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Covid-19: la France est-elle en train de "reprendre le contrôle" de l'épidémie?

Malgré des taux de contamination et d'hospitalisation encore élevés, le spécialiste Antoine Flahault assure que la France est sur le bon chemin. D'autres appellent à la plus grande prudence.

Alors que les Français achèvent leur deuxième semaine de reconfinement, le pays est-il en train de reprendre le contrôle sur l'épidémie de coronarivus? Malgré des chiffres de contamination et d'hospitalisation encore hauts, l'épidémiologiste suisse Antoine Flahaut estime que la France est actuellement arrivée au pic de l'épidémie et qu'une reprise en mais de la situation était notable.

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L'importance du R

Pour en arriver à cette conclusion, le directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève s'appuie sur le taux de reproduction R du coronavirus sur le territoire, comprendre le nombre de malades contaminés par un premier malade, qui est aujourd'hui passé en dessous de 1 - 0,93, selon des chiffres de Santé publique France). Le 29 octobre, à la veille du reconfinement, il était alors de 1,42 en France métropolitaine.

"À deux semaines de confinement, on voit une reprise en main du contrôle sur l’épidémie. On n'a plus affaire à cette courbe exponentielle. Si le R passe en dessous de 0,7 ou de 0,6, la descente sera rapide et on peut espérer que dans 15 jours, on soit en dessous des 5000 cas", explique-t-il. Ce seuil a été fixé pour objectif par Emmanuel Macron pour sortir du confinement.

Malgré ce signe encourageant, le niveau d'hospitalisation, bien qu'en baisse, sont encore hauts en France avec plus de 2500 nouvelles admissions recensées ce mercredi et plus de 4800 malades en réanimation à l'heure actuelle. Avec un total de 31.918 personnes hospitalisées, la France égalait quasiment le pic de 32.131 atteint en avril dernier. Pour Antoine Flahaut, il faut encore s'attendre à des chiffres élevés de mortalité pour les jours à venir.

"Il y a un décalage malheureusement entre l’augmentation des cas et la morbidité sévère. Il fait bien s’attendre à ce que la morbidité sévère, c’est-à-dire les cas en réanimation, mais aussi malheureusement les décès, continuent à augmenter peut-être encore pendant sept jours", analyse ce défenseur du backward tracing, le traçage restrospectif, afin d'endiguer la maladie.

"Attention à l’impact psychologique"

Pour autant, cette possible stabilisation de la contamination sur le territoire national - qui reste à confirmer - ne doit pas avoir un effet négatif sur le comportement des Français, estime le professeur Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou et élu LR.

"Les hôpitaux sont pleins, ils sont tellement plein que l’on a dû déprogrammer des patients qui ont d’autres pathologies. Vraiment, ce n’est pas le moment de se dire ‘tout va bien, on peut aller faire la fête’, ce n’est pas vrai", analyse-t-il auprès de BFMTV.

De son côté, le consultant santé de BFMTV Alain Ducardonnet l'assure, "on est sur le bon chemin".

"On voit depuis plusieurs jours que les indicateurs importants plafonnent. Le nombre de nouveaux cas, on est toujours aux alentours de 25.000 ou 30.000... Le taux de positivité des tests diminue également, on est passé en dessous de 20%... Ce R qui est une moyenne française avec des hétérogénéités... C'est un faisceau d’arguments qui montrent que ce qu’on a fait commence à porter mécaniquement ses fruits."

Pour autant, lui aussi appelle à la plus grande prudence, en particulier pour ne pas inciter les Français à reprendre une vie normale en dépit de la situation sanitaire toujours compliquée. "Attention à l’impact psychologique. Encore une fois ce n’est pas l’objectif, le plateau n’est pas l’objectif. Celui qui avait été fixé par Emmanuel Macron était de redescendre à 5000 cas, et cela va prendre encore du temps", prédit-il.

Pas d'assouplissement en vue

De fait, les annonces prévues ce jeudi soir du Premier ministre sont très attendues, alors que selon un récent sondage, près de 60% des Français affirment avoir déjà transgressé le confinement actuel - un chiffre nettement supérieur aux observations du printemps.

"C’est pour cela que les mesures de Jean Castex devraient dire ‘il faut continuer’ et c’est là qu’il faut comprendre pourquoi. 5000 cas, c’est ce qui va nous permettre d’avoir une sortie de confinement, un allègement efficace. Je rappelle qu’on l’avait raté la première fois, il ne faut pas cette fois-ci avec les fêtes de fin d’année", ajoute Alain Ducardonnet.

Du côté de l'exécutif, la tendance ne semble effectivement ni à l'assouplissement, ni au durcissement des restrictions pour pour l'exécutif, selon les informations du service politique de BFMTV.

La raison invoquée est de ne pas donner l'impression aux Français que la situation est désormais réglée. Comme l'a expliqué récemment Jérôme Salomon, le pic de l'épidémie est encore devant nous et l'entourage du ministre de la Santé Olivier Véran se préoccupe de l'effet des températures hivernales, d'une potentielle vague de froid, sur l'évoluion de l'épidémie.

Toutefois, une perspective devrait bel et bien être annoncée par Jean Castex ce jeudi soir avec une possible réévaluation des mesures début décembre.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV