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Les sept familles de la droite 

Alain Juppé

Alain Juppé - FRANCOIS MORI / POOL / AFP

Les épreuves ont été nombreuses pour la droite en 2017, et surtout pour sa principale composante Les Républicains. Ce lundi, Alain Juppé a annoncé qu'il prenait "du recul" par rapport à ce mouvement. Il s'agit du dernier épisode d'un éparpillement des personnalités des Républicains désormais séparées en divers courants, ou en retrait de la vie politique.

Défaite de François Fillon à la présidentielle après une campagne des plus chaotiques, battue aux législatives, opposition rendue difficile par le libéralisme d'Emmanuel Macron qu'elle partage au moins en partie, élection à sa tête d'un Laurent Wauquiez à la ligne contestée sur fond de querelles intestines, l'année 2017 aura été rude pour la droite.

Alors qu'on entre dans l'exercice 2018, les cadres des Républicains se sont éparpillées au grès des divisions. Si certains ont choisi de se serrer autour du nouveau président Laurent Wauquiez, d'autres ont mis les voiles, créant un nouveau collectif politique ou rejoignant La République en marche quand d'autres ont opté pour le maintien au sein de la maison-mère, tout en menant un projet politique parallèle. Mais c'est une dernière attitude qui a fait l'actualité ces derniers temps: certaines personnalités, en effet, ont décidé de se mettre en retrait de toute vie partisane quand ce n'est de la scène publique elle-même. 

Hors-jeu 

Lorsqu'on balaye du regard les différentes familles qui composent la droite, l'une des plus importantes risque de nous échapper car, par définition, elle est la moins visible: la cohorte des figures de la droite conduites à la retraite politique forcée. 

Le premier à avoir, définitivement, quitté la scène, est l'ex-président de la République, Nicolas Sarkozy. défait à l'automne 2016 lors de la primaire à droite. "Je suis triste de pas avoir été capable d'apporter à mes soutiens le succès qu'ils méritaient. J'ai été fier d'être votre leader, je vous souhaite une vie politique épanouie et pleine de succès", avait-il lancé le 20 novembre au soir.

C'est son échec à la présidentielle qui a poussé François Fillon à s'écarter de la vie politique. En novembre dernier, il confiait son micro-parti, Force républicaine, à Bruno Retailleau, et sa décision "de tourner la page de la politique" au Figaro. Plus anecdotique, le mois de juin a aussi vu l'annonce de la retraite de l'ancien chef de gouvernement de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin. 

Les non-alignés 

Eux n'ont pas dit adieu à la politique mais ils ne comptent déjà plus parmi les Républicains. Alain Juppé est l'exemple le plus emblématique et récent parmi ces non-alignés. Celui qui reste maire de Bordeaux a largué les amarres avec la formation politique dont il fut la première fois adhérent lorsqu'elle s'appelait encore le RPR. Lors de ses voeux à la presse ce lundi, il a indiqué prendre du "recul", qu'il ne paierait pas sa cotisation aux Républicains pour l'année 2018, pas plus qu'il n'avait payé celle de 2017 d'ailleurs. "J'ai fait savoir que je quittais la présidence LR de Gironde", a-t-il encore dit tout en assurant ne "pas avoir l'intention" de rallier LREM. Le 12 novembre dernier, il avait toutefois suggéré la possibilité de fonder un "grand mouvement central" avec Emmanuel Macron. 

Nathalie Kosciusko-Morizet n'est plus dans le jeu non plus. Vendredi dernier, dans Le Parisien, il apparaissait ainsi qu'après avoir commencé à donner des cours à l'école polytechnique à la rentrée, elle était sur le point de s'engager auprès d'une entreprise du monde des nouvelles technologies. Après des défaites successives à la mairie de Paris, à la primaire à droite, et à la législative, elle, qui arbore désormais la mention "ingénieure" dans sa biographie Twitter, a confié qu'elle renonçait à la politique "au moins pour les années qui viennent". 

Si les défaites ont ainsi pesé lourd dans ces prises de distance, la victoire de Laurent Wauquiez dans la course à la présidence de LR n'a rien arrangé. Xavier Bertrand ne l'a pas caché et a même mis en avant cet événement pour expliquer sa démission des Républicains. Le 11 décembre au soir, le président du Conseil régional des Hauts-de-France posait au journal télévisé de France 2: "La famille politique à laquelle j’avais adhéré, c’était à la fois la filiation avec le général De Gaulle, et de Philippe Séguin et de Jacques Chirac. Regardez comme 2002 et le front républicain semblent si loin aujourd’hui. A présent, nous sommes dans une dérive et je ne reconnais plus ma famille politique."

