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Quand Edouard Philippe écrivait sur Emmanuel Macron

Emmanuel Macron et Edouard Philippe le 1er février 2016.

Emmanuel Macron et Edouard Philippe le 1er février 2016. - LOIC VENANCE / AFP

Le député-maire du Havre, pressenti pour être nommé Premier ministre par le nouveau président de la République, a tenu une chronique pour Libération durant la campagne. Et il n'a pas eu des mots toujours tendres à l'égard d'Emmanuel Macron.

Depuis janvier 2017 et jusqu'au début du mois de mai, Edouard Philippe, le député-maire Les Républicains du Havre, a tenu une chronique pour Libération. Un travail éditorial décliné en une quinzaine de textes, lors duquel il a largement évoqué la campagne présidentielle et ses acteurs, parmi lesquels Emmanuel Macron. Et celui qui est pressenti comme Premier ministre n'a pas toujours eu des mots tendres à l'égard du nouveau président de la République.

C'est dans sa toute première chronique, datée du 18 janvier et répondant à la question "Qui est Macron?", que le juppéiste s'est montré le plus incisif. Evoquant Emmanuel Macron comme un "banquier technocrate", il estimait alors que celui-ci, comparé à Pierre Mendès France ou à JFK, avait moins de charisme que Kennedy et moins de principe de Mendès France.

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- © Capture d'écran Libération.

Dans ce texte, Edouard Philippe explorait la comparaison entre Emmanuel Macron et Brutus, le fils adoptif parricide de César. 

"Non, le Romain qui ressemble le plus à Macron, ce n’est pas Brutus, c’est Macron. Naevius Sutorius Macro, dit Macron, haut fonctionnaire (si si) devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes, il finira par l’assassiner", écrit Edouard Philippe, qui en profite pour dénoncer les attaques sexistes à l'égard de Brigitte Macron: 

"Ce qui est certain, c’est que ce Macron, personnage mineur de l’histoire romaine, mettra fin à ses jours et à ceux de sa femme sous la pression de Caligula. On ne souhaite cela ni à son homonyme ni à Brigitte qui, elle, m’apparaît à chaque nouvelle critique de goujats machistes plus sympathique encore", ajoute-t-il. 

Macron "n'assume rien mais promet tout"

Le maire du Havre estimait ensuite qu'Emmanuel Macron "n'assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier".

"De quoi restera-t-il le nom? D’une révolution manquée ou d’une victoire éclair? D’une trahison misérable ou d’une ambition démesurée?", s'interrogeait le député quadragénaire. 

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- © Capture d'écran Libération

Au fil des chroniques et à mesure que la présidentielle approche, le ton s'est quelque peu adouci. Le 29 mars, Edouard Philippe se disait cependant pas certain qu'Emmanuel Macron accède au second tour face à Marine Le Pen. Il misait encore sur la présence de François Fillon.

"Si c’est Macron (qui accède au second tour face à Le Pen), ce qui ne me semble pas certain, il devra rassembler à droite, et il sera probablement en mesure de le faire. Si c’est Fillon, ce qui est tout à fait possible, il devra rassembler à gauche… ce qui sera moins simple", écrit-il. 

"Ouvrir, c'est simple. Transgresser, c'est plus dur"

Après le premier tour, le 3 mai, il s'interrogeait enfin sur la capacité du finaliste à se défaire du "système" qu'il dénonce. Dans l'entre-deux tours, il avait apporté clairement son soutien à Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. 

"Si c’est Emmanuel Macron (qui gagne au second tour), il devra transgresser", écrivait Edouard Philippe. "Sortir du face-à-face ancien, culturel, institutionnalisé et confortable de l’opposition droite-gauche pour constituer une majorité d’un nouveau type. Son chemin sera étroit. Et risqué. On imagine mal le fameux 'système' se laisser faire", estimait-il.

"La transgression, c’est s’affranchir des règles anciennes pour en créer des nouvelles. Trianguler et ouvrir, c’est simple. Ça a déjà été tenté. Ça n’est pas très efficace. Transgresser, c’est plus dur", ajoutait le député, visiblement pessimiste. 

Charlie Vandekerkhove