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Vaccin contre le Covid-19: comment les recherches avancent-elles si vite?

Image d'illustration - Vaccin contre le Covid-19

Image d'illustration - Vaccin contre le Covid-19 - AFP

La mobilisation exceptionnelle de la communauté scientifique et les moyens majeurs accordés à la recherche ont permis les avancées particulièrement rapides des essais cliniques pour un vaccin anti-Covid.

Presque un an après le début de l'épidemie de Covid-19 en Chine, qui a entraîné une pandémie mondiale, trois laboratoires ont annoncé ces deux dernières semaines que leurs candidats-vaccins étaient efficaces à plus de 90% contre ce coronavirus, et espèrent une autorisation de mise sur le marché début 2021, voire fin 2020.

En quelques mois, les laboratoires ont réalisé des travaux qui prennent habituellement plusieurs années. Dans son dernier point, daté du 12 novembre, l'Organisation Mondiale de la Santé recense 48 candidats-vaccins évalués dans des essais cliniques sur l'Homme à travers le monde, contre 11 à la mi-juin. 11 candidats-vaccins en sont actuellement à la phase 3 - soit la dernière avant autorisation de mise sur le marché - contre cinq le 31 juillet dernier.

"Je rappelle que les phases 3 en général, qui visent à vérifier l'inocuité, durent bien plus longtemps qu'un mois, et peuvent durer entre trois et cinq ans", déclarait sur BFMTV Yves Gaudin, virologue et directeur de recherches au CNRS Paris-Saclay.

· Un financement plus important

Alors que la recherche scientifique a du mal habituellement à lever des fonds, devant l'urgence sanitaire mondiale, qui n'épargne personne, les financements pleuvent pour le Covid-19 depuis le début de la pandémie, accélérant le processus des recherches. Des levées de fonds internationales ont été lancées par les États et de grosses fondations, mais aussi des appels aux dons.

Dès avril, le gouvernement américain a par exemple lancé un plan de "5 milliards de dollars, alloués pour continuer ou réorienter des recherches sur le coronavirus" expliquait fin avril Sylvette Tourmente, directrice du Bureau du CNRS pour l’Amérique du Nord. En mai, la Commission Européenne annonçait avoir enregistré 7,4 milliards d'euros de dons après une conférence des donateurs "pour permettre le développement collaboratif d'outils de diagnostic, de traitements et de vaccins contre le coronavirus".

De plus, les accords de pré-réservation ont été passés avec les principaux laboratoires, ce qui permet aux entreprises de mettre en place le processus industriel de fabrication de leur vaccin en même temps qu'elles travaillent à son élaboration, deux étapes d'habitude distinctes. L'Europe a par exemple commandé 300 millions de doses du candidat-vaccin de l'américain Pfizer et autant pour celui du groupe pharmaceutique AstraZeneca.

"C'est prématuré bien sûr, mais éthiquement on n'a aucun autre choix", déclarait en septembre à BFMTV Stéphane Bancel, PDG de Moderna. "La chose horrible serait si le vaccin Moderna marchait en essai clinique de phase 3, et qu'on annoncait n'avoir que 200.000 doses pour la planète".

· Une accélération des protocoles

"Ce qui est différent avec les vaccins contre le Covid-19, c'est que les délais de développement et d'approbation potentielle sont bien plus rapides à cause de l'urgence de santé publique", explique l'Agence européenne des médicaments sur son site Internet.

Et pour aller plus vite, les protocoles ont été un peu bousculés. Les différentes phases des tests de vaccin (1, 2 et 3) se sont par exemple superposées, certains laboratoires menant en même temps les phases 2 et 3. L'administration Trump a mis sur pied de son côté l'opération "Warp Speed" ("au-delà de la vitesse de la lumière") pour accélérer le développement d'un vaccin et sa diffusion, destiné en priorité aux 300 millions d'Américains.

"Aux États-Unis, d'ici quelques semaines, on va pouvoir déposer le dossier pour ce qu'on appelle le 'Emergency Use Authorizations [sic]', une approbation accélérée, qui peut donc nous donner une approbation du produit en 2020", expliquait lundi sur BFMTV Stéphane Bancel.

· Étudier une maladie en pleine pandémie

Du point de vue purement médical, tester un vaccin pour le Covid-19 en pleine pandémie de ce coronavirus est plus facile pour la recherche. En 10 jours, le nombre de malades dans le panel de volontaires pour le candidat-vaccin Pfizer/BioNTech est par exemple passé de 94 à 170, leur permettant d'observer plus rapidement l'évolution de la maladie au sein des personnes vaccinées ou non.

La technique utilisée par les laboratoires Moderna et Pfiser/BioNTech leur a également permis d'être particulièrement en avance sur les autres groupes. Ils utilisent tous les deux l'ARN Messager. Avec cette méthode, il est inutile de cultiver un pathogène en laboratoire, c'est l'organisme qui fait le travail. C'est pour cette raison que ces vaccins sont plus rapides à mettre au point.

La mobilisation des scientifiques du monde entier avait permis, dès les premières semaines, d'identifier le coronavirus, ce qui permet aujourd'hui d'avancer sur de possibles traitements. C'est d'abord la Chine qui avait diffusé le 11 janvier le séquençage du coronavirus grâce aux prélèvements effectués sur les premiers patients. Des scientifiques de l'Institut Pasteur avaient ensuite annoncé fin janvier qu'ils étaient parvenus à séquencer le génome du Coronavirus en entier.

· "Restons prudemment optimistes"

Cette mobilisation générale ne signifie toutefois pas qu'un vaccin sera disponible un jour, comme le rappellent réguilèrement les scientifiques, même si les résultats diffusés ces derniers jours forcent l'optimisme. Aucune étude n'a pour le moment complètement abouti, et aucun vaccin n'a reçu d'autorisation de mise sur le marché.

"Nous continuons à recevoir des nouvelles encourageantes sur les vaccins et restons prudemment optimistes quant à la possibilité que de nouveaux outils commencent à arriver dans les prochains mois", a rappelé lundi le patron de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV