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Présidentielle: les fonctionnaires continuent de se droitiser, et Fillon ne leur fait pas peur

François Fillon lors d'une visite à L'Institut Universitaire du Cancer de Toulouse, le 4 juin 2015.

François Fillon lors d'une visite à L'Institut Universitaire du Cancer de Toulouse, le 4 juin 2015. - REMY GABALDA / AFP

La droitisation des fonctionnaires se poursuit. Elle profite en particulier à la droite républicaine et à François Fillon, dont le programme libéral n'effraye pas autant qu'on pourrait le penser. C'est le constat établi par une enquête du Cevipof menée début décembre auprès de plus de 18.000 personnes.

Le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) mène depuis novembre 2015 une grande enquête électorale en vue de la présidentielle. La dernière vague de cette étude a été réalisée auprès de 18.013 personnes début décembre, et s'attache aux intentions de vote des fonctionnaires. Elle révèle que la droitisation de l'électorat fonctionnaire se poursuit, et se fait au profit de la droite parlementaire et du centre et au détriment du Front national, qui baisse dans les intentions de vote par rapport au mois de mai mais reste majoritaire.

"En mai 2016, la vague 4 de l’Enquête nous apprenait que 41% des salariés du public (en suffrages exprimés) contre 31% des salariés du privé voteraient pour un candidat de gauche au premier tour de l’élection présidentielle de 2017. En décembre 2016, ces chiffres sont à réviser sérieusement à la baisse puisque les salariés du public voteraient pour un candidat de gauche entre 29% et 39,5% en fonction de l’offre de candidature alors que les salariés du privé se situeraient entre 22% et 30%", peut-on lire dans l'enquête. 

Le programme libéral de Fillon ne fait pas peur

De manière générale, en y incluant Emmanuel Macron, les candidats de droite et du centre réuniraient de 39 à 49% des votes du secteur public, contre 46% à 54% dans le secteur privé. Marine Le Pen, elle, se situerait à 21 ou 22% dans le public, et 23 à 24% dans le privé. Dans le détail, ce qui surprend surtout, c'est la percée effectuée par François Fillon, qui prend au sein de cet électorat une importance non négligeable, malgré un programme très libéral: suppression de 500.000 emplois de fonctionnaires pendant le quinquennat, passage aux 39 heures payées 37 heures, alignement des régimes de retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé.

"Les propositions très libérales de ce dernier (...) posent la question de savoir si les fonctionnaires n’allaient pas se réorienter à gauche. La réponse est négative, même si son amplitude dépend de l’offre politique socialiste et centriste", détaille l'enquête. 

Fillon en deuxième position

L'étude imagine plusieurs hypothèses pour la présidentielle: avec ou sans la candidature de François Bayrou, et en tablant sur les victoires de Manuel Valls ou d'Arnaud Montebourg à la primaire de gauche. Dans tous les cas de figure, c'est Marine Le Pen qui arrive en tête. Elle oscille entre 20,7% et 22,2% des intentions de vote des fonctionnaires. François Fillon se situe en deuxième position, avec de 18,8 à 21% des intentions de vote. Soit environ 5 points de plus que le meilleur candidat de la gauche, soit Manuel Valls (de 15,3 à 16,5%), soit Jean-Luc Mélenchon (de 15,2 à 16,7%). 

"Quelles que soient les hypothèses, les intentions de vote en faveur de Manuel Valls sont encore plus basses en décembre 2016 que celles enregistrées en mai 2016 en faveur de François Hollande, avec une perte d’attractivité du candidat socialiste variant selon les fonctions publiques de 2 à 3 points en moyenne", résume aussi l'étude. 

A l'hôpital, Marine Le Pen et François Fillon l'emportent

Par catégories de métiers, c'est Manuel Valls qui arrive en tête chez les enseignants, juste devant Jean-Luc Mélenchon. Marine Le Pen, elle, a la préférence des policiers et militaires, loin devant François Fillon, qui fait tout de même mieux chez eux que ce que faisait Nicolas Sarkozy, dont la politique de réduction des effectifs avait été très mal vue. 

Marine Le Pen, François Fillon (malgré ses propositions concernant la réforme de la fonction publique ou de la sécurité sociale) et Emmanuel Macron obtiennent leurs meilleurs scores dans la fonction publique hospitalière, Manuel Valls dans la fonction publique d'Etat et Jean-Luc Mélenchon dans la fonction publique territoriale.

"Cette nouvelle orientation politique des fonctionnaires, qui n’épargne même pas les enseignants, ne doit cependant pas cacher les distorsions très puissantes qui séparent dans chaque fonction publique les cadres des employés sur le terrain des valeurs politiques. À ce titre, le Front national semble s’être durablement inscrit dans l’univers politique de la catégorie C même si François Fillon y joue désormais un rôle non négligeable", conclut les auteurs de l'étude. 

Charlie Vandekerkhove