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Instruction à domicile: un modèle qui marche 

Travail d'enfant. (illustration)

Travail d'enfant. (illustration) - BFMTV

Le nombre d'enfants concernés par l'instruction en famille ou à domicile a doublé en sept ans. De multiples raisons expliquent ce qui n'est pas qu'un phénomène de mode.

Depuis la loi Ferry de 1882, l'instruction est obligatoire mais pas l'inscription à l'école. C'est ainsi qu'en 2017, 25.000 enfants font leur apprentissage à la maison. Leur nombre a doublé en sept ans, relève Le Figaro. Dans le détail 40% d'entre eux ne passent même pas par le CNED et ses cours à distance. Comment expliquer l'engouement pour cette manière d'apprendre?

Pour le collectif Felicia - Fédération pour la liberté du choix de l'instruction et des apprentissages - créé en mai 2016, "la liberté d'enseignement à valeur constitutionnelle est gravement remise en question par l'actuel gouvernement. Une pétition a été mise en ligne. Elle fustige un décret du 28 octobre 2016 qui vient préciser les modalités d'application d'une circulaire de 2011 publiée au Journal officiel. "L'Éducation nationale ne connaît pas nos méthodes. Nous ne parlons pas le même langage", a expliqué Denis Verloes, porte-parole du collectif.

Un débat politisé?

Le point d'achoppement concernant le décret d'octobre touche aux inspections diligentées par l'Education nationale. "Felicia" juge que "le décret est "assez imprécis sur le rôle des exercices qu'un inspecteur propose aux parents instructeurs". Des exercices donnés au cas où il jugerait l'instruction prodiguée insatisfaisante. Selon le collectif Felicia, "'les exercices écrits ou oraux, adaptés à son âge et à son état de santé', peuvent se transformer en un 'mini bac' annuel proposé chaque année entre 6 et 16 ans par un inspecteur qui comprend mal son rôle ou nourrit des griefs contre l'instruction en famille." Et d'ajouter que: "Ce stress pèse sur les enfants directement impactés par les résultats du contrôle, ce qui constitue, une atteinte à la fois au bien-être de l'enfant et une voie d'atteinte de la liberté pédagogique garantie par la Constitution française." Autrement dit, le risque qu'une inspection se déroule mal agit comme une forme d'épée de Damoclès planant au-dessus de l'instruction à domicile.

Laurence Fournier, porte-parole de "L'école est la maison" contactée par BFMTV.com, s'inscrit en faux. Pour ce collectif qui a fait son credo d'une coopération plus apaisée avec l'Education nationale, les modalités de ce contrôle annuel étaient déjà précisées dans la circulaire de 2011, que ce "recadrage" vient simplement rappeler. "C'est une tempête dans un verre d'eau", résume-t-elle.

Elle ajoute aussi que "93% des inspections se passent bien, voire très bien". Ainsi, seules "7% des inspections donnent lieu à une deuxième inspection". Et ce n'est que dans un nombre limité de cas, que des injonctions de re-scolarisation sont effectivement prononcées.

La liberté et l'individualité, moteurs de cette instruction à domicile

Par delà la polémique, il reste à analyser les raisons de cette recrudescence de l'instruction à domicile. Si le rejet de l'institution scolaire joue son rôle, d'autres raisons plus profondes expliquent ce mouvement.

La première est une accessibilité plus grande des méthodes d'enseignements à domicile. "Les blogs, les associations, les médias ont aidé à démocratiser", ce type d'instruction, "qui est devenu un phénomène de communication", détaille Laurence Fournier.

Une deuxième raison peut être recherchée dans le fait que l'Education nationale peine à intégrer certains enfants. On pense à tous les "dys" (dyslexiques, dysorthographiques, dyscalculiques...) et "tous ceux qui ne trouvent pas leur place à l'école". A cela il faut ajouter les "incivilités, les cas de harcèlement, le manque d'éducation".

"Vous avez la main sur l'éducation de vos enfants, mais pas sur l'éducation des autres. Et on sait à quel point éducation et instruction sont liées", rappelle Laurence Fournier.

Enfin, "l'individualisation croissante dans notre société" et "le choix d'une vie plus libre" sont évoqués. Une instruction à domicile est donc aussi le vecteur privilégié de la transmission de valeurs à ses enfants.

>> Ci-dessous, une vidéo sur le sujet connexe des écoles dites "alternatives"