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La stratégie "zéro Covid" est-elle possible en Europe?

Le coronavirus vu au microscope

Le coronavirus vu au microscope - AFP

Cette stratégie, déjà utilisée en Australie, à Taiwan ou en Nouvelle-Zélande, ne vise pas un futur où la population pourra vivre avec le Covid-19, mais une éradication, ou presque, du virus.

"Unissons-nous autour de l’objectif zéro Covid". Dans une tribune publiée ce mardi dans le quotidien Le Monde, un collectif de médecins, mais aussi d'économistes et de politistes de toute l'Europe, publie un plaidoyer pour la mise en place d'une stratégie "zéro Covid", aussi appelée "No Covid", sur le vieux continent. Cette approche n'est pas nouvelle, et avait déjà été popularisée en janvier chez nos voisins allemands.

"Viser l’objectif zéro Covid constitue un moyen clair de traverser la pandémie en minimisant les dégâts. L’Europe ne peut pas laisser passer l’occasion et doit tirer parti de sa puissance et de son unité", écrivent les signataires de la tribune du Monde.

Cette stratégie a déjà été mise en place dans plusieurs pays, comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, Taiwan, la Chine ou encore le Vietnam, où les taux de contamination sont actuellement très bas.

· En quoi consiste le "zéro Covid"?

"Il s'agit d'une stratégie qui vise à ne pas laisser circuler le virus, ou le moins possible, sur le territoire", explique ce mardi sur BFMTV Antoine Flahault, épidémiologiste et co-signataire de la tribune. L'idée ne serait plus d'apprendre à vivre avec le virus, et de mettre en place des mesures strictes quand le système hospitalier est débordé, mais d'adopter une stratégie plus préventive, avec pour but d'éradiquer - ou presque - le SARS-Cov-2.

"Nous devons créer un consensus social autour de l’idée que, en tant que société, nous ne pouvons ni ne voulons vivre avec le virus, mais que nous souhaitons le vaincre", expliquait le document des chercheurs allemands en janvier.
Les signataires de la tribune comptent sur trois piliers pour faire drastiquement diminuer le nombre de contaminations: "la vaccination, l’instauration de zones vertes, et un renforcement des modalités de dépistage et de traçage, y compris par le recours aux nouvelles technologies. Le tout accompagné d’une communication claire, cohérente et transparente".

Pour mettre en place cette politique sanitaire, des mesures drastiques de limitation des contacts et des déplacements sont nécessaires dans un premier temps. "Nous réduisons nos contacts au minimum, aussi au travail", suggère par exemple le site Zero Covid, regroupant plusieurs groupes européens réclamant que cette stratégie soit mise en place sur tout le vieux continent. "Il nous faut arrêter pour un court moment toute activité économique dont la société n’a pas un besoin vital urgent".

· Que sont les "zones vertes"?

Cette stratégie a été "mise en oeuvre dans différents pays, d'une façon plus ou moins dogmatique. La Nouvelle-Zélande ou Taiwan ne supportent pas le moindre cas, et même en Australie, avec un cas, ils ont décidé un reconfinement à Perth, une ville de trois millions d'habitants", souligne Antoine Flahault. Une fois que les contaminations baissent dans une zone (un département, une région voire une métropole par exemple), celle-ci est déclarée "zone verte", tandis que les autres sont encore "zone rouge".

"Une zone devient verte lorsque le taux de transmission en son sein est proche de zéro. Elle est alors en mesure de revenir progressivement à la normale: les écoles, les restaurants, les lieux culturels et les autres entreprises peuvent rouvrir complètement. Les voyageurs peuvent circuler librement entre les zones vertes", explique la tribune.

Des restrictions persistent dans les autres régions, jusqu'à ce que le nombre de contaminations y soit également minime. Une zone verte, "c'est la réouverture des bars, des restaurants, de la vie cuturelle, de la vie sportive. C'est ça aussi l'enjeu, de récupérer une vie la plus proche possible de la vie normale dès qu'on se qualifie dans la zone verte", explique Antoine Flahault. "On pourrait tout à fait imaginer au sein de l'espace Schengen, pour les Etats qui voudraient participer à cette stratégie, qu'ils qualifient leurs régions de zone verte ou de zone rouge", explique l'épidémiologiste.

Dans la tribune, les signataires appellent en ce sens à l'alliance: "L’Europe ne peut pas laisser passer l’occasion et doit tirer parti de sa puissance et de son unité (...) En tant que scientifiques, nous en appelons à nos dirigeants et à nos concitoyens: unissons-nous autour de l’objectif zéro Covid et avançons vers une zone verte durable où l’existence pourra revenir sans risque à la normale."

· Est-ce réellement possible en Europe?

Mais d'autres scientifiques sont plus circonspects face à ce projet. "J'ai beaucoup de mal à croire qu'on arrive par un confinement généralisé, plus des grandes mesures de restriction, à se débarasser de ce virus. Ou alors il faudrait fermer les frontières, empêcher les gens de bouger", déclare sur BFMTV Patrick Berche, médecin biologiste, membre de l'Académie de médecine.

"C'est facile de protéger une île comme la Nouvelle-Zélande ou des lieux très reculés comme l'Australie, mais pour nous, qui sommes très intriqués dans l'Europe, et avec beaucoup de communications internationales, j'ai du mal à le croire", explique-t-il.

De plus, le confinement et les autres mesures strictes appliquées en France restent mal reçues par une partie des Français. Les mettre en place quand cela ne semble pas forcément nécessaire, c'est à dire tant que les hôpitaux peuvent encore prendre en charge les malades, pourrait ne pas être accepté.

"Je pense que nous avons déjà démontré collectivement que nous n'étions pas prêt à accepter un objectif zéro covid", a déclaré sur BFMTV ce mardi Pascal Crépey, épidémiologiste. "Ce ne sont pas les décisions qui ont été prises par les autorités de santé en France, et de toute façon, la population aurait eu beaucoup de mal à suivre de telles mesures".

· La vaccination, outil clef ?

Ces deux médecins comptent surtout sur la vaccination pour que le nombre de malades du Covid-19 diminue. "Peut-être qu'on y arrivera avec la vaccination, si on n'a pas de nouvelles surprises avec des variants qui échappent à l'immunité, mais en dehors de cet outil qui est la vaccination de masse, je pense qu'on ne peut pas arriver à l'heure actuelle à ce type d'objectif", qu'est le zéro Covid, déclare Pascal Crépey.

Si cette stratégie "est l'idéal", sur le papier, "moi je pense qu'on va plutôt aller vers une endémie, c'est à dire qu'on va pendant des mois, au fur et à mesure de la vaccination, voir décliner, avec peut-être des mutants qui vont nous obliger à faire des vaccinations itératives, comme pour la grippe", déclare de son côté Patrick Berche.

Si les signataires de la tribune comptent également sur la vaccination pour faire baisser le nombre de contaminations ils soulignent qu'elle ne peut être le seul élément sur lequel s'appuyer: "le déploiement de la vaccination prend du retard et l’apparition de nouveaux variants menace l’efficacité des vaccins existants. D’ailleurs, l’histoire nous a prouvé que la vaccination ne peut, à elle seule, éliminer un virus."

"Est-ce que on continue comme avant en Europe, c'est à dire une stratégie assez réactive qui empêche la saturation des hôpitaux mais qui la laisse monter, monter, monter jusqu'à ce qu'elle soit au bord de la rupture, (...) Ou bien est-ce que l'on adopte une stratégie un peu différente, plus inspirée des pays asiatiques?", s'interroge toutefois Antoine Flahault.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV