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Définition du mot "frotteur" dans le dictionnaire: le mea culpa du Robert

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La définition de "frotteur" donnée par Le Robert suscite la controverse, certains estimant qu'elle relègue une agression sexuelle à une pratique "érotique". La maison d'édition reconnaît son erreur et assure qu'une correction sera apportée.

La définition de "frotteur", terme qui fait pour la première fois son entrée dans le dictionnaire, ne fait pas l'unanimité. Le Robert illustré et Le Petit Robert le définissent dans leur édition 2019, comme une "personne, souvent homme, qui recherche les contacts érotiques à la faveur de la promiscuité des transports en commun". 

Pour certains et certaines, cette définition est inexacte, voire offensante. Car selon eux, être victime d'un frotteur, c'est avant tout être victime d'une agression sexuelle. Sur les réseaux sociaux, nombre d'internautes ont dénoncé une définition qui exclut toute notion de consentement dans le cadre d'un geste qui serait érotique et plus précisément, dans le cadre d'un frotteur, le fait qu'il s'agisse d'une agression sexuelle.

Une définition "du côté des agresseurs"

Pour Héloïse Duché, fondatrice du collectif Stop harcèlement de rue, la définition du Robert se place "du côté des agresseurs".

"Les frotteurs, qui sont organisés en réseaux sur les forums, considèrent qu'il s'agit d'une pratique sexuelle, dénonce-t-elle pour BFMTV. Utiliser leur définition, c'est nier le fait qu'il s'agisse d'une agression sexuelle. C'est même pire: en en faisant une pratique érotique, cela sublime le geste et le valorise."

Le mea culpa du Robert

Isabelle Neltner, responsable du service communication des Éditions Le Robert, assure à BFMTV avoir "entendu" ces remarques et reconnaît que cet article du dictionnaire est "un peu trop implicite".

"Il manque clairement la notion de non consentement ou d'agression sexuelle. La femme frottée n'est pas évoquée. On va l'ajouter dans la version en ligne rapidement. La version papier sera retravaillée l'année prochaine pour l'édition 2020." 

Elle assure cependant que "les violences faites aux femmes, la charge mentale, le nom de naissance, mairesse ou encore le congé paternel ont été intégrés au dictionnaire". "Il s'agit d'un travail au long court", ajoute-t-elle, soulignant "une prise de conscience importante de cette thématique". Insuffisant, estime Héloïse Duché.

"C'est quand même fou qu'une telle définition puisse sortir ainsi. Que personne au sein d'une institution aussi importante que Le Robert, qui donne le ton de la langue française, n'ait vu qu'elle posait problème. Cela en dit long sur le travail culturel qu'il reste à faire pour lutter contre ces phénomènes."

Le 3117 par téléphone ou le 31177 par SMS

Une campagne contre le harcèlement sexuel a récemment été lancée en Île-de-France alors que huit voyageuses sur dix en ont déjà été victimes dans les transports en commun, selon une enquête de la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut).

Une pétition a également demandé à la RATP de "réagir" contre les frotteurs du métro. Depuis 2015 pourtant, une brigade spécialisée au sein de la police des transports est chargée d'appréhender ces frotteurs. Les voyageurs et voyageuses agressées peuvent alerter les forces de l'ordre en composant le 3117 par téléphone ou le 31177 par SMS. Le service fonctionne également via l'application mobile "alerte 3117".

Pour rappel, le harcèlement sexuel est un délit. En cas de baisers forcés, mains aux femmes, frottements ou autres agressions sexuelles, jusqu'à cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende sont encourus. 
Céline Hussonnois-Alaya