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Réforme des retraites: Édouard Philippe "droit dans ses bottes" pour la presse

Edouard Philippe

Edouard Philippe - Thomas SAMSON / POOL / AFP

REVUE DE PRESSE - De nombreux éditorialistes ont souligné la volonté de clarté du locataire de Matignon, tout en insistant sur les conséquences sociales de ses annonces.

Au lendemain du long discours d'Édouard Philippe, au cours duquel le Premier ministre a présenté l'architecture de la réforme des retraites, provoquant l'ire des syndicats dont la CFDT qui s'est rallié à la grève entamée la semaine passée, la presse nationale a souligné un chef du gouvernement "droit dans ses bottes" ce jeudi.

Pour le quotidien Libération, "Philippe mobilise Berger" (leader de la CFDT, ndlr). Laurent Joffrin y salue "le tour de force. Edouard Philippe fait un discours pour tenter d'apaiser le mouvement: il réussit à monter tout le monde contre lui."

"Le Premier ministre avait prévenu qu'il n'avait pas "'d'annonce magique' à formuler. Si, il en avait une: il a changé un drapeau blanc en chiffon rouge", ironise le directeur de la rédaction du quotidien de gauche.

"Bébé Juppé"

"Droit dans ses bottes?", s'interroge Guillaume Tabard du Figaro qui estime que le Premier ministre "perdra peut-être les derniers soutiens venus de la gauche" mais "gardera plus sûrement les soutiens plus récents venus de la droite".

Cécile Cornudet des Echos pense également qu'"Emmanuel Macron (...)ne veut pas prendre le risque de perdre son dernier socle, celui des électeurs de droite".

"S'il cale sur son ambition, ils le quitteront. S'il abîme ce qui lui reste d'image positive, une alternative pourra renaître entre lui et Le Pen", analyse-t-elle en trouvant ce pari "très risqué socialement."

"Edouard Philippe est un bébé Juppé", souligne Françoise Verna dans La Marseillaise qui le voit elle aussi "droit dans ses (vieilles) bottes" et "cornaqué désormais par un président de la République qui se moque comme de sa première chemise du monde du travail".

"Le mérite de Philippe est déjà d'être sorti de l'ambiguïté qui a pourri l'itinéraire de la réforme", juge Henry Lauret du Télégramme. Il trouve que "dans l'armoire de la réforme, manque l'essentiel: la confiance."

"Tempête sociale"

"Le président de la République et le gouvernement sont prêts à bloquer durablement le pays, à faire vivre aux Français, qu'ils soient grévistes ou non, des jours difficiles, pour une réforme qui n'est approuvée que par le seul Medef et plus exactement par le haut du panier du patronat", s'insurge Maurice Ulrich de L'Humanité.

Les éditorialistes sont nombreux à penser que la réforme des retraites va maintenant être soumise au verdict de la rue.

"C'est dans la rue, les gares et les écoles que se joue désormais l'avenir de cette réforme", lance Frédéric Vézard du Parisien.

Dans La Voix du Nord, Eric Dussart fait chorus: "Au-delà des effets de communication des uns et des autres, c'est la rue qui va maintenant donner son avis".

"Avec la pression de la rue qui va se maintenir, il est permis de douter aujourd'hui que l'exécutif ne fera pas d'autres reculades. Jusqu'à proposer un texte ressemblant à une coquille vide?", se demande Pascal Ratinaud de La Montagne.

"Reste à savoir si, dans le contexte actuel de colères multiformes, la lourde barque de cette réforme va pouvoir passer le cap de la tempête sociale," conclut Christophe Lucet dans Sud-Ouest.

Alors que dans La République des Pyrénées, Jean-Michel Helvig trouve que "tout se passe comme si le gouvernement s'était rangé à l'idée que quitte à affronter un inévitable conflit frontal avec tout ce que le pays compte d'opposants - politiques et sociaux - mieux valait charger la barque."

Didier Rose des Dernières Nouvelles d'Alsace pense que "le nez loin sur l'horizon, l'équipage Macron ne voit plus qu'il a perdu une part du pays au long de deux années de palabres, avec une mutinerie en prime."

H.S. avec AFP