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Mélenchon: "Avec Macron, Fillon, Le Pen, vous allez cracher du sang"

A Lille, dans une salle du Grand Palais comble, Jean-Luc Mélenchon a fustigé le libéralisme de ses adversaires. Il a aussi rendu les coups après avoir subi diverses attaques ces derniers jours. Il n'a pas répondu, en revanche, à François Hollande qui a dit voir un "péril" dans sa campagne.

On attendait la réponse de Jean-Luc Mélenchon à François Hollande qui a déclaré la chose suivante dans un entretien à paraître ce jeudi dans Le Point: "Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte", dans une référence évidente à Jean-Luc Mélenchon, dont on souligne souvent les qualités oratoires. Mais, à Lille, devant une salle de 12.000 personnes bondée, devant laquelle se pressaient encore des milliers de personnes n'ayant pas pu trouver place à l'intérieur, Jean-Luc Mélenchon a ignoré la sortie du chef de l'Etat, avec lequel il entretient une longue inimitié. 

Jean-Luc Mélenchon se moque des médias

Ce silence apparaît d'autant plus éloquent que Jean-Luc Mélenchon n'a, par ailleurs, pas dédaigné de répondre aux attaques qu'il a subies sur plusieurs fronts ces derniers jours, devant sa progression dans les sondages. Posant le pied sur l'estrade rectangulaire sur laquelle il a pris l'habitude de conférer, au centre de la foule, il s'est longuement amusé du traitement médiatique en provenance d'une partie de la presse depuis ce début de semaine. Il a notamment cité un éditorial paru dans Le Figaro sous le titre "Maximilien Ilich Mélenchon", un intitulé accolant les prénom de Maximilien de Robespierre et nom de Vladimir Ilich Oulianov, dit Lénine. Etendant plus largement sa critique à la presse, il a lancé:

"Les journaux sont en train de nous prendre pour des imbéciles. Vous croyez que vous lisez, mais non : on essaie de vous bourrer le crâne."

Dans ce meeting qu'il a pour beaucoup consacré à dénoncer l'approche libérale de l'économie, il a aussi répondu vertement au président du MEDEF, Pierre Gattaz, qui avait assuré que voter pour lui "c'était ruine, désespoir et désolation": "Le MEDEF ne représente rien! Aucune élection ne prouve sa représentativité". Mais ce sont ses rivaux dans la présidentielle qui ont essentiellement concentré ses diatribes. 

Le modèle de ses concurrents? "C'est le Moyen-âge"

Pour le député européen, c'est bien simple, si "vous élisez Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou François Fillon, vous allez cracher du sang". Selon lui, une même logique anime ces personnalités politiques qui sollicitent le suffrage des Français: "Les trois prévoient de vous faire passer à 39h." Jean-Luc Mélenchon estime que "l'ubérisation généralisée" est au coeur de leur programme: "Ils appellent ça la 'modernité'! Mais quelle modernité? Leur modèle, c'est le Moyen-Âge, le travail à la tâche", a-t-il ajouté. 

S'il a rejeté en bloc les politiques préconisées par ceux qui sont ses principaux rivaux dans la course à l'Elysée, et l'ont brocardé ces derniers jours, il a également détaillé ses griefs. Il a reproché à François Fillon, qui l'avait qualifié ce dimanche de "capitaine du cuirassé Potemkine", son expérience à Matignon:

"François Fillon, bilan: un million de chômeurs de plus!" Il a plus tard blâmé sa feuille de route écologique: "Il veut supprimer les protections de l'environnement qui ne sont pas prévues par l'Europe. Avec François Fillon, préparez-vous à boire du lait bourré d'antibiotiques de fermes de 1.000 vaches."

"Monsieur Macron, il va falloir apprendre à être poli"

Mais c'est surtout Emmanuel Macron, donné qualifié au second tour par tous les sondages pour le moment, qui a essuyé la plus grande partie des saillies de Jean-Luc Mélenchon. Celui que le candidat de la "France insoumise" a dépeint en "ministre de l'Economie du record du chômage" l'accuse ces temps-ci d' "irréalisme". Ce mardi, il a même dit: "Quand Jean-Luc Mélenchon était sénateur, j'étais encore au collège." L'intéressé n'a pas du tout apprécié.

"La différence d'âge n'est pas un argument pour se mépriser. Il y a eu un moment où on était sur la même ligne de départ. On était en 2008, on avait une carte du PS dans la poche. Moi, je l'ai rendu au nom d'un idéal, pour poursuivre le combat, notamment avec les communistes, lui pour aller travailler à la banque Rotschild!" s'est-il emporté, avant d'ajouter: "Monsieur Macron, je veux bien être charmant avec vous, mais il va falloir apprendre à être poli."

Un message pour Poutou et Hamon

Tout proche de la clôture de son meeting, Jean-Luc Mélenchon a évoqué deux autres candidats. Mais cette fois-ci, pour en dire du bien: "J’ai entendu dire qu’au deuxième tour, on nous aiderait. Oui, monsieur Hamon a dit qu’il nous aiderait, monsieur Poutou l’a dit. Je suis content! Mais oh, Il faut déjà que j’y arrive, hein!"

Une manière, peut-être, de reprendre, bien qu'en sourdine, l'appel au retrait du candidat socialiste en sa faveur, émis plus tôt ce mercredi par son lieutenant, Alexis Corbières. 

Robin Verner