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Quand Darmanin étrillait Macron

Gérald Darmanin

Gérald Darmanin - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Il y a encore quelques mois, le nouveau ministre considérait qu'Emmanuel Macron serait le "poison définitif" de la Ve République.

Encore une preuve de la cruauté des archives en politique: avant d'être nommé ministre de l'Action et des Comptes publics dans le premier gouvernement d'Édouard Philippe, Gérarld Darmanin n'avait pas de mots assez durs à l'endroit d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, entre autres sur Twitter.

Avant de supprimer ses messages, le maire de Tourcoing avait vivement réagi lorsque le président de la République, alors encore candidat, avait affirmé que la colonisation était "un crime contre l'humanité". 

"Honte à Emmanuel Macron qui insulte la France à l'étranger", avait-il écrit, qualifiants ces propos de "crachats inacceptables d'Emmanuel Macron sur la tombe des Français tirailleurs, supplétifs, harkis morts pour une France qu'ils aimaient".

Tribune assassine

Une tribune au vitriole contre Emmanuel Macron, signée fin janvier 2017 dans L'Opinion est, elle, toujours consultable. On ne saurait se priver d'en citer de larges extraits. Le nouveau ministre d'Emmanuel Macron, exclu des Républicains avec ses coreligionnaires Édouard Philippe et Bruno Le Maire, écrit ainsi:

"Comme le caméléon, Emmanuel Macron change, se transforme sous nos yeux. De gauche, il l’est évidemment, par son histoire, ses actes, son créateur. Mais, ce qu’il est, surtout, c’est populiste. Et puis enfin, il y a le populisme light, nouveau, à visage humain, comme aurait dit l’autre : le bobopulisme de Monsieur Macron. (...) Un populisme chic, avec un beau sourire, de beaux costumes, une belle histoire. Il dit, comme dans le roman de George Orwell, le contraire de ce qu’il est ('je suis contre le système') alors qu’il est bien sûr le pur produit du système. On ne fait pas mieux : beaux quartiers, belles études, belle fortune, belles relations. (...)
Le bobopulisme c’est la version light, la version Canada Dry de tout ce que l’on connaissait déjà. Il s’intéresse aux citoyens de la mondialisation heureuse. Il est le candidat de ceux qui réussissent et de ceux qui vont réussir. Mais derrière ce populisme, se cache le drame de la France : celui de ne pas dire la vérité aux Français, de ne pas faire de réformes, de ne pas préciser ses intentions. C’est la fin de la Ve République telle qu’on la connaît : Emmanuel Macron n’aura pas de majorité, ou alors de circonstances, et cela durera ce que dure les amours de vacances. Loin d’être le remède d’un pays malade, il sera au contraire son poison définitif. Son élection, ce qu’au diable ne plaise, précipiterait la France dans l’instabilité institutionnelle et conduira à l’éclatement de notre vie politique."

L'ancien sarkozyste, aussi courtisé par le camp Juppé pendant la primaire de la droite, semble avoir adouci son jugement à la faveur de sa nomination au gouvernement. 

Louis Nadau