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Covid-19: une troisième vague après les fêtes est-elle inévitable?

Les illuminations de Noël sur les Champs-Élysées à Paris le 22 novembre 2020

Les illuminations de Noël sur les Champs-Élysées à Paris le 22 novembre 2020 - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Les indicateurs mesurant la propagation du Covid-19 stagnent en France, et la perspective du brassage des populations pour les fêtes de fin d'année inquiètent les scientifiques pour le début 2021.

"La troisième vague". À peine le pic de la deuxième vague des contaminations du Covid-19 passée en France, les regards des médecins se tournent vers la prochaine, à laquelle il semble selon eux difficile d'échapper, alors que les chiffres de propagation du coronavirus ne s'améliorent plus depuis quelques jours, et que les fêtes de fin d'année promettent un brassage des populations risqué.

"Il y a un risque de troisième vague, il y a des pays aujourd’hui dans le monde qui en sont à leur troisième vague: les États-Unis, un certain nombre de pays asiatiques. Ce risque il existe", déclarait mercredi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur CNews.

"On a de fortes chances d'avoir une troisième vague"

"On a de fortes chances d'avoir une troisième vague. En tous les cas on se prépare et le vaccin risque de ne pas l'empêcher car on va avoir des doses trop limitées au départ", expliquait l'infectiologue Odile Launay sur BFMTV-RMC ce lundi.

Un constat partagé par Karine Lacombe, infectiologue, cheffe du service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine mercredi soir sur BFMTV: "Je ne vois pas comment actuellement on peut éviter une troisième vague, ce d'autant qu'on n'a pas encore lancé la campagne vaccinale qui, on le pressent, ne peut être que le seul facteur positif qui peut vraiment influencer l'évolution de l'épidémie".

Cette troisième vague est sérieusement envisagée notamment en raison des rencontres inter-régionales et inter-générationnelles qui se profilent pour les vacances de Noël. Les autorités sanitaires ont rappelé qu'il était impératif de respecter les gestes barrières pendant cette période, mais aussi de s'isoler avant de retrouver ses proches, et de se faire tester.

"Les fêtes de familles en ce moment c'est pas une bonne idée"

Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi, un Français sur cinq déclare par exemple qu'il ne se soumettra pas à la règle du "pas plus de six adultes à table". Les États-Unis ont fait dernièrement l'expérience des réunions familiales avec les fêtes de Thanksgiving, qui ont été suivies par des chiffres records de contamination dans le pays.

"Moi je crois que le 31, il faut l'oublier", a déclaré ce jeudi sur BFMTV-RMC Gilles Pialoux chef du service des maladies infectieuses et tropicales de Tenon à Paris. "On est en train juste de discuter de protéger 2021".

"Tout ce qui relâche le système augmente la circulation du virus. La situation va devenir plus mauvaise avec les fêtes de Noël et le jour de l'an, ça c'est absolument certain", affirmait mardi sur BFMTV l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill. "Tout ça c'est très très mauvais. J'adore les fêtes de familles mais franchement en ce moment c'est pas une bonne idée".

"Quelque chose qui peut être plus préocuppant, c'est un plateau"

"Tous les éléments convergent pour dire qu'effectivement on va soit avoir une troisième vague, soit quelque chose qui peut être plus préocuppant, c'est un plateau", estime Gilles Pialoux.

Il explique qu'il y a eu une "décroissance spectaculaire", du nombre de personnes hospitalisées ces dernières semaines, "mais ça a arrêté de descendre. On commence une petite phase en plateau depuis à peu près une semaine, et le plateau franchement je pense que ce sera encore plus compliqué qu'une vague".

Car ce flux stagnant "ça épuise, il n'y a pas le temps de se relâcher comme on a pu le faire pendant la période estivale, même si on l'a payé un peu cher après", explique-t-il, d'autant qu'avec les chiffres actuels, ils s'agirait plutôt "d'un haut plateau". Selon le dernier bilan Covid mercredi, 25.558 personnes sont hospitalisées pour des cas de coronavirus en France, dont 3041 en réanimation.

"On ne l'aura pas forcément"

Gilles Pialoux laisse toutefois la porte ouverte à l'espoir d'une amélioration, car l'évolution des indicateurs "est à confirmer évidemment - comme cela a été dit par les ministres - par des chiffres qui seront décisifs dans la semaine qui vient".

Comme la deuxième vague n'a pas été semblable à la première, cette troisième vague peut également prendre un visage différent. "Personne ne peut prédire actuellement l'intensité de cette troisième vague. On espère qu'elle sera peu importante, parce que justement on va maintenir une pression sur la dynamique de l'épidémie", explique Karine Lacombe.

Il ne faut pas non plus oublier que la circulation du coronavirus dépend des comportements individuels, et si les gestes barrières sont scrupuleusement respectés pendant les fêtes, il est aussi possible que la troisième vague n'existe pas vraiment.

"On ne l'aura pas forcément", tempère Odile Launay, "je pense que cela dépend de la façon dont les Français vont respecter les consignes qui leur sont données et en particulier les consignes de ne pas se retrouver trop nombreux et de respecter les mesures barrières au moment de ces fêtes de fin d'année".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV