenote.fr, dont le slogan est "visez l'excellence". "Bonnenote apporte un service sur mesure et unique d’aide à la rédaction de devoirs dans toutes les matières, destiné aux étudiants francophones, du collège au master", peut-on lire sur la plateforme.

Le principe est simple: vous pouvez commander au choix une dissertation, une fiche de lecture ou même un mémoire ou un rapport de stage, dans une centaine de matières, à en croire le site. Le tout moyennant un prix à la page qui varie en fonction du niveau d'études et du délai dans lequel vous souhaitez recevoir la copie. Cela va de 7,20 euros la page pour un devoir de niveau collège réalisé en 30 jours, à 24 euros la page pour un travail niveau master livré en 12 heures. Les copies sont rédigées par des rédacteurs rémunérés entre 70% et 90% du prix payé par le client, en fonction de la note d'évaluation que donne chaque client à la réception de sa copie.

"Un exemple de devoir parfait"

Invitation à la triche? Cynisme? Rien de tout cela, se défend le fondateur de la start-up, âgé de 24 ans. Contacté par BFMTV.com, Victor Der Megreditchian explique vouloir aider les élèves à "s'améliorer". "Une des choses les plus dures, c'est de commencer une copie, certains sont bloqués", fait-il valoir. "Nous on leur apporte un exemple du devoir parfait". Comparant son service à celui d'un médecin, et son produit à un médicament, il estime que si les élèves ou étudiants utilisent mal son produit, ce n'est pas sa responsabilité qui est en jeu.

"Ils n'ont pas le droit de rendre ces devoirs à leur école ou leur université", explique-t-il, tout en précisant "ce n'est pas notre rôle de vérifier" ce qu'il advient du devoir.

Des nuances qui ne figurent nulle part sur le site ou sa page Facebook. Sur celle-ci, l'objectif de Bonnenote est ainsi décrit: "Désormais, tout étudiant est capable de trouver en quelques clics un rédacteur spécialisé dans la matière qu’il recherche et qui l’accompagnera dans la rédaction de son devoir". Mais l'accompagnement en question semble limité, puisque même si le site promeut des "échanges" entre le rédacteur et le client, le devoir arrive tout prêt. S'il ne convient pas à l'élève quand il le reçoit, le rédacteur le modifie gratuitement. 

"Aucun intérêt pédagogique"

"C'est n'importe quoi", tranche Jean-Rémi Girard, vice-président du SNALC (Syndicat national des lycées et collèges). Contacté par BFMTV.com, ce professeur de français balaye le propos défendu par Bonnenote.fr.

"Le travail donné à la maison n'a de sens que quand il est fait par l'élève, cela doit l'aider à progresser", juge-t-il. "Ces travaux sont pensés pour que l'élève soit actif".

Quand il donne des devoirs à la maison, lui privilégie les "exercices sur le modèle de ce qui est fait en classe", ou les travaux de recherche et les comptes-rendus de lecture. "On a pris conscience qu'un certain type de devoirs pouvait entraîner des copier-coller" ajoute-t-il, expliquant que les professeurs s'adaptent aux nouveautés entraînées par l'essor d'Internet. Bonnenote.fr promet d'ailleurs des copies sans plagiat, ce qui en principe ne permet pas aux enseignants avisés de prouver la fraude en tapant le texte dans un moteur de recherche, comme Jean-Rémi Girard explique le faire. Du côté des parents d'élèves, même scepticisme face à ce site lancé il y a quelques mois.

"Cela ne semble avoir aucun intérêt pédagogique", estime Hervé-Jean Le Niger, contacté lui aussi, qui découvre le site et son propos.

Un accompagnement scolaire très lucratif

Pour le vice-président national de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves), "une copie finalisée n'a aucun sens pédagogique, aucun intérêt, si ce n'est donner une solution prête-à-porter aux élèves complètement largués". Lui plaide pour un renforcement de l'accompagnement au sein de l'école, car il considère qu'"externaliser l'aide aux devoirs" en la confiant entre autres aux parents renforce les inégalités, entre des enfants dont les parents n'ont pas le même niveau d'études ni la même profession.

"Il y a un marché très lucratif de l'accompagnement scolaire qui se développe malheureusement parce qu'il n'y a pas toujours les ressources nécessaires au sein de l'école", regrette-t-il. 

Selon lui, les dernières créations de postes dans l'éducation nationale ont été absorbées par une poussée démographique, et il n'y a pas assez d'adultes disponibles pour une aide personnalisée aux devoirs au sein des établissements.

"Avec 2,5 milliards de chiffres d'affaires par an, le marché du soutien scolaire français est le plus prospère d'Europe", rapporte en effet Le Parisien, qui a testé les services de Bonnenote.fr et livre ses conclusions, peu engageantes, dans son édition de ce mardi.

Car l'une des nombreuses questions soulevées par ce site est celle de la qualification des rédacteurs. Le quotidien, qui a commandé une dissertation de philosophie, l'a fait corriger par un professeur de philo, qui l'a estimée à 8/20. 

Peu de vérifications sur les "rédacteurs"

C'est lors de ses études en Angleterre que le fondateur du site explique avoir eu l'idée de Bonnenote.fr. Outre-Manche, de nombreux sites similaires existent, et certains proposent différents niveaux de devoirs, où l'élève peut concrètement commander la note qu'il souhaite, en payant plus cher pour une bonne que pour une mauvaise, et afin que le devoir soit "crédible". Sur la plateforme française, pas de telle nuance. Pour expliquer ce 8/20, Victor Der Megreditchian concède n'avoir pas eu de chance. "C'est la seule commande où un rédacteur n'a pas été compétent", avance-t-il.

Il revendique une base de données de "12 à 15.000 rédacteurs entre la France et la Belgique". Parmi eux, des enseignants, en activité ou à la retraite, d'après le jeune homme, qui dit recevoir "une trentaine de candidatures par jour". Pour postuler, il faut s'inscrire en ligne et envoyer notamment son CV. Des vérifications sont-elles faites après l'envoi des documents? "On vérifie à notre niveau", explique le fondateur du site, qui n'a pour le moment qu'un associé. "Quand les rédacteurs ne nous envoient pas leur diplôme on vérifie sur Internet. On ne peut pas réellement faire plus", admet-il. 

Charlie Vandekerkhove