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Pauvreté, chômage, immigration clandestine: Emmanuel Macron attendu de pied ferme à Mayotte

Emmanuel Macron lors de son dernier voyage officiel à Mayotte, en 2017

Emmanuel Macron lors de son dernier voyage officiel à Mayotte, en 2017 - Eric Feferberg - AFP

Le président français devra répondre aux inquiétudes de la population mahoraise, qui réclame plus d'investissements pour renforcer les services publics de l'île et lutter contre l'immigration clandestine.

Emmanuel Macron est attendu ce mardi à Mayotte. En mai 2018, d'importantes grèves avaient paralysé l'économie du 101e département français durant six semaines. Les Mahorais protestaient notamment contre l'immigration clandestine, qu'ils estiment responsable de l'insécurité, de la pauvreté et de la saturation des services publics sur l'île.

Plus d'un an après avoir présenté le Livre Bleu des Outre-mer, dans lequel il fixait trois priorités pour Mayotte - la sécurité, l'immigration et la santé -, Emmanuel Macron est donc attendu de pied ferme par les habitants de l'archipel sur ces thèmes.

Lutte contre l'immigration clandestine

L'immigration clandestine est l'une des principales sources d'inquiétude et de colère de la population dans ce jeune département français, où 48% des habitants sont étrangers, selon l'Insee. Ce ratio inédit - la moyenne nationale est de 6,5% d'étrangers - est le fait d'une importante immigration en provenance des Comores, l'un des États les plus pauvres au monde, et dont l'île la plus proche, Anjouan, n'est située qu'à 70 km des côtes mahoraises. Selon l'Insee, 95% des étrangers de Mayotte sont Comoriens. De plus, un étranger sur deux était clandestin (environ 66.000 personnes) en 2015, selon l'Insee.

Cette situation est régulièrement dénoncée par les élus locaux, qui réclament plus de moyens pour enrayer les arrivées de kwassas-kwassas, ces embarcations de fortune transportant les migrants, souvent au péril de leur vie.

Pour répondre aux sollicitations des Mahorais, le gouvernement a déjà intensifié depuis plusieurs mois les contrôles et les reconduites vers les Comores avec la mise en place en août l'"opération Shikandra". Lors de son déplacement, Emmanuel Macron viendra ainsi constater le déploiement de ce plan civilo-militaire de lutte contre l'immigration clandestine, qui comprend notamment des effectifs militaires et douaniers supplémentaires, ainsi qu'une consolidation de la lutte en mer, avec une augmentation du nombre des navires intercepteurs et une meilleure surveillance aérienne.

Le département français le plus pauvre

Mais pour le député Les Républicains Mansour Kamardine, ces mesures sont "notoirement insuffisantes" et "les Mahorais attendent un renforcement rapide et conséquent des moyens humains et matériels de lutte contre l'insécurité et de maîtrise des frontières". Car "résoudre le problème de l'immigration est un préalable pour avancer sur les questions économiques et de développement" de Mayotte. C'est d'ailleurs sur les questions du chômage et de la pauvreté sur l'île qu'Emmanuel Macron est également très attendu lors de son déplacement dans le plus pauvre des départements français.

Sur l'île, le taux de chômage a atteint 35% en 2018 (20% en 2014) alors qu'il s'établit entre 18% et 23% dans les autres DOM. Près d'un tiers de la population vit dans un logement sans eau courante et l'illettrisme pour les 16 à 64 ans dépasse les 40%, d'après l'Insee. Pas moins de 84% de la population vit par ailleurs sous le seuil de pauvreté.

Une grande précarité vivement dénoncée par le collectif Les Citoyens de Mayotte et son porte-parole, Saïd Mouhoudhoiri:

"Le sentiment que nous ressentons aujourd'hui c'est qu'on se fout de nous. Dans un pays, quand on n'a pas un minimum de garanties, où est-ce qu'on va? On ne peut pas faire grand chose", a-t-il estimé au micro de BFMTV, faisant notamment référence au RSA qui s'élève à 280 euros sur l'île, contre 550 en Métropole.

Des services publics saturés

Emmanuel Macron devrait aussi utiliser son déplacement à Mayotte pour annoncer de nouvelles mesures relatives aux services publics de l'archipel. La population mahoraise s'inquiète de leur saturation, notamment de l'hôpital (en 2017, les trois quarts des bébés nés à Mayotte avaient une mère étrangère, selon l'Insee) et des écoles, où certaines classes fonctionnent par rotation, faute de places.

"Il n'y a pas assez de médecins pour soigner tout le monde, a déclaré Safina, une habitante de l'île, sur BFMTV. Ça m'est arrivé plusieurs fois d'aller en urgence à l'hôpital et de ne pas avoir été prise en charge. Ce sont des choses que nous vivons tous les jours."

Cet été, le gouvernement a annoncé un plan de rénovation et d'investissement de 1,6 milliard d'euros pour Mayotte. Mais pour beaucoup d'habitants, ses effets se font encore attendre.

Il s'agira également pour Emmanuel Macron de faire oublier la polémique qui avait entaché son dernier voyage officiel sur l'île en juin 2017. Le président français avait tenté une blague douteuse sur les "kwassa-kwassa", ces bateaux de pêches mahorais qui selon lui servent moins à pêcher qu'à "amener du Comorien" à Mayotte.

Juliette Mitoyen avec AFP