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Le prédicat fait son entrée dans l'école française et crée la polémique

Elsa est la plus jeune candidate au bac de France.

Elsa est la plus jeune candidate au bac de France. - Helene Valenzuela / AFP

"Le prédicat", c'est le nom que porte la nouvelle controverse qui agite aujourd'hui l'Education nationale. Cette notion, nouvellement introduite dans les programmes des classes de CM1 et de CM2, est accusée de remplacer l'enseignement des compléments d'objet direct et indirect. La réalité est plus contrastée.

Une nouvelle polémique vient d’éclater dans un domaine qui n’en manque pas: l’enseignement. Des parents d’élèves, des professeurs ainsi que certains médias s’inquiètent de voir, dans les programmes dédiés aux classes de CM1 et CM2, une innovation appelée le "prédicat" remplacer les notions de complément d’objet direct et indirect.

Le prédicat vient de loin

Il ne s’agit pourtant ni d’une innovation, ni de remplacer les célèbres COD et COI. Au contraire, le prédicat est un concept grammatical pourvu d’une vénérable filiation. Issu de la grammaire d’Aristote (au IVe siècle avant Jésus-Christ), il s’est invité depuis longtemps dans les manuels enseignant le latin. Sujet de discussion pour les grammairiens et les linguistes depuis les années 30, il est devenu une étape du circuit scolaire primaire québécois. Il signe donc à présent son entrée dans l’école primaire française.

Le prédicat désigne en fait l’ensemble des informations que la phrase apporte concernant le sujet qui la dirige. Ainsi, dans la formule suivante: "Pierre mange un pain au chocolat", le prédicat est la fonction du groupe verbale "mange un pain au chocolat". L’idée est de simplifier dans un premier temps l’approche de la syntaxe devant les élèves… avant, bien entendu, de leur apprendre à distinguer un complément d’un autre, un COD d’un COI, une fois ce premier découpage bien maîtrisé. Dans cette même volonté de simplification temporaire, les différents compléments circonstanciels (de temps, de lieu, d’accompagnement etc.) pourront être placés sous un dénomination commune dans les classes: on parlera alors de complément de phrase.

Il permet d'éviter une confusion

Delphine Guichard, professeur des écoles en charge de classes de CM1 et CM2, a expliqué et défendu l’introduction du prédicat dans les programmes à travers un article publié sur son site Charivari à l’école. Après avoir rappelé que le prédicat désignait la fonction du groupe verbal, elle note que ce changement peut avoir pour vertu d’éviter une confusion aussi déplaisante pour l’enseignant que troublante pour les élèves:

"La première raison est expliquée en haut : ce mot (qui existait déjà mais qu’on n’enseignait pas aux écoliers) manquait. On voit bien ci-dessous qu’on était embarrassés quand on analysait les fonctions dans la phrase. On disait : "Le verbe… beh, sa fonction, c’est d’être… le verbe." Et quand on reprochait aux élèves de confondre Natures et Fonctions, on ne les aidait pas beaucoup avec cet abus de langage qui consistait à utiliser le mot-nature pour désigner la fonction du mot, faute de mieux. Désormais, on peut utiliser le mot approprié pour désigner la fonction du verbe ou du groupe verbal", écrit-elle. 

Une vague de défiance

Reste que la polémique enfle. Il faut dire que, durant les années de primaire, les parents sont souvent sollicités comme force d’appoint pour aider leurs rejetons à venir à bout de leurs devoirs. Or, beaucoup se sentent désorientés par cette notion. Sur le site d’Europe 1, Valérie Marty, présidente de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), déplore cette situation: "Je pense que les parents vont être déboussolés. Ils vont bien comprendre qu’ils ne peuvent pas les accompagner et je pense que c’est aussi ce qui fait qu’il y a de la défiance entre l’école et les familles".

Et cette défiance gagne même les rangs des professeurs. Certains paraissent même hostiles, comme Hervé Borel, enseignant de Seine-et-Marne contacté par Le Parisien: "Je continue de faire dictée sur dictée, mes élèves ont un tableau de conjugaison par semaine à apprendre et j'ai ressorti mon Bled et le Bescherelle". La querelle a encore quelques temps devant elle.

Robin Verner