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Que révèlent les écoutes de Nicolas Sarkozy?

La cour d'appel de Paris a validé jeudi la légalité des écoutes de Nicolas Sarkozy et de son avocat. Mais que se sont dit les deux hommes exactement? Et pourquoi ces conversations intéressent-elles la justice?

Coup de tonnerre pour Nicolas Sarkozy. Jeudi, la cour d'appel a validé la légalité des écoutes de ses conversations avec son avocat, Me Thierry Herzog. Gelée depuis l'automne, le temps d'examiner les requêtes, l'enquête va donc pouvoir reprendre. Nicolas Sarkozy reste mis en examen: il est soupçonné d'avoir tenté d'obtenir indûment auprès d'un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, des informations dans l'affaire Bettencourt.

Les écoutes de conversations entre Nicolas Sarkozy et Me Thierry Herzog sont centrales dans le dossier. Des conversations passées avec un téléphone fourni par l'avocat, et acheté au nom d'emprunt de Paul Bismuth. L'ex-président avait initialement été placé sur écoute dans l'enquête sur les accusations de financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de 2007. Ces échanges entre Nicolas Sarkozy et son avocat "ne suscitent pas d'interrogations quant à leur volonté et leurs attentes", estime une source proche de l'enquête.

Sarkozy ironise sur "ces messieurs qui nous écoutent"

Leur contenu paraît en effet gênant pour Nicolas Sarkozy. Le premier février 2014, il évoque des rumeurs de perquisition dans ses locaux dans un des dossiers lybiens, celui où il a porté plainte pour faux contre Mediapart. Sceptique, l'ancien chef de l'Etat demande à son avocat de prendre "contact quand même avec nos amis", afin "qu'ils soient attentifs, "on ne sait jamais". Thierry Herzog promet d'appeler "un correspondant", "parce qu'ils sont obligés de passer par lui".

Le 5 février 2014, Thierry Herzog explique que Gilbert Azibert est optimiste. "Moi, je le fais monter", répond Nicolas Sarkozy. Thierry Herozg évoque l'intérêt du magistrat pour un poste à Monaco. "Je l'aiderai", insiste Nicolas Sarkozy.Selon Me Herzog, Gilbert Azibert lui aurait dit qu'il n'osait pas demander "un coup de pouce". "Je lui ai dit 'tu rigoles avec ce que tu fais'", ajoute Thierry Herzog.

Le 11, dans une conversation sur leurs portables non officiels, les deux hommes conviennent de se rappeler sur la ligne officielle de Nicolas Sarkozy, qu'ils savent surveillée. L'ex-chef de l'Etat ironise sur "ces messieurs qui nous écoutent".

Quand la femme d'Azibert lui reprochait de "magouiller avec Sarkozy"

Le 23, alors que l'ex-chef de l'Etat doit se rendre dans la Principauté, Me Herzog lui rappelle, si l'opportunité se présente, "de dire un mot pour Gilbert". Nicolas Sarkozy acquiesce, dit qu'il fera "la démarche", ce qu'il confirme deux jours plus tard. Le lendemain, il renonce subitement. Nicolas Sarkozy y voit la démonstration qu'il n'a rien à se reprocher. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s'expliquer par le fait que les deux hommes viennent d'apprendre que leurs téléphones non officiels sont aussi sur écoute.

Les juges disposent d'autres écoutes, comme celles de Gilbert Azibert qui se voit vertement reprocher par son épouse d'être "allé magouiller avec Sarkozy". Une conversation entre Me Herzog et le magistrat est également troublante: le premier y explique au second que "la démarche à Monaco a été faite". "Oui, bah c'est sympa", répond Gilbert Azibert. Le magistrat, désormais à la retraite, ainsi que Thierry Herzog sont également mis en examen.

A. K. avec AFP