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INFOGRAPHIES. Deux semaines après le début du confinement, où en est l'épidémie en France?

L'évolution de l'épidémie en France.

L'évolution de l'épidémie en France. - BFMTV

Les responsables sanitaires disent constater des "frémissements" en observant certains indicateurs, mais la pression hospitalière reste très forte.

Bilan d'étape pour Jean Castex. Le Premier ministre doit tenir ce jeudi à 18 heures une nouvelle conférence de presse sur l'épidémie de coronavirus, après le désormais rituel Conseil de défense hebdomadaire à l'Élysée. Deux semaines après le début du reconfinement, le Premier ministre ne devrait annoncer ni assouplissement ni durcissement des restrictions, selon les informations du service politique de BFMTV.

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L'exécutif a fait savoir qu'il était encore "trop tôt" pour en évaluer pleinement ses effets sur la situation sanitaire, même si le ministre de la Santé Olivier Véran avait déjà évoqué des "frémissements" positifs. Qu'en est-il exactement? BFMTV.com fait le point sur les principaux indicateurs sanitaires.

• Moins de contaminations recensées

Lors de son dernier bilan ce lundi, Jérôme Salomon a dit constater "une progression plus lente" de l'épidémie "partout où ont été appliquées des mesures de freinage précoce, en particulier le couvre-feu", qui avait été mis en place mi-octobre dans plusieurs grandes métropoles dont Paris.

Les contaminations recensées près un test PCR positif ont effectivement commencé à diminuer ces derniers jours. Pour éviter les biais liés aux weekends, nous avons représenté sur le graphique ci-dessous la moyenne sur sept jours glissants des cas officiellement recensés par les autorités sanitaires.

La situation est sans doute plus complexe que les chiffres ne le laissent paraître: Santé publique France avait prévenu la semaine dernière que des embouteillages informatiques gênaient la remontée des résultats des tests PCR.

Dans tous les cas, cet indicateur ne reflète que l'état des tests positifs, un tableau forcément très incomplet des contaminations réelles. Une proportion importante de personnes touchées par le Covid-19 ne développent pas de symptômes et ne se font pas forcément tester.

• Une circulation du virus en baisse?

C'est une donnée scrutée de près par les autorités: le taux de reproduction du virus, également appelé le R effectif. Autrement dit le nombre de personnes contaminées par chaque personne atteinte du coronavirus. Les autorités sanitaires estiment cet indicateur à partir du nombre de passages aux urgences pour suspicion de Covid-19. Nous avons représenté son évolution sur le graphique ci-dessous.

Là aussi, cet indicateur a diminué ces derniers jours et est passé en dessous de 1 - ce qui est indispensable pour que l'épidémie régresse. Il est désormais estimé à 0,93: 10 malades ne contaminent plus, en moyenne, que 9 personnes. Un premier signal encourageant, qui a fait dire à l'épidémiologiste Antoine Flahault ce jeudi sur BFMTV que la France était en train de "reprendre le contrôle" de l'épidémie.

"On n'a plus affaire à cette courbe exponentielle", a-t-il commenté. "Si le R passe en dessous de 0,7 ou de 0,6, la descente sera rapide et on peut espérer que dans 15 jours, on soit en dessous des 5000 cas", soit l'objectif fixé par Emmanuel Macron au moment de l'annonce du confinement.

"Les valeurs de R ne doivent donc pas être interprétées de façon isolée, mais doivent être mises en perspective avec les autres données épidémiologiques disponibles et l’analyse fine de la situation locale", prévient cependant Santé publique France dans ses bulletins hebdomadaires.

• Des "frémissements" dans les admissions à l'hôpital

Un "frémissement" a aussi été constaté à l'hôpital dans certaines régions. "On peut parler, en région Ile-de-France, d'une amorce d'infléchissement", a ainsi déclaré lundi le directeur général de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) Martin Hirsch sur France Inter, expliquant que "ces trois ou quatre derniers jours, on voit plutôt à peu près 80 entrées par jour (en réanimation)", contre 110 "il y a huit jours" et "plutôt 400 entrées en hospitalisation par jour" contre 500 il y a une semaine.

De fait, le nombre de nouvelles admissions à l'hôpital ou en réamination, quoique toujours à un niveau très élevé, se stabilise ces derniers jours. Pour éviter les biais liés aux weekends, nous avons représenté sur le graphique ci-dessous la moyenne sur sept jours glissants des admissions à l'hôpital, des admissions en réanimation et des nouveaux décès à l'hôpital recensés par les autorités sanitaires.


Ces chiffres nationaux cachent cependant des réalités locales plus contrastées. Le directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Philippe Demester, a tempéré lundi les déclarations de Martin Hirsch: "Je suis très content pour l'Ile-de-France qu'il sente cette inflexion, en ce qui nous concerne c'est trop tôt pour le dire (...) on n'a pas encore de ralentissement de la croissance ici".

• Mais une pression toujours très forte dans les services

De fait, même si les indicateurs se stabilisent à l'hôpital ces derniers jours, "le pic de l'épidémie est devant nous", a prévenu Jérôme Salomon ce lundi. Le pic des hospitalisations "est encore devant nous (...) ce n'est pas sous contrôle partout et les jours à venir sont très compliqués, forcément", a abondé Martin Hirsch. Nous avons représenté sur le graphique ci-dessous le nombre total de patients Covid hospitalisés, de patients Covid actuellement en service de réanimation et le cumul de décès à l'hôpital.

La pression hospitalière est effectivement encore très forte. Avec 31.918 malades hospitalisés ce mercredi, la France frôle le record enregistré lors de la première vague - 32.131 patients, le 14 avril. Et le nombre de patients en réanimation continue de s'accroître, avec 4789 personnes ce mercredi, sur une capacité totale et toutes pathologies confondues déjà portée de 5000 à 6400 lits et qui devrait bientôt passer à 7500. Mais cela passe par des fermetures de blocs opératoires et des déprogrammations d'interventions chirurgicales.

En ce qui concerne les décès, 329 malades du Covid-19 sont encore morts à l'hôpital mercredi. Lundi, la France avait enregistré le bilan quotidien le plus élevé depuis le début de la 2e vague épidémique avec 551 morts en 24 heures en milieu hospitalier. Et ces chiffres n'incluent pas les décès à domicile et pas non plus les décès en Ehpad, où le nombre de cas signalés continue d'augmenter depuis début juillet, signalait Santé publique France dans son dernier point épidémiologique hebdomadaire.

Mathieu Dehlinger avec AFP