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"Piquer" chez son adversaire ses "idées": quand Edouard Philippe expliquait comment faire campagne

Edouard Philippe aime comparer la politique à la boxe.

Edouard Philippe aime comparer la politique à la boxe. - Charly Triballeau - AFP

Un documentaire sur la campagne des municipales de 2014 dévoile la personnalité du député-maire du Havre, qui est devenu le premier Premier ministre de la présidence Macron.

Conception du pouvoir, stratégie électorale... le réalisateur de Mon pote de droite lève le voile sur la carrière d'Edouard Philippe. Inconnu du grand public, il y a encore quelques semaines, le député-maire fait désormais l'objet toutes les attentions alors qu'il vient d'être nommé Premier ministre par Emmanuel Macron. Dans un documentaire, son ami de classe de prépa, le journaliste Laurent Cibien, le raconte et met en avant un fin stratège politique et un homme qui apparaît proche de ses administrés.

> "Mobiliser son électorat, démobiliser l’autre": comment faire campagne

En 2014, Edouard Philippe est candidat à sa réélection à la tête de la mairie du Havre qu'il dirige depuis 2010. Une première campagne pour celui qui a succédé à l'ancien maire en milieu de mandat en 2010. Choix des colistiers, appels à ceux qui ne sont pas retenus, affiches de campagne... le très proche d'Alain Juppé a la main sur tout. Laissant ainsi apparaître une forte ressemblance avec un certain Emmanuel Macron. Comme lui, il forme également ses soutiens à faire campagne. 

"Tout ce qui consiste à attirer des électeurs qui ne viendraient pas spontanément sur vous, vous le faites en amont et plus vous vous rapprochez de l’élection et plus vous essayez de mobiliser les gens qui ont vocation à voter pour vous", lance Edouard Philippe à ses militants lors d'une réunion filmée par Laurent Cibien. 

La similitude avec le nouveau président de la République ne se ressent pas que sur la forme. Nommé lundi Premier ministre, Edouard Philippe aura la lourde tâche de rassembler des personnalités issues de différentes familles politiques. L'homme pourrait bien appliquer ses méthodes pour les législatives. "Mobiliser son électorat, démobiliser l’autre. Vous pouvez le démobiliser en allant piquer chez lui des idées, des postures, des programmes." 

"Quand vous faites de la politique, vous devez avoir en permanence le souci de bien gouverner et le souci de gagner, poursuit-il. Il y a un aspect politicien à toute chose mais ceux qui ne pensent qu’à l’aspect politicien ne valent rien. Les gens qui pensent qu’aux aspects de fond ont des belles âmes mais comme ils gagnent pas, on en a un peu rien à faire."

> "L'important c'est de gagner"

La boxe et la politique, deux matières qui se ressemblent pour Edouard Philippe. Le député-maire du Havre est un fervent adepte du sport de combat. La campagne pour les municipales, "t'es à la pesée, tu te concentres et tu y vas", assure-t-il dans le documentaire Mon pote de droite. La conquête des électeurs, "c’est comme à la boxe quand vous passez du pied droit au pied gauche". Et à la fin, le but est le même: remporter la victoire. 

"Comme tout le monde s’attend à ce que je gagne, si je gagne, on va dire ‘oui mais bon’, ‘et puis en face ils étaient pas si bons’, ‘et puis le contexte a aidé’, et puis, et puis, et puis… Moi je m’en fiche, l’important c’est de gagner", assure Edouard Philippe.

Il y a un an, l'opinion publique connaissait à peine son nom, à part comme proche d'Alain Juppé. Sa nomination représente un véritable bouleversement dans la vie politique française. "C’est vrai que gagner à la surprise générale c’est encore plus beau", confiait-il à son ami réalisateur en 2014.

> "Décider des nominations"

Edouard Philippe est largement interrogé dans ce documentaire sur la définition du pouvoir. "C’est mystérieux, c’est spontané, c’est acquis, je ne sais pas, débute le maire du Havre. Les gens pensent qu’ils peuvent transformer une donnée pour faire en sorte qu’elle fonctionne mieux. Il y a des gens, c’est une ville." Selon lui, l'importance est de ne pas perdre de vue l'aspect éphémère du pouvoir. "Il faut être conscient du pouvoir que tu peux avoir, conscient qu’on te le prête, qu’on te le confie et qu’on te le reprendra quoiqu’il arrive", développe l'ancien porte-parole d'Alain Juppé pendant la primaire de la droite et du centre.

Il y voit toutefois un aspect, qui pourrait l'avoir préparé à Matignon. "Il y a un élément du pouvoir qui est central, c’est la capacité à nommer, insiste-t-il. Décider des nominations. Le pouvoir du maire, c’est le pouvoir de constituer sa liste. De dire ce sera lui, et pas un autre. C'est un vrai élément d’autorité et de responsabilité car depuis Spiderman on sait qu’avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités."

> Bière et chant, un politicien à la cool

Dans son bureau, lors des réunions avec ses équipes... le documentaire mêle scène de la réalité à anecdotes humoristiques. "Je me méfie beaucoup du délire mégalomaniaque. Pas tellement de mon délire mégalomaniaque, il est déjà très avancé mais du fait que malheureusement ça pourrait se remarquer", lance-t-il lors d'une réunion précisant qu'il s'agit de second degré avant d'enchaîner sur une imitation de Nicolas Sarkozy.

Avec autodérision, il lance à son ami réalisateur Laurent Cibien : "il est suffisamment gauchiste pour ne pas m'obéir".

Bière à la main au soir du premier tour des élections municipales - une Corona, comme les apprécie Jacques Chirac -, adepte de Twitter, au moment des premiers résultats, Edouard Philippe se lance dans un morceau de musique en jouant de la batterie avec ses mains sur son bureau. 

J.C.