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Macron avec McFly & Carlito, Attal sur Twitch... Le gouvernement mise sur les influenceurs

Carlito et McFly dans le clip de "Je me souviens", leur clip sur les gestes barrières

Carlito et McFly dans le clip de "Je me souviens", leur clip sur les gestes barrières - Capture d'écran YouTube - McFly et Carlito

Après l'éclatant succès de la vidéo dans laquelle les youtubeurs Mcfly & Carlito ont répondu à un défi lancé par Emmanuel Macron, au tour du porte-parole Gabriel Attal de lancer sa propre émission sur Twitch.

Il faut vivre avec son temps. L'adage s'applique tout particulièrement à la communication politique, domaine dans lequel il faut sans cesse s'adapter si l'on veut un tant soit continuer à avoir une résonnance auprès de son public. Hormis Emmanuel Macron, certains membres de l'exécutif s'y astreignent plus que d'autres, notamment Marlène Schiappa et Gabriel Attal.

Le cas du porte-parole du gouvernement est sans doute le plus illustratif. Comme l'ont révélé Le Monde puis Libération il y a quelques semaines, Gabriel Attal lance ce mercredi une nouvelle émission, Sans filtre, sorte de débrief du Conseil des ministres hebdomadaire diffusé sur Youtube et surtout Twitch, ce réseau social interactif très prisé des 18-35 ans et dont le nombre d'utilisateurs quotidiens dépasse les 15 millions.

Attal, "l'influenceur" du gouvernement

Celui que Libération a surnommé "l'inluenceur" du gouvernement ne sera pas seul. Dans le studio situé dans une annexe de l'Élysée, il sera entouré de quelques invités - de "jeunes influenceurs", note Politico, mais pas plus de cinq, jauge sanitaire oblige. Certes, Twitch existe depuis bientôt dix ans déjà, mais il a été adopté par d'autres personnalités politiques comme Jean-Luc Mélenchon, très en pointe sur la communication numérique et sur les innovations de ce type.

"On voit bien aujourd'hui que les convictions se forgent autant, voire plus, sur les réseaux sociaux que via les médias traditionnels", expliquait à BFMTV.com le député insoumis du Nord Ugo Bernalicis. Pour le député insoumis du Nord, c'est là une manière de "toucher un autre public" - en l'occurrence des jeunes, "un public qui s'abstient beaucoup" - et d'être "en prise directe avec nos interlocuteurs", plutôt que de "subir une interview".

Le président de la République, lui, s'est frotté à l'univers des youtubeurs en lançant récemment un défi à Mcfly & Carlito, duo détenteur de 6,36 millions d'abonnés à leur chaîne. Emmanuel Macron leur proposait de réaliser une vidéo pour sensibiliser les Français aux gestes barrières. La carotte: une invitation à l'Élysée si d'aventure l'œuvre atteignait les 10 millions de vues sur le célèbre canal. Diffusée dimanche, elle en a recueillie plus de 11 ce mercredi.

"Gadgétisation"

Pari réussi à la fois pour McFly & Carlito et pour le chef de l'État, donc. Sauf à considérer que lui et ses ministres les plus "connectés" en font un poil trop, voire désacralisent leur fonction: Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, dénonce par exemple dans Le Figaro une "gadgetisation" dommageable de la vie politique.

D'autres inverseront le propos: à l'heure où la désaffection des Français pour la politique, où la méfiance à l'égard des institutions sont telles, nos gouvernants ont-il d'autres choix que d'essayer de s'adresser à une jeunesse qui se sent de moins en moins concernée par la chose publique? L'épidémie de Covid-19, avec son cortège de confinements et de couvre-feu, au vu de l'isolement qu'ils provoquent, a rendu la question d'autant plus prégnante.

Donnant-donnant?

Le cas de Mcfly & Carlito n'est pas isolé. Avant Emmanuel Macron, Gabriel Attal a déjà puisé dans le canal très couru des influenceurs pour faire la promotion du Service national universel, dont il avait la charge lorsqu'il épaulait Jean-Michel Blanquer au ministère de l'Éducation. Cela lui avait d'ailleurs valu quelques reproches, le porte-parole concédant auprès de l'AFP que le gouvernement avait payé Sundy Jules (1,34 million d'abonnés sur YouTube), Enzo, Tais-Toi! (1,27 million) et Tibo InShape (7,94 millions) pour cette promotion du SNU.

En février 2020, la youtubeuse EnjoyPhoenix (Marie Lopez de son vrai nom, 3,67 millions d'abonnés) a suivi Brune Poirson, à l'époque où elle était encore secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique. La désormais députée du Vaucluse avait bien pris soin d'assurer auprès de BFM Tech que Marie Lopez n'avait pas été rémunérée pour la vidéo.

Car si les politiques, en particulier ceux qui nous gouvernent, courent le risque de désacraliser leur fonction, les influenceurs prennent le leur. À savoir, celui d'être associés à un monde fortement décrié par la jeunesse, sans avoir le recul nécessaire pour imposer une distance critique. Conscient de cela, McFly & Carlito ont adressé ce message à leurs abonnés: "On ne veut pas faire de la politique, c’est pas notre mission. (...) On vous influence en rien." Reste à savoir ce qu'ils ont à y gagner.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV