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Qui sont ceux que les Républicains appellent déjà "des traîtres"?

Thierry Solère

Thierry Solère - THOMAS SAMSON / AFP

À la veille d'une défaite aux législatives et tandis que l'élection d'un nouveau président du parti se profile en novembre prochain, Les Républicains sont plus que jamais au bord de la scission.

"Ils sont dans l'indignité permanente. Le renouvellement, ce n'est pas de faire des magouilles, du tripatouillage à tous les étages pour essayer de se placer. Ils nous ont fait énormément de mal." Ambiance chez les Républicains, au sein desquels la porte-parole de campagne Florence Portelli fustige les "constructifs", tenants d'un rapprochement avec La République en marche. Les lemairistes Thierry Solère et Franck Riester, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le fidèle juppéiste Gilles Boyer? "Des traîtres génétiques", persifle un ténor du parti dans Le Parisien.

"Les traîtres, ce sont ceux qui ont participé à l'entreprise de démolition de notre campagne présidentielle en défendant l'indéfendable, en excusant l'inexcusable", réplique le lemairiste Sébastien Lecornu, président du conseil départemental de l'Eure. 

Thierry Solère s'étrangle: "Ceux qui sont responsables de nos échecs depuis quinze ans se permettent de nous donner des leçons ?"

La confiance au gouvernement comme frontière

La droite, qui s'apprête à essuyer un net revers aux élections législatives après son élimination d'une présidentielle jugée "imperdable" il y a un an, a déjà fixé la date de son grand règlement de compte: ce sera le 21 juin, lors d'un bureau politique des Républicains, trois jours après l'élection des nouveaux députés, et le même jour que la nomination du président du groupe Les Républicains au palais Bourbon.

La scission semble désormais inévitable entre les partisans d'une droite dure (Laurent Wauquiez en tête), bien décidée à ne pas voter la confiance au gouvernement d'Édouard Philippe, les personnalités proches des anciens LR devenus ministres d'Emmanuel Macron, et ceux, comme François Baroin, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, qui tentent de faire exister une droite "classique".

De ce point de vue, la manœuvre d'Emmanuel Macron pour faire exploser la droite (nomination d'Édouard Philippe à la tête du gouvernement, de Bruno Le Maire à l'Économie et de Gérald Darmanin aux Comptes publics) est un franc succès. Le Premier ministre, pour consolider sa position à Matignon et peser au sein de son gouvernement face au président du MoDem François Bayrou, doit lui-même s'employer à faire vivre la tendance "constructive" au sein de son ancien parti, le conduisant à l'implosion.

LR bis

Pour l'heure, "constructifs" et "droitiers" comptent leurs forces, l'enjeu de l'après législatives étant de savoir si les "constructifs" seront assez nombreux pour dominer le groupe Les Républicains à l'Assemblée, ou s'ils devront créer un groupe "LR bis". "Ça va être du 50-50", prédit un modéré. Dans L'Opinion, Thierry Solère assume une position encore plus tranchée: 

"Tu ne peux pas garder dans le même groupe les gens qui votent la confiance et ceux qui ne la votent pas", affirme l'ancien organisateur de la primaire de la droite.

"Nos rangs se sont éclaircis, mais la situation aussi", se félicitait presque Laurent Wauquiez en mai, citant le général de Gaulle. Les élections législatives risquent en effet de déboucher sur une anti-UMP, pensée comme une synthèse des droites, avec trois tendances: celle, avant tout libérale, des lemairistes et descendants juppéistes, celle, d'abord populaire, de Xavier Bertrand et François Baroin, et celle, surtout identitaire, des survivants du fillonisme et des héritiers de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. 

Louis Nadau