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"Nous voilà les derniers déconfinés": des étudiants réclament à Macron des cours en présentiel

Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, des étudiants de l'université de Haute-Alsace demandent le retour des cours en présentiel, déplorant que "dans l’échelle de 'l’essentiel' du gouvernement, l’enseignement supérieur (soit) à la traîne."

C'est une nouvelle preuve, s'il en fallait une, que la situation des étudiants face aux mesures liées à la crise sanitaire est préoccupante. Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, des étudiants de l'université de Haute-Alsace interpellent le président sur leurs conditions de vie depuis le début de l'épidémie et s'inquiètent d'une génération "sacrifiée".

L'avenir du pays "en danger"

Les auteurs de la lettre, partagée par nos confrères de France Bleu Alsace, déplorent les cours à distance depuis de trop longs mois.

"En limitant l’accès des étudiants aux cours en présentiel, c’est toute une génération que vous sacrifiez et l’avenir du pays que vous mettez en danger", écrivent-ils.

Depuis le début de l'année 2021, les établissements de l'enseignement supérieur peuvent de nouveau accueillir des étudiants en présentiel, mais uniquement certains groupes "de dix étudiants maximum", formés des élèves "les plus fragiles pédagogiquement", que les établissements doivent eux-mêmes constituer. Une décision qui est loin de satisfaire ces jeunes Mulhousiens: "Les étudiants n'ont plus d'espoir."

Ceux qui se présentent comme les "derniers confinés" expliquent que suivre les cours à distance relève d'un choix "cornélien", "entre des situations familiales complexes, des connexions internet médiocres, voire un manque de matériel informatique à notre domicile, ou bien le silence d'un confinement, seul entre ses quatre murs".

"J'ai l'impression de ne pas avoir de vie"

Une seconde lettre envoyée par une étudiante de Science Po Strasbourg, Héïdi Soupault, souligne également la dégradation de la smentale des étudiants.

"J'ai l'impression de ne pas avoir de vie, même ma vie intérieure n'est plus si nourrie qu'avant parce qu'on manque d'interaction sociale. C'est le cas pour tout le monde, mais à notre âge, j'ai la prétention de dire que c'est plus important parce qu'on est en pleine construction", explique cette étudiante à BFMTV.

Depuis près d'un an, "on a vraiment pris sur nous", insiste-t-elle, évoquant "une certaine lassitude".

"On a l'impression qu'on parle jamais de nous, on ne cherche pas d'alternative à nos soucis, on a l'impression de ne pas vraiment exister. (...) On veut avoir un but le matin."

Appel du Conseil scientifique à reprendre les cours

Un "ressentiment social et psychique" chez les étudiants confirmés ce mercredi matin par le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy. "Le niveau d'anxiété et de dépression ne particulier chez les étudiants en première année qui n'ont pas eude contact présentiel avec leurs camarades est un problème majeur", a-t-il affirmé sur France Info.

Jean-François Delfraissy a appelé à "tout faire pour qu'on puisse reprendre en présentiel une partie de l'activité des étudiants de l'enseignement supérieur à partir des vacances de février, pour le deuxième semestre".

Un nouveau protocole sanitaire adéquat

Les auteurs de la première lettre s'en prennent à la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal, qu'ils disent sourde à leurs "appels à l'aide". "La belle promesse de l'université ouverte, permettant l'égalité des chances, semble envolée", ajoutent-ils.

"Dans l’échelle de 'l’essentiel' du gouvernement, l’enseignement supérieur est à la traîne, derrière les restaurants et les bars. Même les lieux de culte ont pu rouvrir, avec une jauge de 30 personnes, quand les lieux de culture et de connaissance ne peuvent reprendre leurs activités", regrettent-ils.

Ces derniers enjoignent l'exécutif à débloquer rapidement des moyens pour un retour généralisé en présentiel, avec l'instauration d'un protocole sanitaire adéquat. Ils espèrent qu'Emmanuel Macron, qui déclarait il y a quelques semaines que c'était "dur d'avoir 20 ans en 2020", entendra enfin leur appel pour 2021.

Esther Paolini Journaliste BFMTV