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Dans une tribune, des rescapés des attentats de Paris appellent à soutenir les Kurdes

Une membre du service interne de sécurité kurde en poste lors d'une manifestation des kurdes syriens contre l'offensive turque et en soutien aux FDS, le 28 octobre 2019

Une membre du service interne de sécurité kurde en poste lors d'une manifestation des kurdes syriens contre l'offensive turque et en soutien aux FDS, le 28 octobre 2019 - Delil Souleiman / AFP

Dans une tribune publiée par Le Parisien, 44 rescapés des attentats du 13-Novembre se mobilisent en soutien aux Kurdes, alors que le nord de la Syrie est en proie à une offensive turque depuis plusieurs jours.

Alors qu'une offensive turque déstabilise le nord de la Syrie depuis trois semaines, obligeant les forces kurdes à se retirer de la région du Rojava, 44 rescapés des attentats du 13-Novembre, rassemblés dans un collectif, signent une tribune dans Le Parisien appelant les chefs d'Etat à agir et aux populations à se mobiliser. En parallèle, le Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava publie une autre lettre ouverte dans Libération.

"Nous, 44 survivants du terrorisme, déclarons notre soutien et notre solidarité aux populations du nord de la Syrie, qui subissent depuis plusieurs jours les attaques de l’armée turque d’Erdogan et ses supplétifs djihadistes", débutent les rescapés des attentats du 13-Novembre. 

La Turquie a lancé le 9 octobre une offensive contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), qu'elle qualifie de "terroriste", mais qui a été l'alliée indispensable des pays occidentaux dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Ankara a mis fin le 23 octobre à son offensive, à la faveur de deux accords négociés séparément avec les Etats-Unis et la Russie. Mais celle-ci a fait des centaines de morts et des centaines de milliers de déplacés. Plus de 12.000 Kurdes ayant fui la zone se sont notamment réfugiés dans des camps du Kurdistan irakien.

"Ils sont devenus nos alliés"

Affirmant que "ces Kurdes, Arabes, Yézidis, Turkmènes, Assyriens" sont "nos alliés et premier rempart humain contre la haine et l’obscurantisme", ils expriment leur indignation face à la "passivité de la France et de la communauté internationale". 

"Quand en 2015 nous avons été attaqués, [...], ils étaient en première ligne, au sol, à Raqqa d’où avaient été organisés les attentats de Paris, ainsi qu’à Kobané, et dans toute cette région gangrenée, pour mettre hors d’état de nuire nos assassins et vaincre l’Etat Islamique. Des milliers d’entre eux sont morts."

La passivité actuelle, craignent-ils, "permet aujourd’hui l’évasion de centaines de terroristes et, parmi eux, les djihadistes français les plus dangereux". Les forces kurdes détiennent en effet des milliers de jihadistes dont de nombreux étrangers, dans des prisons du nord de la Syrie. Selon un haut responsable américain, plus de cent prisonniers se sont échappés, profitant du chaos créé par l'offensive turque.

"Pourquoi Paris abandonnent les Kurdes?"

En parallèle, le Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava, "Français" qui "ont combattu aux côtés des Kurdes du Rojava, publie une autre lettre ouverte dans le journal Libération. Ils s'y interrogent: pourquoi Paris "abandonne les Kurdes qui ont pourtant mené la guerre contre Daesh jusqu'au bout, à la demande de la coalition internationale et en échange de son soutien durable ?"

"Les Français ont récolté les fruits de ces victoires, sans en avoir vraiment conscience. Si notre pays n'a pas connu d'attentats de masse depuis plusieurs années, c'est grâce aux 11.000 combattants des Forces démocratiques syriennes qui sont tombés en affrontant les commanditaires de ces attaques", estime le Collectif. 

"Depuis le début de l'invasion turque, le gouvernement français se répand en gesticulations diplomatiques, nous joue la comédie de l'impuissance et de la fatalité (...) Pourtant, le retrait des troupes américaines était prévisible (...) Pourquoi le gouvernement français, présent militairement au Rojava, n'a-t-il pas pris les mesures qui s'imposaient alors ?", interpellent ces Français dans Libération

Un appel à la mobilisation

Les 44 rescapés appellent ainsi "toutes les populations du monde sans exception", à soutenir "les peuples du Rojava". Et d'ajouter: "nous appelons tous les chefs d’Etat d’Europe et du monde, qui en 2015 avaient dit ensemble Plus jamais ça !, à prendre à nouveau ensemble, et avec le plus grand discernement, leurs responsabilités face à l’Histoire, qui ni n’oublie, ni ne pardonne."

Mercredi, l'Assemblée nationale a voté une résolution demandant au gouvernement d'"adopter toutes les mesures à même de soutenir ses amis et alliés kurdes, protéger les populations civiles, restaurer la stabilité dans le Nord-Est syrien". 

Cyrielle Cabot avec AFP