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Qui est Edouard Philippe, le juppéiste nommé Premier ministre par Macron?

Edouard Philippe et Emmanuel Macron en février 2016.

Edouard Philippe et Emmanuel Macron en février 2016. - AFP

PORTRAIT - Le maire du Havre a été nommé officiellement Premier ministre. A 46 ans, cet énarque a d'abord milité au Parti socialiste avant de devenir un fidèle parmi les fidèles d'Alain Juppé.

Il a remporté le match ce lundi face aux prétendants. Edouard Philippe est devenu Premier ministre, le premier de l'ère Macron. Le nom du nouveau locataire de Matignon était évoqué depuis quelques semaines. "Edouard Philippe est un homme de grand talent" a salué Alain Juppé, estimant que le maire du Havre a "toutes les qualités pour assumer la fonction difficile que le présidnet de la République vient de lui confier".

Né à Rouen, en Seine-Maritime, Edouard Philippe a grandi dans un milieu plutôt à gauche. Diplômé de Sciences Po Paris en 1992, c'est d'ailleurs auprès du Parti socialiste, au cours de ses études, qu'il fait ses premières armes de militant, lui le fervent soutien de Michel Rocard. "J'avais grandi dans un milieu plutôt à gauche où l'on votait socialiste, et il y avait chez lui un côté social-démocrate assumé qui m'allait bien", confiait-il au Point en juillet 2016 dans une interview pour rendre hommage à celui qui est à l'origine de son engagement politique.

Militant au PS dans sa jeunesse

Edouard Philippe milite pendant deux ans au PS avant de rendre sa carte et de se rapprocher de la droite. Entre-temps, il poursuit un cursus classique. Issu de la promotion Marc-Bloch de l'ENA, il intègre le Conseil d'Etat. Sans mettre de côté sa carrière politique. Progressivement, le spécialiste en droit des marchés publics fait son trou aux côtés d'Antoine Rufenacht, maire du Havre entre 1995 et 2010, directeur de la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 2002 et conseiller politique de Nicolas Sarkozy lors de la primaire de la droite et du centre en 2016. 

Antoine Rufenacht laisse sa place à l'hôtel de ville du Havre en 2010 à Edouard Philippe, qui s'est pour sa part déjà rapproché d'Alain Juppé. Candidat malheureux en Seine-Maritime aux législatives de 2002, cette même année, il épaule l'actuel maire de Bordeaux pour fonder l'UMP. Cette proximité se mue en véritable complicité. Quand Alain Juppé est condamné par la justice en 2004 à 18 mois de prison avec sursis, Edouard Philippe rejoint le secteur privé. Quand le maire de Bordeaux entre au gouvernement de Nicolas Sarkozy en 2007, il intègre son cabinet. Quand Alain Juppé le quitte, en 2008, défait aux législatives, Edouard Philippe rejoint Areva comme directeur des Affaires publiques.

"Un bosseur"

C'est tout naturellement qu'Edouard Philippe, devenu en 2012 député de la 7e circonscription de Seine-Maritime, devient l'un des porte-parole d'Alain Juppé pendant la primaire de la droite et du centre. Après la défaite de son candidat, et en pleine affaire Penelope Fillon, il se met en retrait de la campagne présidentielle de François Fillon.

Selon le Canard Enchaîné, le maire du Havre doit lancer cette semaine un nouveau parti, fondé avec le maire de Valenciennes, pour se distancier de la position jugée trop droitière des Républicains. Amateur de bière, il aime notamment la "Corona" comme l'ancien président de la République Jacques Chirac. Signe d'un avenir aux côtés du président actuel?

Chacun s'accorde pour dire qu'Edouard Philippe, aujourd'hui âgé de 46 ans, est "un bosseur". "Pour avoir beaucoup travaillé avec lui, moi ce qui m’impressionne c’est sa faculté à ingurgiter, être capable à absorber très vite des dossiers très différents, les uns des autres", détaille Agnès Firmin-Le Bodo, adjointe au maire au Havre et candidate à la succession d'Edouard Philippe - qui a choisi sa mairie dans le cadre de la loi sur le cumul des mandats - pour les législatives de juin. 

"Dénué d'états d'âme"

Edouard Philippe présente aussi l'avantage d'être considéré comme Macron-compatible. "C'était un vrai centriste, drôle et sympathique, ami aussi bien avec des gens de gauche que de droite", rapporte à Challenges un de ses anciens camarades de l'ENA. Lors du vote sur la loi pour le Mariage pour tous, il avait choisi de s'abstenir, tout comme neuf autres députés LR. Son ancien collègue sur la primaire de la droite et du centre, n'a aucun doute sur ses capacités. Il a "l'expérience", et les épaules pour assumer cette fonction (celle de Premier ministre, NDLR), a estimé sur RTL Gilles Boyer, qui voit en Edouard Philippe un choix de "l'audace". Avant de se faire catégorique: "Si j'étais président de la République, je le nommerais Premier ministre."

Edouard Philippe a toutefois ses détracteurs. "C'est un homme froid et distant, une énigme pour moi", raconte à Challenges Lionel Tardy, député filloniste de Haute-Savoie. "Dénué d'états d'âme", le maire du Havre aurait une "ambition démesurée", décrit la journaliste Gaël Tchakaloff dans son livre Lapins et merveilles. "Je prends des coups, j’en donne aussi. J’apprends. C’est un sport qui rend humble", expliquait Edouard Philippe dans une interview à LCI, en octobre dernier. Passionné de boxe, un sport qu'il pratique trois fois par semaine, ce cogneur en aura besoin s'il rejoint l'"enfer de Matignon".

Justine Chevalier