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Mélenchon: "Le PS est le seul zoo où les animaux se gardent entre eux"

Le leader de la France insoumise reproche au candidat socialiste de n'être maintenu lors du premier tour de l'élection présidentielle. Un retrait aurait permis à Benoît Hamon d'obtenir le poste de Premier ministre, assure Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon ne digère pas sa défaite à la présidentielle. Dans une interview accordée au quotidien La Provence, le leader de la France insoumise refait le match de l’élection et attribue directement son échec au maintien de Benoît Hamon lors du premier tour:

"Benoît Hamon n’a pas été capable de prendre la décision qu’il fallait prendre. S’il avait retiré sa candidature, il serait aujourd’hui Premier ministre et moi président de la République. Les lois de l’Histoire n’annulent pas la responsabilité des décisions individuelles. Macron et Bayrou ont su saisir les occasions. Nous aussi. Pas lui", assure celui qui est arrivé quatrième lors de l’élection présidentielle en récoltant 19,58% des suffrages exprimés, loin devant le candidat socialiste qui n’a obtenu que 6,36% des voix.

Mélenchon tire à boulets rouges sur le PS

Jean-Luc Mélenchon peine toujours à accepter la stratégie adoptée par le Parti socialiste en avril dernier: "Lors de la présidentielle, le PS préférait faire un score groupusculaire plutôt que de nous voir gagner", souligne-t-il en rappelant que l’intention de la France insoumise "était de prendre la tête du courant dégagiste".

"La décision s’est jouée de si peu au premier tour", regrette encore le député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône.

Loin d’être tendre avec son ancienne formation politique, Jean-Luc Mélenchon poursuit: "Le Parti socialiste est le seul zoo de France où les animaux se gardent entre eux". "La vieille gauche est à bout de souffle. Cela ne m’empêche pas de jeter la rancune à la rivière. Je tends la main à Hamon", tempère-t-il toutefois, estimant malgré tout que les anciens "frondeurs" socialistes "représentaient tout ce que les gens détestent". Et de résumer:

"Nous sommes à l’heure où les feux de la vigilance sont allumés et toutes les mauves graisses fondent, en quelque sorte".

Vers les municipales?

Après s’être offert une permanence de 2.000m², Jean-Luc Mélenchon chercherait actuellement un logement dans la cité phocéenne. De quoi s’interroger sur ses ambitions en vue des prochaines échéances électorales.

Mais sur ce sujet, le leader de la France insoumise préfère botter en touche: "Les élections municipales auront lieu en 2020 ou 2021. Anticiper des bagarres de cette nature quatre ans à l’avance n’a pas de sens. Je suis un homme politique qui doit diriger un grand mouvement national. Et mon objectif, c’est la conquête du pouvoir national. C’est cela que je dois essentiellement préparer".

Le combat face à Macron

"Il a vu, comme moi, le dégagisme qui montait dans le pays". Si Jean-Luc Mélenchon reconnaît qu’Emmanuel Macron a senti lui aussi le vent tourner, les points communs entre les deux hommes s’arrêtent là. Avec les 16 autres députés "insoumis" et les onze communistes, Jean-Luc Mélenchon veut incarner "le retour contre le monde actuel".

Celui qui se dit à la tête de la première force d’opposition est prêt à s’engager dans une bataille contre le chef de l’État: "Nous sommes dans un bras de fer et, à la fin, ce sera lui ou nous. Nous avons réveillé l’esprit de la résistance du pays et tout ébranlé autour de nous jusque dans les rangs d’En marche. Cela explique la violence verbale d’Emmanuel Macron. Il s’adresse à la famille libérale en général pour dire: ‘C’est moi le chef et maintenant, on leur rentre dedans’", conclut Jean-Luc Mélenchon.

La réponse de Mélenchon

Sur son site internet, Jean-Luc Mélenchon s'est empressé de répondre pour commenter le traitement médiatique de cette interview. Le leader de la France insoumise regrette l'importance accordée à ses propos sur Benoît Hamon plutôt qu'à ses analyses sur "la situation actuelle". Il déplore une "machine à buzz" et critique plus largement les "90% de médias" possédés par "neuf milliardaires".

Jean-Luc Mélenchon s'estime victime d'une "offensive médiatique", à l'origine selon lui d'une "diabolisation de l'opinion" qui "vise particulièrement la France insoumise". Il reproche par ailleurs aux médias de vouloir créer la division et rappelle que Benoît Hamon a lui aussi pris la décision de participer à la marche du 23 septembre contre les ordonnances réformant le code du travail, un "acte courageux", félicité par "tous les porte-parole de la France insoumise", assure-t-il.

dossier :

Benoît Hamon

P.L avec AFP