BFMTV

Pourquoi les sondages ne testent pas tous les candidats au second tour?

-

- - -

Alors que les sondages donnent Emmanuel Macron et François Fillon gagnants contre Marine Le Pen, rien n'interdit aux instituts de tester d'autres hypothèses de second tour.

Pourquoi les sondages n'envisagent-ils jamais davantage d'hypothèses lorsqu'ils testent les duels de second tour de la présidentielle? Alors qu'Emmanual Macron et François Fillon, les mieux placés dans les sondages pour disputer un duel face à Marine Le Pen le 7 mai, peuvent s'appuyer sur les "hypothèses de second tour" pour faire valoir l'idée d'un "vote utile", aucun autre duel incluant leurs poursuivants du premier tour n'est envisagé par les enquêtes d'opinion.

Une règle souple

Un état de fait que la loi n'encadre que très indirectement, alors même que l'impact positif ou négatif des sondages sur une candidature est encore en débat. Aujourd'hui, les sondeurs s'en tiennent à la règle du jeu édictée par la Commission des sondages, dans une recommandation du 1er février 2008:

"En ce qui concerne les hypothèses de second tour, la commission rappelle qu’il serait dans l’idéal préférable d’attendre les résultats définitifs du premier tour pour en publier. (...) Dans le cas d’une publication dès avant le premier tour d’un sondage de second tour, les instituts, s’ils ne publient qu’une hypothèse de second tour, doivent publier celle qui oppose les deux candidats ou les deux listes qui arrivent en tête du sondage 'premier tour'. Cela étant, la commission recommande, lorsque les scores établis pour le premier tour sont suffisamment proches pour que, compte tenu des marges d’incertitude qui les affectent, l’identité des candidats ou des listes qualifiés pour le second tour soit incertaine, que soient testées et publiées plusieurs hypothèses de second tour."

Dans une décision du 23 mars 2009, la Commission précise:

"La commission admet toutefois qu’une seule hypothèse soit testée dès lors que ce choix est cohérent avec les résultats obtenus s’agissant du premier tour."

Autrement dit, rien n'empêche les instituts de publier plus d'une hypothèse de second tour, ni de tester des duels impliquant des prétendants moins bien placés dans les intentions de vote du premier tour.

"S'en tenir au raisonnable"

En pratique, les instituts de sondage ne testent que les candidats dont le score entre dans la marge d'erreur - variant elle-même d'un sondage à l'autre - pour atteindre les deux premières places.

François Kraus, de l'institut Ifop, estime par exemple "possible que Jean-Luc Mélenchon (qui pointe à 17%, NDLR) soit testé s'il est qualifiable". "On voulait s'en tenir au raisonnable", explique-t-on à la Commission des sondages pour justifier cette règle. "Personne ne croit que les prévisions de second tour sont exactes", ose notre interlocuteur. "Tester l’hypothèse d’un second tour ‘farfelu’, cela voudrait dire qu’on crée un événement", détaille dans Marianne Martial Foucault, directeur du Cevipof. "On ne veut pas influencer le choix des électeurs en leur soumettant des seconds tours qui n’ont pas lieu d’après notre étude".

Objectivité et qualité de la prévision électorale

La Commission des sondages est constituée de 9 membres, dont deux sont issus du Conseil d'Etat, deux de la Cour de cassation, deux de la Cour des comptes et trois sont des "personnalités qualifiées en matière de sondages désignées, respectivement, par le Président de la République, le président du Sénat et le président de l'Assemblée nationale".

Chargée par la loi d'"assurer dans le domaine de la prévision électorale l'objectivité et la qualité des sondages publiés", la Commission peut forcer les instituts de sondage à publier une "mise au point" en cas d'entorse à la législation. Pour l'heure, et alors que quatre candidats se tiennent en six points dans les sondages, il n'est pas question que la Commission modifie ses recommandations sur les hypothèses de second tour.

Louis Nadau