Wauquiez et ses fidèles 

S'il y avait un pomme de discorde au sein de la droite, ce serait donc lui: Laurent Wauquiez. Pourtant, force est de constater qu'il incarne l'orthodoxie à droite depuis qu'il est devenu le président des Républicains, le 10 décembre. L'homme du "retour de la droite" bénéficie d'une large approbation des militants, ayant réuni autour de son nom plus de 74% des suffrages exprimés, au premier tour, ce soir-là. 

Le nouvel organigramme du parti décline les identités de ses lieutenants, de ces personnalités qu'il a su attirer ou ménager alors que d'autres se détournaient: sa vice-présidente déléguée, Virginie Calmels, ancienne juppéiste, et les deux vice-présidents, Damien Abad et Guillaume Peltier. Au poste de secrétaire général délégué, on trouve aussi Geoffroy Didier. Or, le vice-président du Conseil régional d'Île-de-France a aussi décidé de suivre sa patronne à la région, Valérie Pécresse, dans son mouvement "Libres!".

Ni tout à fait Républicain, ni tout à fait ailleurs 

Sans démissionner ni aller voir ailleurs, des membres des Républicains semblent en effet préférer une solution hybride pour résoudre leur problème avec la ligne de Laurent Wauquiez: créer leur propre structure tout en restant adhérents des Républicains. C'est l'idée retenue par la présidente du Conseil régional d'Île-de-France lorsqu'elle a fondé "Libres!" quelques mois avant le triomphe annoncée de Laurent Wauquiez. 

Dans sa profession de foi, son mouvement fait, de manière peu amène, allusion à la nouvelle direction suivie par Les Républicains. "Décidés à nous investir au sein de ce nouveau mouvement et naturellement fidèles à notre famille politique, nous voulons proposer aux Français une droite positive, ferme, sociale et réformatrice. Nous voulons faire vivre une droite avant tout positive, car nous ne nous résoudrons jamais à ce que nos convictions puissent être vécues comme inutilement dures, brutales et pessimistes", est-il écrit. 

Le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a multiplié les gestes d'ouverture au centre et à l'exécutif depuis la présidentielle, s'occupe lui aussi avec un projet parallèle sans rompre avec ses camarades. En octobre, il lançait son mouvement d'élus locaux "la France audacieuse", auquel il avait fixé cette mission le mois précédent auprès du Figaro: boucher "le vide énorme" entre des Républicains "radicalisés" et la "droite macroniste". 

Bande à part

Tout le monde n'a pas ce genre de scrupules. Quelques personnalités ont sauté le pas, en fondant tout simplement un autre parti libéral, de centre-droit, Agir. Cette formation a été lancée le 26 novembre dernier, construite notamment autour de plusieurs parlementaires expulsés de LR pour avoir choisi de figurer, avec les parlementaires de l'UDI, au sein du groupe des "Constructifs" à l'Assemblée nationale: il y a là Franck Riester, Pierre-Yves Bournazel, Fabienne Keller, ou encore l'ancien ministre Frédéric Lefebvre. 

"L’association a vocation à rassembler tous ceux - citoyens, élus locaux, parlementaires - qui se reconnaissent dans les valeurs et idées libérales, sociales, européennes, réformatrices et humanistes, et qui refusent toute alliance et tout compromis avec l’extrême-droite, et l’utilisation de sa rhétorique, en s'ouvrant à tous les citoyens qui veulent s'engager pour le pays", proclament les statuts. 

L'UDI tourne le dos aux Républicains 

Les centristes de l'UDI étaient, jusqu'ici, les alliés les plus naturels de la droite héritière du gaullisme. Mais ça, c'était avant. Le 1er octobre, le député élu en Seine-Saint-Denis et président de l'Union des démocrates et indépendants, Jean-Christophe Lagarde, dégainait lors d'un entretien accordé au Monde: "Nous sommes, désormais, libres de toute alliance. Ce que je veux construire à partir de l’UDI, c’est une force politique qui ne sera plus jamais supplétive des Républicains. Cette page avec LR est tournée. Mais je refuse tout autant d’être un laudateur zélé du pouvoir !" 

Dans les travées de l'Assemblée nationale, les députés UDI font justement groupe commun avec les dissidents LR d'Agir. 

LREM, Les Républicains en marche

Exclu le 31 octobre des Républicains, Thierry Solère jetait, lui, un pavé dans la mare en prenant sa carte à La République en marche, geste qui lui valut l'abandon anticipé de son poste de questeur à l'Assemblée nationale. Il n'était pas franchement le premier, pourtant, à traverser le Rubicon d'un bout à l'autre, pour se retrouver sur l'autre berge. 

Certes, le Premier ministre, Edouard Philippe, exclu de facto des républicains, n'a pas pris la carte du principal parti de sa majorité. En revanche, ce sont deux anciens militants LR passés officiellement à LREM qui dirigent Bercy: Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès de Nicolas Hulot, a opéré le même transfert. 

Robin Verner