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Covid-19: l'épidémiologiste Catherine Hill prédit une "situation de plus en plus mauvaise" avec les fêtes

"Tout ce qui relâche le système augmente la circulation du virus", a rappelé sur BFMTV l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill.

"Depuis quelques jours, le niveau des contaminations quotidiennes ne baisse plus" et l'impact de l'épidémie de Covid-19 sur le système hospitalier "reste majeur", a souligné lundi soir Jérôme Salomon, le Directeur Général de la Santé, mettant en garde contre "un risque élevé de rebond épidémique".

"Je savais que la situation allait se dégrader", a réagi sur BFMTV dans la soirée l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill, "parce qu'on a levé le pied du frein en sortant du confinement en ouvrant les magasins", et en élargissant la durée et l'espace des déplacements à 3 heures et 20km: "les gens se mettent à circuler, le virus circule".

"C'est très très mauvais"

"Tout ce qui relâche le système augmente la circulation du virus. La situation va devenir plus mauvaise avec les fêtes de Noël et le jour de l'an, ça c'est absolument certain", a estimé l'épidémiologiste. "Tout ça c'est très très mauvais. J'adore les fêtes de familles mais franchement en ce moment c'est pas une bonne idée".

"Les fêtes de fin d'année font craindre que des contaminations importantes intrafamiliales aient lieu, comme cela a été observé lors des fêtes de Thanksgiving au Canada puis aux États-Unis", a fait valoir lundi soir Jérôme Salomon.

Catherine Hill fait remarquer que déjà actuellement, au niveau des contaminations, mais aussi des personnes entrant en réanimation ou étant hospitalisées, les courbes ont arrêté de baisser ces derniers jours pour se stabiliser. "On est à 400 morts par jour, dont 30% dans les Ehpad, ça fait quand même beaucoup, et ça ne va pas s'arranger".

Nouvelles hospitalisations pour Covid-19 en moyenne par jour sur les sept derniers jours
Nouvelles hospitalisations pour Covid-19 en moyenne par jour sur les sept derniers jours © BFMTV

"Dépister massivement la population"

Pour l'épidémiologiste, il faut lancer une campagne massive de tests pour trouver et isoler les personnes positives. "Les gestes, les masques et tout ça, ce ne sont que des pis-aller. Si on veut contrôler complètement l'épidémie il faut changer complètement de stratégie, et il faut décider de dépister massivement la population, ce qu'on n'a jamais cherché à faire", a estimé Catherine Hill, pour qui le "Tester - tracer - isoler" vendu par le gouvernement ne fonctionne pas.

"On n'a jamais contrôlé l'épidémie, les cas qu'on a trouvés chaque jour c'est une toute petite fraction. L'Institut Pasteur nous dit que maintenant 10% de la population française a été contaminée, soit 6,5 millions. Tous les cas qu'on a trouvés aujourd'hui c'est 2 millions", soit un tiers des contaminations. "Tous les cas qu'on nous donne, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", a appuyé Catherine Hill.

Elle a également souligné que les dépistages sont aussi effectués trop tard, en moyenne 2 à 3 jours après l'apparition des symptômes, avec un résultat encore un jour après, soit quand la personne est devenue peu contagieuse. En ce sens, "il faut trouver les gens qui sont positifs, mais les trouver beaucoup plus vite que ce qu'on a fait jusqu'ici".

Courbe sur le potentiel contaminant d'une personne infectée par le Covid-19
Courbe sur le potentiel contaminant d'une personne infectée par le Covid-19 © BFMTV

Selon elle, la France n'arrivera pas à 5000 cas par jour le 15 décembre, d'autant qu'avec l'arrivée des tests antigéniques, plus rapides, le nombre de tests effectués pourrait augementer, et avec lui le nombre de personnes positives.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV